lundi 9 mai 2016

Fête du travail, procès de travail !





La plus triste des fêtes est la fête  du travail. Fête du travail mais aussi procès de ce travail qui n’a rien de naturel. Depuis l’invention du patronat et du capital, le travail est en procès. Il ne l’était pas avant que l’homme ne cesse d’être entrepreneur. L’homme est né entrepreneur, il n’est pas né employé. Mais il faut qu’il y ait des gens qui fassent le boulot. Et  le sale boulot est souvent du coté des employeurs. Le travail est une activité d’une rare complexité. Depuis la révolution industrielle qui a commencé paradoxalement en Angleterre et non au Japon , le pays le plus animiste du monde, plus qu’une culture c’est un culte du travail qui s’est installé dans ce monde où la modernité même a fini par se confondre avec l’activité harassante du travail et l’invention de machines, trop de machines qui finiront par tuer l’homme. Ce n’est plus le travail mais le surtravail qui est valorisé. 

Les hommes sont foncièrement animistes. L’invention des machines et plus tard la robotisation progressive fut une tentative de soulager l’homme mais surtout une projection de nos croyances primitives dans la machine, une tentative de donner une âme à tout ce que l’homme a fabriqué comme adjuvant. C’est pourquoi une civilisation comme le Japon sera toujours en tête dans le processus de  robotisation de la vie. Remarquez ! la course mondiale à la robotisation n’a pas eu lieu. L’Europe chrétienne et son prolongement américain n’ont pas suivi le processus. Ce serait une catastrophe. Il est des « progrès » technologiques qui resteront toujours en marge. Il y va de l’équilibre « spirituel » du monde mais aussi de la justesse de l’engagement des sociétés humaines dans la valeur économique du travail. Ne vous attendez pas au débarquement des robots en Afrique, à moins qu’il y ait une profonde révolution religieuse sur le continent. Malgré cette inclination quasi « naturelle » à donner une âme vivante à tout, les africains auraient eu peur des robots, une peur qui naitrait d’une peur plus profonde : La déshumanisation. Les africains ont une peur panique de la deshumanisation. Perdre son âme dans le modernisme, l’atomisation de la famille qu’ils appellent traditionnellement « perte de valeurs » est le péché le plus mortel en Afrique. 

Au reste il ya un culte du travail quasi systémique dans toutes les cultures africaines. Mais ce qui devra être discuté, approfondi et soumis à l’esprit critique est notre rapport au temps et au travail. Au-delà du temps de travail, dont le débat est fort utile dans toutes les sociétés qui font semblant d’être normales, c’est l’intensité et la fréquence du travail qui sont en cause pour un continent qui est en processus de développement. A quel  niveau de la vie, le travail devrait-il être porté pour un pays qui veut accélérer sans se faire mal? Il est clair que les revenus liés au travail dans un pays comme le Sénégal, ne pourront jamais faire développer ce pays économiquement. L’intensité et la fréquence du travail dans le temps, allié au nombre de personnes qui travaillent dans un système de production fertile et conséquente sont d’une faiblesse telle qu’il sera difficile d’envisager le développement dans des Etats lilliputiens comme le Sénégal, le Mali, la Gambie, la Guinée Bissau, le Niger, le Tchad et la Mauritanie. Les revenus liés au travail sont toujours assujettis à la démographie. Les plus optimistes diront qu’il faudra faire beaucoup d’enfants.  Face aux prévisions de stagnation future-proche de la population mondiale, il ya des raisons de s’inquiéter. Autant dire tout simplement que le regroupement en grands ensembles équilibrés pourrait être envisagé en Afrique. Quant aux revenus liés au Capital, mis à part l’Afrique du Sud et quelques autres pays qui marchent, ils restent encore faibles. N’oublions pas qu’à l’origine du Capital il ya le travail, on ne le dit jamais assez. Tout ce qui peut être en cause est que le Capital soit soumis plus tard à un phénomène d’accumulation incroyable et effrayant qui provoque de fortes inégalités et des crises systémiques. A quel pourcentage un pays comme le Sénégal appartient il économiquement aux sénégalais ? La réponse serait édifiante. Pour exemple, les États-Unis appartiennent à 95 % aux américains. Autant dire que la possession nationale du Capital est un critère d’évaluation des inégalités et de l’indépendance économique.  
  
