mercredi 2 août 2017

Maslaa, Maslakha ou chaos social au Sénégal ?





« Chez moi ne subsiste plus que le rejet empirique d’une société en pleine putréfaction. Je n’aime pas l’asphyxie qui ne tue pas » Ibrahima Sall, Les routiers de chimères. 

     Il n’est pas toujours mauvais de rappeler que le mot « Maslaa » est un dérivé lointain du concept de « Maslakha » propre à la Shari’a, au droit musulman. Au-delà des cinq finalités de la Shari’a que sont la préservation de la foi, de la vie, de  la raison, des biens et de la filiation il est communément admis de façon consensuelle(Ijma) que la Maslakha est le moyen adéquat pour atteindre les objectifs de la loi  c’est à dire la recherche du bien commun, de l’intérêt général. Tout ce qui est inutile,  nocif, nuisible et n’entre pas dans l’intérêt du bien commun n’est pas maslakha, quelque soit la beauté et  la logique  de formulation de la loi. La Maslakha est tout procédé juridique qui rend possible la protection des finalités de la loi. C’est cela la définition juridique. C’est à la fois un but et un procédé. Toutes les grandes écoles juridiques, les plus connus, celles qui n’ont pas complètement disparues et même celles dont les avis juridiques survivent toujours ont admis cette conception. Elle a guidé tous les avis juridiques connus depuis les premiers, ceux des seuls huit compagnons qui étaient compétents pour légiférer, je vous renvoie aux « fondements du Hadith » de Mahmoud T’ahane. Qu’il soit d’extraction Hanafite, Awzaahite, Jaririte, Sawrite, Malikite, Laythite, Chafi’ite,  Hanbalite et Zâhirite, toutes les lois islamiques passent par la Maslakha.  Même le très littéraliste et redoutable juriste espagnol Ibn Hazm Al Andalousie a admis la pré-éminence objective de la Maslakha en droit musulman. Les grands spécialistes de USUL Al FIQ (la science des fondements et des principes du Droit) qui sont nombreux parmi les Chafi’ite comme l’incontournable Ash’atibi, et l’universel Imam Ghazali, l’Imam Harameyn Al Djouweyni  auteur du fameux « Kitab Al Waraqat » partout récité qui est l’abécédaire de ‘Ousoul dans nos pays malikites, le fameux juriste Hanbalite Abdel Qadr Djeylani qui n’est connu sous nos cieux que dans sa dimension soufie et Ibn Qudama Al Maqdissi l’ont admis. De même que les malikites espagnols Qourtoubi et Ibn Rouchd (Averroès).

Mais par quelle extraordinaire, par quelle opération, par quelle « diablerie » la notion de maslakha s’est muée en maslaa terme ouolofisé. Elle signifie aujourd’hui « une diplomatie sociale corrompue ». Au-delà de la simple évolution sémantique qui n’est pas  difficile à expliquer, le mot a été passé à la moulinette du modèle islamo-ouolof propre au Sénégalais. Elle est devenue un vocable, une « philosophie », un mode de vie, une boutade, un sujet de plaisanterie loin et encore loin du concept juridique décrit tantôt. Elle est même aujourd’hui décriée par les sénégalais eux-mêmes qui la considèrent comme une variante sociale de l’hypocrisie. La crise du modèle islamo-ouolof aidant, ce goût immodéré de la métaphore impertinente, des mots dérivés dans notre parler, cette peur de dire les choses comme elles sont, cette folie langagière qui est devenue de façon illusoire un cocon de sécurité, nous en sommes venus à nous éloigner du Bien, de la Vérité, du bien dire, du dire les choses vraiment. Et la Maslakha est devenue Maslaa au nez et à la barbe des religieux. Le Sénégal une société complexe mais insuffisamment analysée !

Seyd El Hadji Malick Sy l’un des preux réformateurs de la société sénégalaise est l’auteur d’un étrange aphorisme figuratif que son petit fils Cheikh Tidiane Sy répète en toutes circonstances : « Au Sénégal, la Sounna ne vaincra jamais les coutumes ! » Il est difficile de trouver une « formule sociologique » plus juste pour qualifier l’ambivalence dans les croyances religieuses au Sénégal. Au Sénégal, le religieux est très prégnant. Mais attention ! L’omniprésence du religieux ne signifie toujours pas que la Religion en tant que telle, joue son rôle transcendant. Malgré ce brouillamini  religieux, les Sénégalais éprouvent des difficultés à convoquer la religion dans sa dimension spirituelle et morale. Ils entretiennent un rapport étrange avec la religion, un rapport qui peut être qualifié d’attraction-répulsion. Tout ceci concourt à expliquer la propension des Sénégalais à afficher de façon ostensible leur appartenance religieuse et dans le même temps, leur amour presque « culturel »  du mondain, de la Teranga.  
    
