mardi 18 octobre 2016

Au bon souvenir de Mawade Wade





«En ce monde difficile (…) nous pouvons puiser dans les vertus profondes de notre Peuple, une force qui nous permettrait, quels que soient les aléas de la vie, d’être parmi les forces émergentes de l’humanité» »
Mawade Wade Rufisque 1976

Voici Mawade Wade, l’homme à la voix trainante et tonitruante, à la diction plaisante et intrigante. La passion-football faite homme, le panafricaniste méconnu, l’homme de gauche aux engagements révolutionnaires, l’anti-colonialiste invétéré… Mawade Wade n’était pas une réputation surfaite, un faux savant mais un homme  authentique et enraciné…dans le Walo, le Fuuta. Mawade avait du métier, ce métier d’instituteur-pédagogue qui a fait de lui un coach talentueux presque génial. Il  avait sa méthode, une dialectique du football. Plus que le ballon c’est l’homme qui importe.
« Ma », comme ses amis le surnomment, est un grand Sénégalais, un entraineur exceptionnel, un éducateur, un formateur dont la science a beaucoup servi le football mondial en tant qu’expert de la FIFA, en sa qualité de défenseur teigneux des intérêts du football Africain. Mawade a rejoint la Confédération africaine de football (CAF) en 1970. À Yaoundé, en février 1972, il contribue, avec l'Éthiopien Ydnekatchew Tessema et l'Algérien Mohamed Maouche, à l'élaboration d'une nouvelle «loi fondamentale » pour l'organisation du football continental.
Cet ancien instituteur a fondé et « entrainé »  le Réveil de Saint-Louis de  1950 à 1965. En 1966  il est nommé directeur technique de l'équipe nationale, en compagnie du Dakarois Lamine Diack et du Thiéssois Jo Diop.

Mawade Wade est surtout connu du grand public comme un grand entraineur de football. Pour ceux qui ne le savent pas Mawade Wade fait partie de ceux qui ont découvert, encadré et valorisé le fameux Oumar Gueye Sène, l’un des meilleurs footballeurs africains de tous les temps. Baba Touré qui vient de nous quitter, sans nul doute le meilleur footballeur sénégalais, occupait une place de choix dans son cœur. Il aimait les artistes du ballon comme Séga Sakho.
Auparavant il a vu passer sous son regard expert les plus illustres noms du football Sénégalais des années 60 et 70 : parmi eux  Louis Camara, Matar Niang, Fadel, Yatma Diop, Saliou Cissé Chita, Baye Moussé Paye «Takac», Demba Thioye, Oumar Guèye Samb, Bamba Diarra, Locotte, Mame Touty, Petit Guèye, Yérim Diagne, Yatma Diouck, Léopold Diop etc. Plusieurs générations de sportifs sénégalais ont bénéficié de son expertise. Et cela des années 50 aux années 90. Quelle longévité !
Mawade était surtout un concepteur et un théoricien de la pratique footballistique en tant que fait social aux soubassements politiques. A Rufisque en 1976 Il dira lors d’une sortie publique ces propos étincelants de vérité : «Je ne cours pas après le ballon, je cours après les hommes qui courent après le ballon, parce que ces hommes c’est l’écrasante majorité de la jeunesse de mon pays, parce que ces hommes constituent le levain de mon Peuple.» 

Mais Mawade Wade avait surtout une conscience de classe très aiguë, un esprit rebelle, un militantisme farouche pour l’indépendance africaine. Mawade était un proche ami de tous les grands leaders africains qui prônaient l’indépendance immédiate.

Révolutionnaire au tempérament hors norme, cet adepte de la dialectique considérait à juste raison qu’une bonne politique footballistique et même sportive est inséparable du projet de société qui gouverne un pays. C’est une société en crise qui provoque la crise du football. Le football n’est pas la cause mais la conséquence. Aujourd’hui, nombreux sont les Etats africains qui appliquent la vieille théorie de la fraction en oubliant que la société est un tout. Mawade était un visionnaire passionné, un homme à l’âme fêlée dont les propos et les actes étaient parfois incompris. Considéré parfois comme un anticonformiste, il a par moments été victime d’ostracisme partout où il a trainé sa vieille carcasse de saint-louisien walo-walo originaire du Tékrour des fiers guerriers et des saints.