Par ailleurs, depuis le désarmement idéologique mondial, c’est un syndicalisme à mille visages mais paradoxalement soumis à une neutralité politique qui tente de supplanter une gauche désemparée qui avait une fine expérience théorique et pratique du procès de travail. Le procès de travail est essentiellement théorique, mais non exclusivement. Les syndicats d’aujourd’hui qui cherchent des raccourcis pour éviter de se « fatiguer » avec les questions théoriques vont l’apprendre à leur dépens. Ils ont affaire aujourd’hui à une question aussi théorique et politique (sans être abstraite) que la libération de la force de travail national dans des entreprises comme SONATEL, ICS, CSS etc. Les syndicats sont à la croisée des chemins entre une société moderne qui revendique tout, jusqu’au droit à l’oisiveté, au gain facile et au bonheur gratuit ou à crédit et un Etat de type postcolonial qui hésite entre la libération nationale et la soumission facile. Même différé le procès de travail aura toujours lieu ! Entre temps les patrons feront la fête aux travailleurs.

Khalifa Touré
sidimohamedkhalifa72@gmail.com
 

lundi 2 mai 2016

Mais qu’est ce qui fait courir les politiciens ?






Le scandale est arrivé à Madame Aïda Mbodj. Elle vient d’être relevée de ses fonctions de présidente du conseil départementale de Bambey, pour « cumul de fonctions », dit-on simplement. Cette affaire a « le mérite » au moins de creuser le cratère  pour s’approcher de la profondeur et comprendre pourquoi les politiciens mangent à tous les râteliers. Malheureusement les lendemains  de ces querelles de basse-cour entre hommes et femmes qui se sont hissés en haut par les nombreuses ficelles de la manipulation appelée abusivement stratégie politique, ne vont pas chanter. Oh mon Dieu ! peu de politiciens connaissent le solfège de la vertu politique, leurs voix caverneuses chantent faux, s’ils ne vont pas plus vite que la musique jouée par le peuple. Que personne ne s’attende que ces « professionnels » du quiproquo politique sentent et expriment le pouls de la nation. Oui ! la mission, le rôle et le travail quotidien de l’homme politique pétri de vertus est de hisser la parole  publique à la hauteur de la nation, des hommes sans part, des malchanceux, des éclopés de la vie et même de tous ceux qui sont couchés sur un lit serti d’or et couvert de draps tissés avec des fils d’argent. Ah ! dure dure que d’être un homme politique, un vrai. 

Quant aux politiciens ils sont de plus en plus nombreux ces détenteurs de la cagnotte nationale, richissimes hommes et femmes qui ne sponsorisent ni la science encore moins la recherche fondamentale, mais préfèrent entretenir une clientèle politico-affairiste. Ils n’en ont cure de l’avenir du pays. Ils courent souvent derrière les jupons au-lieu de courir derrière le bonheur des gens. Le président Mamadou Dia a écrit dans ses mémoires qu’il n’a jamais fait œuvre de chair illicite. George Washington préférait « mourir plutôt que dire une contre-vérité ». Ces hommes ne sont pas des saints, ils ne se nourrissaient pas de nectar et d’ambroisie, ils sont faits de la même étoffe que le commun des mortels, seulement une grande âme les habitent. Les grandes nations ont toujours eu le souci d’une avant-garde de grande qualité faite de patriotes hors-normes. Comme  les prophètes ils sont tous morts de fatigue. 

Il ya eu des patriotes et hommes politiques insignes au Fouta avec l’Almamy Abdoul Qadr Kane, au Kajoor avec Meïssa Bouri Déguéne Dieng le martyr de la bataille de Guîlé, au Saloum avec Mbégane Ndour, au Waalo avec Sidya Léon Diop le fils de la reine Ndatté Yalla, au Baol avec le preux chevalier Tieyacine, au Boundou avec Malick Sy Daouda, au Guidimakha avec Mamadou Lamine Dramé. Mais des patriotes dans ce qui est devenu le Sénégal « pacifié » à partir du 19eme siècle, il yen a, mais…on les cherche. Je regrette de dire que quelques soient les qualités physiques d’Aida Mbodj je ne comprends pas que cette universitaire prof de Droit Fatou Kiné Camara, puisse la comparer à la Reine Njembeut Mbodj ou une autre illustre Mbodj du Walo. L’écart est immense et la comparaison ridicule. Quelques fois le féminisme fait pitié dans nos pays. Il yen a d’autres parmi les femmes dans ce Sénégal, qui « font avancer les choses » en des domaines autres que la politique. Mais vous savez, les intellectuels sont en général fascinés par le pouvoir politique. Ils font souvent l’erreur de croire que les engagées en politique sont les seules dignes d’intérêt intellectuel.