    Mais c’est aussi et surtout la débrouillardise qui travaille au corps notre religiosité. Les sénégalais sont bricoleurs jusqu’en matière religieuse. Les confréries en souffrent beaucoup. Ils sont dans le constructivisme à l’accès, les sénégalais.  Brutalement nous nous rendons compte que  nous sénégalais sommes très complexes, sophistiqués et bariolés de couleurs multiples. Nos alliances sont multiples, nous croyons en une chose et son opposé, nous sommes ceci et cela à la fois, ces conflits de légitimé produisent le chaos social tant décrié, cette incurie, cette indiscipline et cette peur provisoire  de la mort, cette « asphyxie qui ne tue pas ». (A suivre)

Khalifa Touré



mercredi 12 juillet 2017

Jorge Amado, la littérature brésilienne et la culture africaine






« Le brésil est un monstre  poétique qui avale tout ce qui s’en approche. La culture tropicale, amérindienne, portugaise et africaine, tout ce mélange puissant  a fabriqué une littérature particulière proche du réalisme magique propre au boom latino américain mais qui s’en distingue par la forte culture africaine. Le Brésil est le plus grand pays noir après le Nigéria. Aujourd’hui nous avons Milton Hatoum, Luiz Ruffato, Edyr Augusto, et quand même Paolo Coello, l’auteur le plus lu au monde.»

On répète souvent, mais avec beaucoup d’affection que le plus grand écrivain juif depuis Franz Kafka est la brésilienne d’origine ukrainienne Clarice Lispector, l’auteure du fameux « La bâtisseur de ruines ».  Quand je pense qu’à côté il y a le grand écrivain américain Philip Roth avec son sulfureux « Portnoy et son complexe », cela donne une idée de ce qu’est le Brésil en littérature. Clarice  est surnommée à juste titre « la princesse de la langue portugaise ». Le Brésil est le pays des Mario De Andrade (un écrivain du Sud), Machado de Assis le Balzac brésilien, mais surtout de José Guimarães Rosa dont l’écriture est si importante que l’on parle de révolution rosienne, avec son œuvre monumentale intitulée « Diadorim ».
La littérature brésilienne  existe depuis le 16eme siècle avec une filiation  portugaise représentée par   Gregorio de Matos et Antonio Vieira et un rameau  plus local au 19eme siècle. Elle est faite d’une grande production, de grands auteurs, des poètes flamboyants comme Castro Alves mais surtout Cruz e Souza, « Le Cygne noir » le plus grand poète noir du Brésil, de grands critiques littéraires comme Antonio Candido et des tendances littéraires esthétiques mais surtout régionales. Au Brésil les grands écrivains s’identifient selon les postures esthétiques, le courant, le genre mais surtout la géographie. Il ya les écrivains de la forêt, les écrivains du Nord-est, les écrivains du Sertao(les zones arides) dont les illustres représentants sont Afonso Arinos et Monteiro Lobato. 
   
Ce fut d’abord une littérature d’importation avec une forte influence européenne, mais elle a rapidement subi le relief stéréoscopique  africain du Brésil. Le cosmopolitisme brésilien est d’une  lourdeur terrible pour toute culture étrangère. Une écriture qui fait apparaitre les « dieux » africains de la culture Yoruba des esclaves noirs. Le « condoblé », cet exorcisme ritualiste africain, a quasiment fabriqué un réalisme merveilleux propre à la littérature brésilienne.  

C’est vers 1922 à Sao Paulo, avec la naissance du mouvement moderniste  que le pays prendra conscience de sa particularité esthétique et qu’une littérature ayant comme finalité la recherche de l’âme brésilienne va naître. Après Sao Paulo, le Nord-Est va suivre avec le célèbre Gilberto Freyre qui fonde le mouvement « Région et tradition » ; contre le modernisme il  s’agit pour lui d’enraciner la littérature dans le terroir. C’est en vérité une tendance très ancienne, qu’on retrouve dans le vieux romantisme brésilien. C’est dans ce second courant de la littérature brésilienne contemporaine, le courant dit régionaliste, qu’il faut situer Jorge Amado, l’un des plus grands écrivains du XXème siècle. Mais il a réussi à faire craqueler l’édifice régionaliste, le faire basculer vers une écriture faite de folie  burlesque : Jorge Amado, José Lins De Rego et Graciliano Ramos sont les trois grands écrivains de la nouvelle vague régionaliste et moderniste. 

 Mais au début Amado a été tenté par le Naturalisme à  la manière de Zola. Il est né dans une vieille famille bourgeoise décadente. Jorge Amado a réussi à faire surgir, le peuple, les mendiants, les ivrognes, les éclopés dans le roman social brésilien. Ces sous-hommes ne sont plus des personnages du décor, de simples  marginaux. « Les deux morts de Quinquin La flotte » est un hommage à ces nombreux désaxés de la vie, un hymne pour le peuple, les marginaux. Pour la première fois le peuple va s’exprimer directement en littérature, grâce à ce puissant don de sympathie propre à Jorge Amado. Il a transformé le roman en épopée avec tout ce qu’épopée signifie comme  écarts, folie, décalage spatio-temporel, embellissements et fantastique  dont le sommet est la  résurrection dansante et joyeuse de Quinquin. Jorge Amado est né en 1912 à Itabuna dans une plantation de Cacao au sud de l’Etat de Bahia, il meurt  le 6 août 2001 à Salvador  toujours à Bahia  « la ville de tous les saints et de tous les péchés ». Il a été élevé au milieu des hommes du peuple, des nègres et des mulâtres. C’est ainsi qu’il ne s’est jamais coupé du peuple ; c’est auprès de ces pauvres gens qu’il a appris à raconter, à narrer les faits dans la simplicité du peuple. Amado est un grand conteur à la manière africaine. « Les deux morts de Quinquin La Flotte » publié en 1971 en est une preuve vivante.