Mais toute histoire se termine fatalement un jour ou l’autre. Mawade sentait le mal depuis quelques temps. Le 11 Août 2002 il est violemment frappé d’un AVC. Il perdit l’usage de la parole. Cette parole qui était le signe particulier de l’homme. Dans la nuit du 14 septembre de la même année la voix la plus haute du football africain s’éteint à jamais. Il a été assisté par les siens  jusqu’à son dernier souffle.

Quelques jours avant son ultime voyage, la CAF, avec à sa tête Issa Hayatou est venue à son chevet. Mawade Wade est sans conteste l’un des plus illustres Sénégalais du siècle dernier. Mais son combat pour l’édification d’une nation libre et épanouie reste méconnu et sa mémoire n’est pas suffisamment célébré dans son pays natal. Dommage.

Salut l’artiste, repose en paix !

Khalifa Touré
 sidimohamedkhalifa72@gmail.com


mardi 11 octobre 2016

Sénégal : A quand la grande querelle ?






« Être grand, c’est soutenir une grande une grande querelle » William Shakespeare

Il existe des peuples traversés par la colère. Le mauvais sang leur monte vite à la tête. Ils sont gouvernés par la bile, cet organe dégtant et indispensable. Ce ne sont pas les velléités du cœur et de la tête qui agissent ici ! Rien à voir avec les tribus guerrières du désert ou l’hostilité des gens de la forêt. Ces peuples ont leur bon côté !   
Même la savane et les steppes ont leur lot de violence atavique. Mais la violence est surtout politique, il ne faut pas s’y tromper. L’instinct de domination politique a généré plus de violence que l’injustice, elle-même. La géographie et le climat n’expliquent pas tout dans le caractère et le tempérament. Tout cela est mystérieux !
Qui a dit que les Wolofs, par exemple, sont congénitalement pacifistes ? S’il y avait suffisamment d’armes à feu au Cayor, de Lat Soukabé Ngoné Dieye à Diéri Dior Ndella, les Wolofs, du moins ceux du Cayor, auraient disparus. Quatre siècles de violence meurtrière, de viols, de rapines et de gestion tyrannique du pourvoir, entrecoupées de périodes fastes à la Biram Ndjémé Coumba, ont failli avoir raison des Wolofs du Cayor. Ce fut à la sortie de la période « lamanale »  aux temps de Leulé Fouli Fak et Détié Fou Ndiogou jusqu’à la fin du cycle Ceddo qui ne s’est éteint qu’au début du XXème siècle. C’est très récent ! Une véritable guerre des quatre cents ans ! Figurez-vous,  les génocides sont presque impossibles sur une longue période. Ils  tombent comme un couperet.
Mais les peuples ont du génie, ils possèdent une grande capacité de régénérescence. Les peuples sont comme des sphinx qui renaissent toujours de leurs cendres. Les peuples ont une grande peur de l’anéantissement. Alors la disparition totale devient impossible.
Sur le bord du précipice, le Sénégal a donné naissance aux saints Marabouts, grands prieurs, jeûneurs infatigables, adeptes du silence et de la contrition, de la retraite et du cloître, qui ont répandu leur magnétisme spirituel et mystique sur les terres sablonneuses du Cayor, les berges fertiles du Fouta, du Waalo, les contrées caillouteuses du Guidimakha jusqu’à la forêt mystérieuse du Pakao.  Ce fut la plus grande querelle. Elle a été menée par une sédimentation successive de leaders, de saints marabouts très différents selon les époques, dont les tout derniers ont réussi à faire de l’Islam non plus seulement une religion de l’élite royale mais une affaire du peuple. Une grande querelle qui a pacifié et assagi les Ceddo.
« Pour être grand, il faut soutenir une grande querelle. » Qadi Ammar Fall, Thierno Souleymane Baal, Ahmadou Ndack Seck, El Hadji Malick Sy, Ahmadou Bamba Mbacké, et Cheikh Abdallah Niasse ont soutenu une grande querelle. Une querelle de type philosophique, mystique et intellectuel. Ils ont su prendre les cœurs selon une science gnostique que seuls les ermites adorateurs de Dieu  connaissent. Pour conquérir le monde, il faut se détourner du bas-monde. Et les cœurs des gens de ce sous-monde viendront à vous selon un puissant magnétisme que seuls les grands amoureux peuvent dégager. Depuis lors il n’ya jamais eu de querelle de cette dimension, une guerre aux dimensions  intellectuelle, mystique et culturelle à la fois. Les autres querelles suivantes ont été dominées par de grands intellectuels : Léopold Senghor, Cheikh Anta Diop, Majmouth Diop, Mamadou Dia, Abdoulaye Ly. C’est la querelle des indépendances. Elle a été ferme pour les uns et ambigüe pour les autres. Ce ne fut pas véritablement une grande querelle.