La poursuite du bonheur, la course derrière le bonheur pour soi et pour les autres est inscrite dans certaines constitutions du monde notamment dans la déclaration d’indépendance des États-Unis qui étaient, comme nous, un pays colonisés. La politique n’est pas loin du sacerdoce dans la conception aristotélicienne. Mais depuis Annah Arendt l’homme n’est plus un animal politique. Cette ère moderne a vu la politique naître du conflit, des batailles, de la guerre et des frictions entre courants, idéologies, mais aujourd’hui dans la période décadente entre égos, intérêts du ventre mais jamais de la tête. Il n’ya plus de mépris en politique mais beaucoup de haine, parce que dans la poursuite des choses factices, immondes et périssables c’est le grand règne du cœur et non de la tête. Même si le cœur a ses raisons, le cœur du politicien habite un corps qui n’est pas raisonnable. “Le mépris vient de la tête, la haine vient du cœur et l’un exclut l’autre” dixit Arthur Schopenhauer

Que l’on permette au pauvre citoyen d’avoir une once de mépris pour le politicien de son quartier distributeur de « Tee-shirt ». Il pourra sauver sa pauvre tête le jour où il viendra à l’idée chez le politicien de chercher des têtes à couper, au propre comme au figuré. En vérité l’actualité du monde révèle que ce qui fait courir les politiciens, c’est de couper ou briser des têtes. Tous ces politiciens adeptes du cumul de postes sont des coupeurs de routes et de têtes. Au Sénégal aujourd’hui, arnaquer quelqu’un se dit proprement « donner un coup de marteau sur la tête ».  Sauvons nos têtes en esquivant les coups.   

Khalifa Touré
sidimohamedkhalifa72@gmail.com 

vendredi 29 avril 2016

Qui va arrêter Yaya Jammeh ?







Yaya Jammeh serait-il un homme indéboulonnable ? Certainement que oui pour les superstitieux inguérissables,  les partisans du jugement facile et enfin ceux parmi les sénégalais qui jouent à on ne sait à quel jeu. S’il ya plus de justice, de libertés et de respect des droits humains en Gambie qu’au Sénégal, s’il ya plus d’Islam, de foi et de prospérité économique dans ce pays qui n’appartient pas à Yaya Jammeh ils n’ont qu’à renoncer à la nationalité du pays de Blaise Diagne, Lamine Gueye, Ngalandou Diouf, Mamadou Dia, Valdiodio Ndiaye et Léopold Sédar Senghor ; le pays du grand Khaly Ammar Fall, Thierno Souleymane Baal, El Hadji Oumar Tall Al Foutihou, Cheikh El Hadji Ibrahima Niasse et Cheikh Moussa Kamara. Ils n’ont qu’à aller se plaindre auprès de ce tyran adepte reconnu de la magie noire. Au passage la magie noire est punie de peine de mort en Shari’a. Je vous renvoie au Fatkhoul Baari de Ibn Hadjar Al Asqalani. Cette opinion est Ijma c'est-à-dire consensuelle par toutes les écoles juridiques. Ils n’ont qu’à s’exiler en Gambie et confier leurs litiges à des juges nigérians, ghanéens et libériens, loués et achetés par Yaya Jammeh pour prononcer ses sentences macabres contre les opposants, les journalistes et les pauvres étudiants. On a tous compris !  Il n’a qu’à continuer ses sacrifices humains sous couvert de peine de mort, de traque des homosexuels, des opposants et des journalistes. Maintenant il s’en prend à de pauvres sénégalais qui ont commis l’imprudence de s’aventurer au-delà des frontières. Il n’a qu’à les tuer, s’il le veut, le justicier de pacotille! Yaya Jammeh est une honte pour la commission africaine des droits de l’homme mais surtout pour les intellectuels africains, la gauche africaine, les panafricanistes et les lobbyistes. Oui ! les lobbyistes qui peuvent faire quelque chose. Lors de la visite de Barack Obama au Sénégal Yaya Jammeh « le guerrier » a fait des pieds et des mains pour se faire inviter. « For God’s Sake invitez-moi, je ferai tout ce que vous voulez, ngir Yallah !!»  Pas bête le bonhomme devenu trapu à force de s’engraisser. Il a peur de l’isolement. Mais il est surtout réaliste. Il se dit que la Gambie est un petit pays qui n’intéresse personne, je peux pilonner, moudre et ratatiner qui je veux, les occidentaux ne lèveront pas le petit doigt. Mais on verra. Ceux qui croient savent que la justice divine existe. Il touchera un jour à l’intouchable ! Les gambiens adorent les sénégalais, mais Yaya Jammeh déteste le Sénégal ! « Vous jouez comme d’habitude au futé vous les sénégalais, mais vous verrez, je vais vous faire miroiter votre pont, mais vous ne l’aurez jamais ! » Voilà l’arme absolue contre le Sénégal.