 Selon Roger Bastide auteur de l’une des plus brillantes des préfaces jamais écrites : «  Ce sont ces akpalê d’origine africaine, « brésilianisés » qui ont appris à Jorge Amado, son art inimitable de raconter des histoires »

Khalifa Touré


samedi 8 juillet 2017

…ET MAINTENANT QUE FAIRE ?



Que faire devant le grand mur de la stagnation historique ? Face à la fin imminente de cette démocratie, que faire ? Face aux enfants qui n’attendent pas l’âge adulte pour tuer, comme s’il était permis de tuer, que faire ?

Dans la cour de l’école au lieu de jeux de marelle ou de cache-cache Bang ! le coup de feu est parti vers la poitrine d’un autre enfant qui n’a pas vu l’éclair, cela fait trois ans dans la banlieue de Dakar capitale du Sénégal,  fait divers diversement apprécié maintenant oublié. Etre au ban de la capitale, « je suis de la banlieue » est devenu une sorte de privilège masochiste et inconfortable dans toutes les grandes villes du monde moderne, de Djakarta à Karachi, de Nairobi à Durban, de Paris à New York… Et voici que la lame tranchante du couteau lacéra la poitrine d’un autre enfant, un innocent. Il n’ya plus d’âge pour se servir du couteau. Ces enfants en colère, d’une colère sincère et malsaine sont tout simplement mal éduqués par des adultes fatigués qui regardent ailleurs. La peur de la ringardise, la honte de faire vieux jeu aux yeux  d’un monde qui se vautre dans un snobisme de surface nous auront tués à petit feu. Demain ce sont les adultes qu’il faudra éduquer et ce sera le règne de la terreur, le  gouvernement de la tyrannie.  

Que voulez-vous d’un monde où il n’est plus permis de dire Merci, s’il te plait, je vous en prie, je voudrais que vous m’excusassiez… ? Des formules de politesse frappées d’obsolescence dans toutes les langues du monde, même dans les cultures qui naïvement pensent qu’elles sont plus authentiques, plus originelles, plus…culturelles que les autres. Notre modernité, cette démocratie qui appelle à toutes les formes d’ouverture imaginable nous interdisent de rire et pourfendre la médiocrité, l’impolitesse, la manque de raffinement, le défaut des bonnes manières. Même les idiots constitutionnels ont droit au chapitre. Tout cela n’est bon que pour grand-mère et papi, parait-il. 
  Les jeunes qui aujourd’hui refusent de grandir et cultivent la paresse jusque dans les règles d’hygiène auront fort à faire. Ils baissent le pantalon, le caleçon en l’air mais bientôt ils se feront remonter les bretelles par  leurs petits enfants, au propre comme au figuré. Ce sera la révolution du sous-vêtement, de l’accessoire vestimentaire.  L’horrible « Papa tu saignes du nez ! » sortira de la bouche de ces futurs enfants étonnés devant tant de nudité vestimentaire et verbale.
  Les plus perspicaces, les voyants parmi les plus clairvoyants ont diagnostiqué une grande crise de la perception dans la « postmodernité ». C’est le problème de l’entendement qui est ici posé, comme diraient les philosophes cette espèce menacée qu’il faudra protéger comme le tigre blanc. Il n’y a aucun jugement à suspendre dans un monde ou depuis cent ans il est interdit de faire ce qu’ils appellent « un jugement de valeur ». Le  plus grand mal de l’Education aujourd’hui est la crise de la transmission. Il n’ya plus de maîtres ni précepteurs. La spiritualité de l’Education n’est plus ce qu’elle était. Les cultures, les civilisations qui ne maîtrisent plus leur mode de transmission des valeurs et leurs centres de fabrication et de diffusion du savoir ont été aliénées. 
 
 La seule chose à faire c’est d’ouvrir la brèche : c’est le programme culturel et civilisationnel du futur. Qu’il s’agisse naguère de Nicolaï Tchernychevski célèbre auteur du « QUE FAIRE ? » qui a inspiré Vladimir Lénine, d’Alexander Soljenitsyne, de Lech Valesa  et du  Pape Jean Paul II, le travail historique fut de taper dans le mur, un exercice intellectuel et culturel harassant jusqu’à l’apparition de la brèche. Il faudra du temps et des hommes pour trouer le mur de la honte. Des hommes têtus qui s’entêterons à dire qu’il n’ya pas d’antivaleurs, ce sont les valeurs elles-mêmes qui ne sont immortelles. Le problème est toujours dans le consensus moral, l’ensemble de ces choses appelées pompeusement « système de valeurs ». Le problème, la grande faille est l’absence de transcendance dans ce « système de valeurs. » Nos sociétés ont failli le jour où elles ont cru que leurs valeurs modernes ne sont pas évaluables.
    