La prochaine grande querelle touchera les racines de notre culture ou ne sera pas. Elle sera une guerre du bilan de notre « culture sénégalaise ». Une querelle autour du droit d’inventaire de nos différents choix de vie à travers l’histoire récente. Une querelle de la mémoire ! Un peuple qui ne connait pas la vérité de son passé est obligé de mentir sur son avenir ! Ce n’est certainement pas le développement qui sera le « baromètre d’évaluation. » Le développement à quoi ça sert ? Personne ne sait ce que c’est que le développement. Tout ce qui compte c’est le bonheur qui n’est pas une notion abstraite. Allez dire  aux éclopés de la vie, les damnés de la terre, les mendiants, les clochards et les casseurs de pierres que le bonheur est une idée abstraite !  Ils attendent tous la grande querelle qui changera la vie et se détournera des vaines colères de l’actualité.

Khalifa Touré

vendredi 30 septembre 2016

LE TEMPS DE LA COLÈRE DISSIDENTE




« La folie est quelque chose de rare chez l’individu, elle est la règle pour les groupes, les partis, les peuples, les époques. » Friedrich Nietzsche

Il est à croire que la démocratie est devenue la partie honteuse de l’homme contemporain. Elle pousse les plus lucides à des envies de « remonter les bretelles » à tout le monde. Tous ceux qui détestent la grandeur, les bonnes manières et la tenue hiératique s’en donnent à cœur joie. Ils déversent leur fiel pourri d’ignorance sur les survivances aristocratiques. La vertu n’existe qu’en pointillé sur le voile déjà embruni de notre existence douteuse et par conséquent précaire. J’entends les psychopathes qui s’ignorent, chanter les louanges de Yaya Jammeh comme s’il était concerné par le sujet. Les aristocrates n’ont jamais tué personne, leurs opposants ne meurent pas en prison, ils ont laissé le sale boulot aux monarques d’autrefois  et aux « roitelets » d’aujourd’hui. Les droits de l’hommistes sans vergogne se sont noyés dans les lois du  marché occidental de l’anti-peine-de-mort et la défense des minorités sexuelles. Les naïfs électeurs  qui s’entêtent à voter soi-disant par devoir citoyen ou par routine, sont des maniaques qui s’ignorent. Ils sont complices d’une organisation qui les écrase. L’esclave aime son maître, c’est connu !

La démocratie ne construit pas mais elle conserve, consolide et soutient l’édifice. Rien de grand ne s’est construit en période démocratique. Les mouvements sociaux auront raison de nos Etats déjà fragiles qui ont besoin d’être consolidés sous les coups de boutoir de la stratégie « occidentale » de privatiser les Etats postcoloniaux. L’échec de l’Etat-Nation n’est que le prétexte trouvé pour créer d’autres formes de gouvernement téléguidé. L’Etat-Nation est une histoire politique occidentale après tout. Les jeunes africains en colère justifiée face aux satrapies postcoloniales seront intellectuellement soutenus, financés et défendus par un occident qui prépare « la solution finale ».  Alors la voie sera ouverte à la dernière vague d’envahissement face à l’empire chinois, et enfin à l’anéantissement de toute volonté chez les africains. Les sociétés civiles africaines devraient élaborer un protocole de lutte de libération qui fera payer très cher à l’occident toute velléité d’envahissement et d’ingérence.