Yaya Jammeh serait même un ami de Dieu, un marabout détenteur de pouvoirs mystiques. Aujourd’hui c’est un islamiste parce que qu’il traque les homosexuels et applique la peine de mort. Ah oui ! George Bush père est un islamiste parce que c’est un partisan irréductible de la peine de mort et la non-légalisation de l’homosexualité. Piètre définition du bon musulman ! Les droits de l’hommistes et les religieux chrétiens de la Gambie qui attaquent ce dictateur ubuesque sous l’angle de l’Islam ont un autre agenda. Ce n’est pas sérieux ! L’anti-islamisme et son succédané qui est l’anti-jihadisme opportuniste est devenu aussi un Jackpot pour beaucoup de gens qui en vivent. Personne ne veut  entendre la vérité ! Ils savent bien que Yaya Jammeh n’est pas un islamiste, il n’a aucune filiation idéologique avec l’islamisme. Il n’est rien de moins qu’un tueur narcissique. Ce monde n’est pas sérieux ! Tous les grands  combats, les nobles causes pour la restauration de la dignité humaine sont parasités par de grands enfants qui déblatèrent des choses qu’ils ignorent, des opportunistes guidés par l’argent, et des comploteurs à la solde, qui savent ce qu’ils font et sont prêts à toutes les manipulations pour alimenter leur combat d’arrière-garde. Personne n’ose leur dire « taisez-vous ! », à commencer par l’avant-garde de la gauche nationaliste africaine qui n’est même pas au courant des dérives, des déviances et de la récupération raciste des thèses de Cheikh Anta Diop dans les réseaux sociaux. Des individus mal intentionnés sont en train d’utiliser la plate-forme intellectuelle du Sénégal pour véhiculer les divisions ethno-religieuses d’un pays d’à-côté. Ils investissent les réseaux sociaux et utilisent des relais médiatiques locaux pour fouetter la fibre « nationaliste » anti-arabe et soi disant pro-africaine.

Quant à  Yaya Jammeh il serait même un panafricaniste pour ces jeunes et vieux qui n’ont aucune envergure. Un panafricaniste est aujourd’hui un africain qui a l’injure anti-occidentale à la bouche. C’est trop simple, trop facile et même écœurant. C’est à vomir si on écoute ces manières puériles, dangereuses et réactionnaires de défendre l’Afrique. Il yen a même qui verse dans le racisme anti-blanc et anti-arabe. Les groupes qui les abritent ne s’intéressent même pas à leur orientation idéologique, il leur suffit d’entendre quelqu’un qui a le toupet de dire que l’occident est le mal absolu et c’est tout. Voilà la définition actuelle du panafricanisme qui fut naguère éminemment politique et scientifique pour des hommes valeureux comme Cheikh Anta Diop, Marien Ngouabi, Modibo Keïta ou Julius Nyerere. Il faut une forte préparation morale, scientifique et théorique pour défendre l’Afrique. Sinon on risque de tomber dans la sensiblerie panafricaniste. Entre-temps Yaya Jammeh aura tenté de supprimer tous les gambiens. Mais il ne le peut. La colère de Dieu s’abattra sur lui ! Allah protège la Sénégambie !