Seule la foi, la science et la fiction nous restent  pour partir, quitter la stagnation, sortir de la crise du faux mouvement, du mouvement politicien, des révolutions dites de Jasmin ou de velours. La politique du faux-fuyant c’est le mur de la stagnation, un vrai paradoxe. La foi pour réguler le Bien et la Mal, la science pour alimenter la technologie et la fiction pour la créativité artistique, pour fouetter l’imagination créatrice, cette énergie indispensable pour « ouvrir la brèche ». Mais encore faudrait-il être conscient de la présence horizontale du mur, le mur au-delà duquel il ya le salut provisoire. Mais les gadgets de la liberté que sont la démocratie, le bulletin de vote, la liberté d’expression et l’Administration vont retarder l’évolution des hommes vers les mutants du futur. ( A suivre)

Khalifa Touré

mercredi 7 juin 2017

Ces députés si près, si loin du peuple !






Dépités par tant de députés à la mission incertaine, à la langue de bois et quelques fois pendant les jours heureux des hommes cultivés au langage fleuri par des propos savoureux, le peuple se voit aujourd’hui sollicité et forcé à mander des hommes et femmes parfois honnêtes et brillants mais aussi beaucoup d’hurluberlus, d’énergumènes  comme la politique sait en fabriquer depuis toujours. Ils ne trouveront jamais le peuple assis là, à la place de la liberté, leur jetant des fleurs aux senteurs colorées par le désir de bonheur et la fièvre de vivre comme il faut. Certains députés  ne méritent même pas des fleurs fanés.

En guise de revanche ils retourneront  au peuple le plus épiné parmi les bouquets de rose. Les hommes politiques dans notre système clientéliste fabriqué par les électeurs eux-mêmes se vengent toujours des services rendus aux clients. Un bon politicien est un homme qui se sent toujours mal aimé ou apprécié insuffisamment par une « populace » qui comprend de plus en plus. C’est à croire qu’en politique, il y a  du génie à créer l’attelage le plus hétéroclite du genre humain. A côté il y a le fructueux marché de la colère politique, où d’habiles entrepreneurs moraux, à la bile intacte, font semblant « de n’être pas d’accord ».

 A la veille des élections des filous de la pire espèce, des chasseurs de prime et coupeurs de route parmi les gens du peuple cherchent à détrousser les politiciens. Ils leur vendent monts et merveilles jusqu’à l’âme de l’électeur. Ils organisent des manifestations religieuses pour « couper la tête » ou « donner un coup de marteau » sur la tête du politicien, selon l’expression, autrement dit ces hommes sont des escrocs et ils sont du  peuple, parmi les défavorisés. Contrairement à ce qu’affirme l’illustre Kéba Mbaye, la politique est le plus dur des métiers. C’est un métier la politique, vue à partir d’un certain niveau. Il ya des  niveaux d’engagement politique incompatibles avec la non maîtrise de notre temps de travail. Tous ceux qui dans leur vie ont été au feu de l’action militante, politique ou autre, ne diront jamais que la politique n’est pas un métier. Dans toutes les grandes organisations politiques du monde, il y a des hommes et des femmes  dont la principale tâche est de faire tourner la machine politique ; ce sont les « chaudronniers » des grands partis politiques, tellement occupés et préoccupés que le temps ne leur permet plus de faire autre chose. Ils démissionnent alors de la fonction publique pour se consacrer au parti. Des  romantiques indispensables à l’action militante ces gens! Rien à voir avec ces politiciens qui ne peuvent même  pas se targuer d’être chômeur. Un chômeur est un homme qui a déjà travaillé et qui a perdu son emploi. Cette race de politiciens n’a jamais exercé de métier, ils vont siéger bientôt dans un gouvernement. Ils auraient mieux fait de rester parlementaire dans une sorte de Shadow Cabinet pour apprendre le métier de ministre et d’homme d’Etat.

Du reste, si la députation fondée sur le sentiment de participation et de représentation nationale n’existait pas, les hommes l’auraient inventé tellement la souveraineté en elle-même ne peut être transférée. Quel paradoxe ! L’homme a une vocation historique et même traditionnelle à déléguer sa souveraineté tout en sachant qu’elle ne peut l’être quand au fond. Est-ce à dire que par conséquent que la démocratie n’existe absolument nulle part ? On ne saurait le dire, puisque cette affirmation péremptoire est d’une part la traduction maladroite d’un conflit de principes, certaines cultures acceptant mal cette forme de gouvernement moderne, d’autres par contre voulant ériger la démocratie au rang de l’universel tout en sachant expressément la non réductibilité de la démocratie au bonheur des hommes. Les hommes sont-ils meilleurs en démocratie ? A quoi sert la démocratie sénégalaise ? Puisque tout est question d’évolution à partir de valeurs intermédiaires vers les principes les plus susceptibles d’emmener l’homme dans la grande étape de la connaissance de soi même, il est donc plus sage d’aller de l’avant, advienne que pourra !

La démocratie sénégalaise n’est pas une démocratie parlementaire, c’est une démocratie présidentialiste, une démocratie de la souveraineté du chef. Toute la contradiction, notre contradiction  à nous, est là présente dans notre incapacité à évoluer vers un modèle de représentation non pas conforme à notre culture (cela ne veut pas dire grand-chose, parfois), mais vers un équilibre dans la vie publique. Le présidentialisme démocratique et parlementaire n’existe qu’aux États-Unis,  c’est plus qu’une exception, c’est une fabrication de l’histoire, des tempéraments, des hommes petits et grands, de la géographie et même de la nature. Un président hyper-puissant qui peut déclencher l’ « executive order » et un redoutable congrès qui a son mot à dire jusque dans la formation du gouvernement, sans que l’un n’empiète sur l’autre, cela n’a jamais existé qu’aux États-Unis (pour ce que l’on en sait). L’Amérique est un exemple, un bon exemple de  cohabitation doucement belliqueuse entre la Présidence et le Congrès mais elle  n’est pas un modèle, parce qu’elle est inimitable.

Contrairement à une idée répandue, la démocratie est l’une des formes de gouvernement les plus décriées, les plus soumises à la critique intellectuelle. La démocratie, déclare en effet Constantin Posedonostsev, c’est : « la tyrannie des partis, la manipulation des suffrages, l’hypertrophie du moi personnel, le nivellement des esprits par le biais du pouvoir incontrôlé des organes de presse. » Pour être  davantage près du peuple, l’on devrait réfléchir sur les limites de la démocratie.



Khalifa Touré

vendredi 26 mai 2017

La guerre des pétroleuses n’aura pas lieu !





Tous ceux qui tendent aujourd’hui vers les cinquante ans, nés dans les années 70, ont certainement vu « Les pétroleuses », un western parodique de Christian Jaque sorti justement en 1971. C’était l’époque où la RTS nous servait tous les samedis un bon film français sorti de la Nouvelle vague où Gaumont défilait devant nos yeux impatients, tout cela depuis les débuts du Cinéma. C’était aussi l’époque du manque et de la rareté artistique. Tout ce qui est rare est cher !  Face à la rareté cinématographique,  nous étions confrontés à la rareté technologique (peu de téléviseurs dans les maisons). 

Ils sont là aujourd’hui cette génération qui porte les stigmates des années blanche par-ci et invalide par-là, nourrie à la mamelle politique du grand syndicalisme des années 80, les épiques grèves notamment celle du SUDES, les états généraux de l’éducation et de la formation, les années de braise politique où la liberté de presse était rudoyée par une chancelante époque de transition démocratique, les lectures fréquentes, studieuses et rituelles du Soleil, de Xare Bi, Daan Doole Bi, de Sud hebdo où feu Ibrahima Fall se donnait à cœur joie dans l’analyse, du mensuel Wal Fadjri, de la défunte Afrique nouvelle, d’Afrique-Asie de Simon Malley,  des tirages monstrueux de SOPI  et des débuts de l’irrédentisme en Casamance.  C’était la crise politico-sociale par laquelle le vieux refusait de mourir et que le jeune avait du mal à naître ! Une génération « dangereuse », une époque très politique. Entre quarante cinq et cinquante ans aujourd’hui elle contribue à fabriquer une opinion politique dans l’élite sénégalaise. Face aux statistiques douteuses, on ne sait pas exactement combien ils sont ces quadragénaires finissants. Un immense historien méconnu, le professeur Abdoulaye Ly a vu juste, qui a consacré son œuvre d’historien au phénomène de la transition générationnelle dans les processus historiques. Il a démontré la rémanence d’un tel phénomène dans les révolutions socio-historiques en Afrique.  Mais la guerre des âges n’a pas remplacé la guerre des classes.