Khalifa Touré
sidimohamedkhalifa72@gmail.com
 

dimanche 17 avril 2016

Que sont devenues les indépendances africaines ?





Ce qu’il ya de juste, de beau et d’effrayant à la fois dans cette Afrique postcoloniale  ce sont les différents mouvements de changements profonds qui travaillent le corps social du continent noir depuis que le colonisateur fatigué de coloniser a voulu lâcher du lest. Le mot est là trouvé : les indépendances africaines, qu’elles soient plus ou moins « données », arrachées par la voie des armes ou par un Non retentissant sont apparues chez le colonisateur comme une manière de lâcher du lest. Pourtant ils en ont bavé ces colons face au FLN en Algérie,  à L’Union de populations du Cameroun (UPC), au PAIGC en Guinée Bissau et au Cap-Vert, à la SWAPO en NAMIBIE qui  a été le seul mouvement de libération africaine sans base arrière, à l’ANC en Afrique du Sud, à la RENAMO et  au FRELIMO au Mozambique, au MPLA et à l’UNITA en Angola avant que cette organisation naguère anticolonialiste ne sombre dans une collaboration odieuse avec le régime raciste de l’Apartheid, à la ZANU au Zimbabwe sans oublier la sainte résistance héroïque de la Sanoussia d’Oumar Moukhtar face à l’Armée coloniale italienne en Lybie. Et tant d’autres…

Malgré ces luttes héroïques aux fortunes diverses nous sommes toujours lestés par la corde coloniale qui n’est plus faite de chanvre heureusement mais d’une matière plus fine et aussi mortelle. La domination en postcolonie est subtile ; elle est d’une complexité telle que l’on ne perçoit pas suffisamment ses ressorts et manifestations les plus sourdes. C’est une domination culturelle fondée sur le monopole du savoir. Les élites postcoloniales autant qu’elles soient politiques, économiques et religieuses participent de cette ère caractérisée par un usage particulièrement politique de la raison. Le postcolonialisme en Afrique est une crise, un conflit entre les lames de fonds qui travaillent notre histoire en cours et le boulet colonial qui n’est plus exclusivement français, anglais, italien, belge, espagnol, allemand ou portugais et l’impérieuse volonté de s’affranchir qui caractérise la jeunesse africaine aujourd’hui friande de Cheik Anta Diop, Aimé Césaire, Franz Fanon et Thomas Sankara. Même le plus méconnu comme le martyr de l’horreur colonial camerounais, Ruben Um Nyobe est en train de ressusciter.  Après ces indépendances pas si offertes que cela, c’est la matière indocile de l’Afrique qui se bat aujourd’hui contre ses propres élites et les anciens colons. Malheureusement, l’irrévérence n’est pas traduite par un projet culturel révolutionnaire. Le leadership africain postcolonial se caractérise par la docilité, la faiblesse et le mimétisme. C’est un leadership « bankable », dénué de substance politique, aseptisé par un discours lénifiant sur la fonction dirigeante.  Les jeunes leaders préfabriqués par des organisations envoûtantes où on leur fait miroiter un avenir africain où ils joueront les premiers rôles grâce à leurs beaux costumes,  leur dextérité à nouer une cravate, à baratiner avec des formules toutes faites histoire de bien communiquer. « L’essentiel est d’avoir des institutions fortes » entend-on partout. Attendons que des fayots politiques, leaders de pacotille viennent nous bâtir ces Institutions ! Des hommes faibles sans substance à qui on demande de créer des institutions fortes ! De qui se moque-t-on ? Malgré les perversions du populisme démocratique il ya un désir d’ordre dans les grandes villes cosmopolites de l’Afrique. Il n’est pas rare d’entendre par-ci,  par-là l’évocation d’un « pouvoir fort pour mettre de l’ordre ». Même si la formule reste purement  incantatoire, elle a le mérite d’être dite paradoxalement à coté des revendications de partage équitable de la « cagnotte nationale », de liberté d’expression et même de droit de savoir ce qui se passe au sommet ; ce qui est la forme la plus séditieuse du discours politique.