Alors pourquoi sommes-nous impatients aujourd’hui à nous rouler dans la fange du pétrole. Des promesses rien que des promesses de pétrole nous rendent fous ; décidément nous avons la folie facile. Notre folie n’est pas sérieuse, elle est hilarante,  parodique comme ces belles dames des « pétroleuses » de Christian Jaque dont les trépignements et les roulades violentes sur les coulées de pétrole font beaucoup plus rire que pleurer.
Au Sénégal nous avons grand hâte de voir cette terre bénie pisser le sang noir de ce liquide précieux qui a fait le bonheur, la richesse et le malheur par ailleurs. Nous allons alors passer par une période étrange où nos cerveaux ramollis par la fatigue, se pencheront sur les tables de multiplication et de comptabilité de nos malheurs. Ce sera l’heure des comptes et décomptes du Produit criminel brut, le temps où les grands brigands multinationaux nous aurons aidé à la prédation, au pillage, au tripatouillage des chiffres et au crime économique le plus dangereux : Le mensonge statistique. Nous allons alors déployer nos énergies non renouvelables à courir derrière la vérité qui se moquera de nous. La vérité nous fera payer très cher ce que l’on désir. C’est ce que l’on appelle « tenir la dragée haute à quelqu’un ».
Mais ce jour n’arrivera certainement pas, nous aurons su feinter  la malédiction du pétrole.  Nous verrons peut-être quelques gouttes de pétrole et quelques bouffées de gaz qui ne suffiront pas à nourrir nos  fantasmes. Que fait-on déjà des richesses disponibles ? Nous n’aurons pas l’occasion de construire de belles et inutiles villas habitées par des femmes-meubles, des femmes-postiches et démonstratives esclaves-complices de notre m’as-tu-vu indécrottable.

La terre du Sénégal est certainement bourrée de richesses, les clairvoyants le savent de science certaine. Les  bénédictions tant chantées avec la poitrine bombée ne sont que l’expression instinctive d’une réalité spirituelle. La vérité est plus complexe. Ces bénédictions ne datent pas d’aujourd’hui, elles sont plus anciennes.  Elles remontent aux périodes de fondation. Elles nous cachent les richesses et ressources qui vont nous tuer, jusqu’à l’avènement d’une génération méritante.  Ce pays ressemble de façon cosmique à un autre pays développé depuis longtemps par des générations qui le méritent, mais aidé en cela par la matière la plus essentielle : La ressource grise. Aucun pays ne s’est développé par la débrouillardise. Ici nous avons même des intellectuels débrouillards   qui se démerdent difficilement tant la boue et la crotte des mauvais jours nous a couvert de salissure.

Chaque partie de la terre nourricière a  son pendant cosmique et cela depuis le Big-bang créateur. Cette science est toujours là pure comme l’eau de Kaolin. Toute création est explosion, artistique, technologique, économique.  C’est la génération suivante qui aura mérité ces richesses qui en bénéficiera. Ce sera la génération de la grande exigence morale.  Notre rôle se limitera aujourd’hui à faire des enfants,  les éduquer, les aider à muter vers la gestion du futur. La bataille aujourd’hui est une guerre démographique face au futur problème de la transition démographique qui selon les prévisions va s’accélérer : «  l’allongement continu de l’espérance de vie ne suffit plus à compenser la chute de la natalité, et le rythme de progression de la population retourne lentement vers les niveaux faibles. » (Thomas Piketty). Tout dépend de ces aller-retours, même l’éternité. Les systèmes qui ne sont pas conscients de ces mouvements démographiques doivent-ils se préoccuper  de ressources pétrolières ?

Khalifa Touré


mardi 16 mai 2017

Le bel avenir de la guerre !





« La guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens » Claus Von  Clausewitz

Il ya vingt deux ans, six années après la chute historique du mur de Berlin apparaissait un texte prémonitoire, un livre inspiré qui n’a rien à voir avec l’audace ou la provocation : « Le bel avenir de la guerre» de Philippe Delmas comme un tonnerre dans le ciel optimiste de l’après chute du communisme est l’une des prophéties intellectuelles les plus justes de la fin du XXème siècle. Il disait une chose simple et fort juste tellement évidente qu’on ne la voyait pas : La guerre n’est pas finie. La fin de la menace communiste ne signifie pas qu’il n’y aura plus d’affrontement armé de grande ampleur.  

Depuis lors, les  différents mondes ne cessèrent de s’affronter sans pour autant aboutir à une conflagration généralisée comme les deux grandes guerres. Quelques années auparavant entre 1990- 1991 c’était « la première guerre » du golfe menée par George Bush père et le général Norman Schwartzkopf. Ce fut la première grande guerre après la paix et l’espoir infini  en la fin d’une époque. On a eu droit aussi la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988 qui a fait 500 000 mille morts et 1 200 000 blessés. Tout le monde croyait à la résolution définitive de l’impasse nucléaire. La guerre nucléaire n’a pas eu lieu pensait-on. Malgré la crise des fusées à Cuba entre les USA et l’URSS qui a frôlé la catastrophe atomique, les stratèges ont continué à parler de l’Utopie nucléaire dont la signification affère à l’impossibilité pour le principe de la peur à garantir la paix. L’arme atomique était si terrifiante et la peur  panique d’une catastrophe généralisée entrainant la disparition de l’espèce humaine était d’une évidence telle que la perspective de l’utiliser était peu envisageable dans une guerre mondiale. C’est alors que le monde entra dans une rhétorique du désarmement censée respecter et perpétuer  les doctrines du pacifisme héritées de la Société des nations et puis ensuite l’organisation des Nations unies. Il n’ya pas plus complexe que les relations internationales, la diplomatie et la gestion de la paix.