Autant dire que les aînés nous ont légué la fibre combattante qui a été mise en veilleuse par les tout premiers régimes liberticides après les indépendances jusqu’à la chute du mur de Berlin à la fin des années 80. Alors survinrent la période des conférences nationales consécutive à l’échec politique et culturel des dictatures africaines. Les régimes nés de ces conférences ont offert un bilan très mitigé. Mais paradoxalement les sociétés africaines se sont modernisées de façon silencieuse et profonde. Alors, la mutation sociale à connotation culturelle et grouillante de créativité en matière d’habitat, de vie de relations et de préoccupations artistiques et même linguistiques apparut dans une sourde révolution qui joue contre l’immobilisme des Etats africains. La posture figée de nos Etats risque d’entrer en collision avec le langage créatif, « libertaire », tourbillonnaire et mouvementé des sociétés africaines. En Afrique les prochains conflits seront de nature culturelle : La culture dirigiste, jacobine, violente et hautaine de nos administrations et la culture « indépendantistes » de nos sociétés vont s’affronter dans un bel avenir. L’explosion de la révolution numérique et la grande pratique de l’audio-visuel, le retour à  un panafricanisme « réactif » non encore documenté est l’une des caractéristiques les plus remarquables de la jeunesse africaine aujourd’hui. Les jeunes contestent tous les vestiges du colonialisme, pestent contre les entreprises  du Nord qui siphonnent la force de travail des africains, fulminent contre les dirigeants qui s’affichent aux cotés des hommes d’Affaires étrangers et même revendiquent l’institutionnalisation des langues africaines… « Ils ont tout compris ! » comme disait Tiken Jah Fakoly. Ces formes d’émeutes aux relents culturels seront-elles sans lendemain ? Impossible. L’Afrique est en train d’aller quelque part malgré les recompositions violentes qui font des morts sur terre, dans la forêt et en mer. Il ya d’immenses réserves de vie sur ce continent !
Khalifa Touré

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Les Panama Papers ou le refus du partage




Le scandale des Panama Papers a ceci d’intéressant qu’il est le symptôme de ce qu’on peut appeler la crise du partage, du don et de la solidarité. Les hommes en général ont peur de donner. C’est instinctif ! Sauf les généreux et les philanthropes, qui sont rarissimes. Mais cet événement médiatique est d’autant plus grave qu’il révèle un  mensonge généralisé sur notre système de vie en tant que civilisation humaine. Tous les systèmes modernes inventés par l’homme, à commencer par la démocratie, sont à quelques aspects mensongers parce qu’ils demandent aux hommes d’adhérer malgré eux à un idéal de bonté universelle. « Pour faire des lois, il faut supposer les hommes méchants » a écrit le très avisé Nicolas Machiavel, un singulier parmi les grands connaisseurs de l’homme comme Alexis Carrel et Fiodor Dostoïevski ou Jean Baptiste Poquelin dit Molière  dont  « L’avare » a traversé les siècles.  Mais de là à faire l’apologie d’un système de vie fondé sur un réalisme abject, il y a un monde. S’il fallait prendre toujours l’homme tel qu’il est dans toutes les affaires de la vie, on aurait eu un monde peuplé de bêtes féroces. Si les hommes ont eux-mêmes inventés la morale, la générosité, le don de soi, de ses biens et même la philanthropie contre leurs propres pulsions égoïstes c’est parce que le geste du partage est utile pour l’équilibre de la vie en société et l’élévation spirituelle. 

Les hommes sont prétentieux, ils aiment aspirer à la hauteur. Tout cela rend, abjecte, horrible, mensongère et même criminelle cette histoire de Panama Papers dont la liste est presque exhaustive du point de vue de la typologie des mis en cause. On y trouve des hommes politiques, des banquiers, des hommes d’affaires, des sportifs, des juges, des espions, des militaires, des diplomates, des cinéastes, des écrivains, des musiciens, des avocats, des escrocs professionnels et reconnus, des  parents et associés de membres de gouvernements( à ce titre  Pierre Goudiaby Atepa architecte et conseiller spécial de l’ex-président du Sénégal Abdoulaye Wade et  Mamadou Pouye, ami de Karim Wade, lui-même fils de l'ancien président Abdoulaye Wade ont été cités). L’homme d’affaires Seydou Kane  a lui aussi été cité. Ils sont pour le moment les seuls citoyens sénégalais cités dans cette affaire. 