Cependant, « la communauté internationale » a tort aujourd’hui de négliger l’escalade  verbale  et militaire entre les États-Unis et la Corée du nord ; ce laxisme s’explique par la culture de la paix née de la guerre froide qui était fondée sur l’utopie nucléaire. La guerre froide est une exceptionnelle période de paix dans l’histoire européenne selon Philippe Delmas. Tout le monde se dit qu’il n’y aura pas d’affrontement nucléaire. C’est impossible ! Mais on oublie que ce fut le même discours et le même optimisme accompagnés par les chansonnettes, les fleurs et les embrassades énamourées qui ont accompagné les jeunes soldats qui se rendaient au front en 1945. « C’est impossible ! Il ya eu trop de morts en 14-18 où le gaz a été utilisé, les hommes ne sont pas assez fous pour déclencher une deuxième guerre mondiale avec autant de machines à tuer » se disait-on. Aujourd’hui on observe des fous qui jouent à se faire peur avec des joujoux des plus mortels. Si les coréens pensent que les « yankees » tiennent trop à la vie et que toutes les manœuvres militaires dans la péninsule coréenne ne sont que pur manœuvre ils se trompent. La puissante Chine est là et elle peut exercer un étranglement financier contre les USA,  rien n’est sur ;  le pays de Deng  Xiaoping peut appliquer le principe du découplage stratégique qui permettait aux américains  lors de la guerre froide, d’envisager un faible engagement militaire et même une neutralité en cas de guerre conventionnelle menée par l’Urss contre l’Europe Occidentale. Le découplage est un principe de dissociation fondé sur l’idée que le jeu n’en vaut pas la chandelle en cas d’affrontement résiduel et circonscrit. L’attitude de la Chine, un pays qui a des intérêts financiers à défendre et qui ne veut  pas « bazarder » sa conquête mondiale d’autres espaces vitaux comme l’Afrique, va certainement dans le sens de la préservation des intérêts financiers. N’oublions pas que la Chine est un pays politiquement « communiste » et économiquement capitaliste. C’est le premier créancier des Usa comme elle dépend aussi du pays de l’Oncle Sam selon le principe évident de la Co-dépendance.  On aurait pu s’attendre à une vigoureuse réaction de la Chine contre l’administration Trump histoire de protéger la Corée du Nord mais rien n’y fit.  On a eu droit qu’à des  gesticulations dignes des formules les plus raffinées de la diplomatie française. Toutes ces puissances sont prédatrices, elles ont ceci de commun d’être animées par une bête féroce dans la préservation des intérêts économiques. Ils sont même capables de  tempérer l’orgueil national pour des raisons économiques et financières. Il ya quelques années la flotte américaine a coulé et détruit un sous marinier nucléaire, la fine fleur de la marine Russe transportant la torpille la plus aboutie en matière de balistique. Il n’ya eu aucune suite…militaire à cette affaire qui n’a pu être réglée qu’ailleurs sur un autre terrain. C’est cela la REALPOLITIK à la Bismarck.

Le déclenchement des hostilités ne dépend toujours pas de la stratégie militaire, des manœuvres tactiques ou de la doctrine, c’est une mécanique dont l’engrenage est complexe et incompréhensible. Personne ne peut savoir les causes véritables d’une guerre. Il a fallu deux mille pages pour un génie comme Léon Tolstoï pour venir à bout d’une telle problématique. Lorsque les japonais ont anéanti la base américaine de Pearl Harbour, face aux exultations après l’opération le chef militaire japonais plein de sagesse a prononcé ces mots prémonitoires : «  Je crains d’avoir réveillé un géant qui dormait ». Il ne faut pas que le mythe du peuple guerrier, du militarisme ancestral nous fasse croire qu’il existe des « ethnies »,  des cultures plus aptes naturellement à la défense militaire que d’autre. Un peuple peut être plus aguerri  qu’un autre, mais face à la menace de mort toutes les cultures sont capables de férocité.

«  Il n'est nullement démontré que les buts vers lesquels tend l'humanité soient la liberté, l'égalité, l'évolution ou la civilisation. »  a écrit le grand Léon Tolstoï dans Guerre et  paix.  L’homme cet être complexe  venu d’ailleurs, ce voyageur intemporel, oublieux du pacte originel a toujours guerroyé à travers  les siècles. Que de larmes ont coulé, que de sang versé sur l’autel fondamental, cette terre souillée par la haine, la jalousie et la colère. Mais l’une des causes évidentes de la guerre est l’envie, le vouloir et l’ambition, ce sentiment contraire au bonheur. On ne la voit jamais venir la guerre, cette monstrueuse activité « contraire à la raison et la nature humaine » comme cette première guerre mondiale africaine dont on ne parle jamais.
Sur les vertes rives du Limpopo, non loin des terres couvertes de laves volcaniques du Nyiragongo, à travers les milles collines d’une contrée forestière un million de fois violée par le génocide, les grands lacs aux eaux rougis par le sang des innocents, des criminels et des prédateurs féroces, il s’est déroulé tant d’exactions, de viols, de meurtres, d’assassinats, de massacres  et de rapines que les bantous ont plongé dans la première guerre mondiale africaine. Certes une guerre mondiale par l’ampleur et la densité du nombre de victimes en proportion aux territoires occupés mais aussi le nombre important des pays impliqués.  « Nous sommes tous africains » dirai-je devant  devant une telle tragédie, un malheur aussi grand, une épreuve si âpre.  Il s’agit de la guerre du Congo. 