« Les Panama Papers  désignent la fuite de plus de 11,5 millions de documents confidentiels issus du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, détaillant des informations sur plus de 214 000 sociétés offshore ainsi que les noms des actionnaires de ces sociétés. » Il faut à la vérité dire que cette affaire est un grand moment de journalisme. Elle comptera à coup sûr parmi les plus belles pages de la pratique journalistique. Un moment épique sans aucune forme d’exagération. Mais le véritable héros de cette « bataille » est ce lanceur d’alerte anonyme qui a dénoncé et organisé la fuite de ces informations avant que des professionnels de l’information se saisissent de ce « crime » pour faire un minutieux et secret travail de vérification, de recoupement, de croisement pour aboutir à un dossier dont l’authenticité est indéniable. Les Panama Papers sont une œuvre monumentale : 2,6 téraoctets de données compulsées incluant 214 000 sociétés offshore, plus de 4,8 millions d'emails,  3 millions de bases de données, 2 millions de fichiers PDF, 1,1 millions d'images (notamment les photocopies des passeports des actionnaires et des scans de contrats signés),  320 000 fichiers-texte et environ 2 000 fichiers d'autres formats. Il ya des raisons d’espérer en ce monde lorsque l’on pense au nombre d’hommes et de femmes qui se sont relayés pour faire ce travail philanthropique : 370 journalistes issus de 109 rédactions basés dans 76 pays. D’autres révélations sont à venir. La pègre mondiale a du souci à se faire.

Dans la plupart des pays anglo-saxons à culture capitalistique et protestante où l’argent n’est pas un « objet » tabou comme dans les sociétés à tradition catholique ou musulmane, les sociétés  extraterritoriales appelées offshore, ne sont pas frappées d’interdit. Mais tout le monde conviendra que leur utilisation comme sociétés-écran dans l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent ne peut qu’être criminel. C’est du vol déguisé fondé sur le mensonge, la dissimulation frauduleuse et le refus de partage. D’où vient tout cet argent ? Pourquoi Panama qui a dopé son économie par l’argent sale n’est-il pas classé parmi les États voyou ? Des experts, toujours les fameux experts, ont beau dire que cette affaire n’incrimine pas seulement l’argent du crime mais concerne aussi de l’argent honnêtement gagné. Honnêtement gagné oui, mais dont les détenteurs ont délibérément violé le principe du partage et la loi sur la fiscalité. Que de simples footballeurs comme Lionel Messi oublient leurs origines modestes en trichant sur l’importance de leur fortune pour éviter de payer plus d’impôts est certes  exécrable. Mais le plus effrayant dans cette affaire c’est le nombre important de juges et de parlementaires qui figurent dans la liste : Brésil, Botswana, Cambodge, Equateur, Kenya etc. Que font dans cette liste honteuse, Jaynet Kabila membre de l'Assemblée nationale, fille de l'ex-président Laurent Désiré Kabila et sœur de l'actuel président Joseph Kabila,  Clive Khulubuse Zuma, neveu du président Jacob Zuma, Jean-Claude N'Da Ametchi, associé de l'ancien président Laurent Gbagbo, John Addo Kufuor, fils de l'ancien président John Kufuor,  Mamadie Touré, veuve de l'ancien président Lansana Conté, Kojo Annan, ghanéen, fils de l'ancien secrétaire général Kofi Annan, Tareq Abbas, fils de Mahmoud Abbas, chef de l'Autorité Palestinienne ? Ils sont tous issus de milieux extrêmement pauvres. Ils devraient avoir honte. Mais l’assemblée de hommes ne peut fonctionner à la vergogne. Des hommes et des femmes ne peuvent continuer à manger la chair des pauvres sans être jugés et condamnés pour cannibalisme. A suivre !
Khalifa Touré

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