La première guerre mondiale africaine parce qu’elle oppose pour la première fois sur le continent noir les armées de six pays africains : Le Congo, le Rwanda, l’Ouganda, l’Angola, le Burundi et le Zimbabwe. Une guerre qui n’intéresse que les chercheurs, une guerre pourtant documentée. Selon Collette Braeckman, auteure de plusieurs livres sur l’Afrique,  tout a commencé avec le génocide des Tutsis  au Rwanda en 1994 qui a fait au moins 800 mille morts en moins d’un an. La tragédie Rwandaise est toujours là enfouie sous nos crânes de rescapés honteux d’une guerre programmée qui a suscité les thèses les plus farfelus, les informations les plus erronées mais une littérature abondante.  A l’ombre d’Imana, des fantômes bouffis de colère viennent réclamer justice aux bourreaux qui ont organisé cette folie collective : “Plus personne ne veut porter cette mémoire trop lourde […] Les survivants gênent, les prisonniers gênent. On veut figer les souvenirs par des monuments de pierre”.  C’est le sommet de la tragédie, Pandémonium la capitale de l’enfer où des prêtres ont tué, fait assassiner et dénoncer leurs ouailles. Non loin de là au « petit pays » de Gaël Faye, le Burundi,  éclate une guerre civile inattendue le 21 octobre 1993 à la suite d'un coup d'État contre Melchior Ndadaye . Que de morts entre Tutsis et Hutus, autant de déplacés et de réfugiés jusqu’en 2005. C’est à croire qu’Imana(le dieu unique des Rwandais et des Burundais) est en colère dans cette région des mille collines et des grands lacs, là où coule le plus grand, le lac Victoria ou lac Ukéréoué la source du plus long affluent du Nil, le Nil Blanc. Ce fleuve plein de légendes de mythes et de fantasmes parfois meurtriers. Amin Maalouf a vu juste, les identités sont parfois meurtrières.

Mais cette guerre mondiale africaine n’est plus identitaire, c’est une guerre lâche, une sale guerre  une guerre des ressources minières et de l’occupation des espaces vacants, une guerre de la surpopulation. C’est la plus terrible des guerres parce qu’elle est la résultante du vol, le terrain de déploiement le plus fertile à l’instinct de prédation. Le Coltan ce minerai qui n’a rien de maudit si ce n’est le mal des hommes, des acheteurs, des exploitants  des accros au téléphone portable est aujourd’hui la cause l’une des organisations de rapine les plus honteuses de l’histoire africaine.  
Ce métal stratégique est utilisé dans la fabrication de condensateurs pour les équipements électroniques, il entre également dans la composition d'alliages de cobalt et de Nickel dans l’aéronautique. Il est alors aisé de comprendre l’implication des puissances prédatrices dans cette guerre sans nom. Il provoque aujourd’hui la mort de milliers de personnes parce qu’il est férocement convoité par les rapaces les plus insatiables. La région du Kivu en détient 80% des réserves mondiales. La guerre a un bel avenir dans cette région plus même qu’en Syrie une autre guerre mondiale qui ne dit pas son nom.

 Alep le terre de Salah Eddine Ayyoubi, Saladin le preux, le vertueux, le Tikrīti de Damas,   le pays de Bilal le célèbre compagnon qui   repose au cimetière historique de Bab al-Saghir dans le quartier sud de la vieille ville de Damas  et le dernier martyr Saïd Ramadan Bouti assassiné dans sa mosquée. Pourquoi Damas a-t-il attiré tant de grands hommes qui ont fini par y élire domicile ? Un embouteillage de prophètes, de saints et de démiurges dont les réverbérations trop intenses dépassent les vulgaires visions géostratégiques et provoquent immanquablement des incidents de criticité lorsque les hommes, insouciants qu’ils sont, pensent que l’on peut renverser un système sans la volonté du ciel. Le programme secret du monde se déroule tranquillement sans aucune influence externe. La Syrie un pays pas comme les autres, un pays-frontière entre deux religions qui en réalité ne font qu’un. L’Iran avec tout ce qu’il représente ne laissera pas faire. La Syrie,  terre mystérieuse où se déroule une guerre mondiale au sens propre du mot. Un pays ruiné jusqu’au beau, d’une beauté dantesque,  une terre gouvernée par la terreur depuis le père Hafez. Un pays aussi dévasté que l’Europe après la guerre. Alors  les hommes seront fatigués, ils déposeront les armes, le pays va se relever en attendant une autre guerre. La guerre mondiale aura toujours lieu.

Khalifa Touré