Quant à ceux qui tombent facilement amoureux des agitateurs politiques ils mourront de chagrin d’amour, pas forcément tous les dix ans. Les hommes politiques sont dépourvus de talent amoureux. Ils n’aiment personne ! Ceux qui déclarent leur flamme aux politiciens ne mentent pas comme un arracheur de dents. Non ! Ils pensent bêtement paraître ou apparaître dans la personne des personnages médiatiques. Malheureusement pour eux, ces hommes ne sont pas transparents, ils sont opaques. On n’y voit rien !
Que mille bombes atomiques tombent sur le Sénégal, il restera la vérité. Je ne pousserai pas le cynisme  jusqu’à dire que « seule la littérature compte»  à la manière du japonais Yasunari Kawabata. Il n’ya aucune tyrannie de l’actualité, elle décrit simplement la courbe dégradante de notre paresse maladive. La tragédie de l’époque démocratique est la paresse incurable. Le refus du regard oblique Nietzschéen du soupçon et du doute. Non pas de ce faible doute cartésien mais de la  vérité qui tue. Mais la démocratie n’est pas la tragédie, elle est incapable « d’épouser une grande querelle» à la manière shakespearienne. Une grande tragédie sinon quelques drames bénins ne feraient pas de mal. Le problème du Sénégal c’est que l’on ne sait pas soutenir de grandes querelles depuis longtemps, depuis Faidherbe et Lat Dior deux parmi les grands hommes politiques du Sénégal moderne. Il s’est passé des actes héroïques autour du PAI et chez le Pharaon Cheikh Anta qui deviendra bientôt l’objet de culte marchand  si les dignes héritiers ne dressent pas les oreilles. 

C’est curieux ! J’envie les hommes comme Achille Mbembe qui n’ont jamais voté de leur vie. Ils ne rendront pas compte le jour où les regards seront figés et les comptes soldés. Le temps de la  « grève morale » est advenu. Il faudra à partir de nos réserves de vie recréer une violence symbolique qui surprendra l’élite cannibale. Elle lâchera la viande au croc. Il est temps de revoir l’œuvre de toute une vie de Franz Fanon : Vider les stades, raser les arènes, remplir les champs qui nous feront vivre, les amphithéâtres qui s’occuperont de notre ignorance, les laboratoires qui tueront notre paresse intellectuelle, les théâtres qui mettront en scène nos turpitudes et nos bassesses, et les cinémas qui diffuseront nos symboles. Alors le pays bougera peut-être puisqu’il faut que « le monde aille quelque part. »

Khalifa Touré
sidimohamedkhalifa72@mail.com

lundi 15 août 2016

Djibril Diop Mambety, le cinéaste de la ville.





L’art n’est peut-être pas une théorie de la connaissance comme la philosophie mais il reste une source insoupçonnée de savoirs qui nous échappent. On peut même dire de façon prosaïque qu’il est des artistes qui sont de loin plus profonds que ne le sont certains philosophes. Le cinéma de Djibril Diop Mambéty est malheureusement une de ses œuvres artistiques dont la contribution au « dévoilement du réel » n’est pas suffisamment mise en exergue. 

Cinéaste de l’étrange, du non-dit et de l’impensé, Djibril Diop Mambéty est sans nul doute l’un des créateurs africains les plus explosifs. Acteur, metteur en scène et scénariste, ses œuvres n’ont certainement pas fini de nous révéler les secrets de la vie. Il n’a jamais cessé de nous entrainer dans les méandres de la ville africaine, des bas-fonds, chez les petites gens, les laissés- pour-compte, « les damnés de la terre ».Cinéaste de l’urbanité, de l’underground et de la « perversion » des villes qui fabriquent fatalement un lumpenprolétariat réduit au silence comme ce vieux casseur de pierres dans « la petite vendeuse de Soleil ». Cinéaste déroutant par son symbolisme pourtant transparent, ses dialogues décalés et son nihilisme esthétique qui lui vient de la lecture de Nietzsche, Djibril Diop « sacrifie » la narratif au profit du visuel et du symbolique. En une image, il exprime beaucoup de choses. Djibril Diop est le cinéaste du fourmillement et de la multitude des images suggérées. Quel paradoxe !

La posture esthétique de Mambety est pourtant éminemment politique. Mambety est un révolté qui ne crie pas sa colère sur tous les toits. Derrière son calme apparent il ya une colère zénithale. Regardez ce chemin de croix effectué par une Afrique dévaluée à travers sa monnaie symbolisée par le personnage de « Marigo » dans « LE FRANC » qui s’en va brinquebalant avec une porte et qui tombe plusieurs fois comme Jésus Christ sur le chemin du mont Golgotha ! Que dire de ce monisme religieux et syncrétique des africains dans la mémoire de qui, sonnent le chant du muezzin et l’image du héros Ceddo et du trompettiste toujours exprimé dans « LE FRANC » ? Les sanglots longs des trompettes  sonnent la misère noire, une misère qui n’est pas noyée dans la musique grâce à  la dignité des êtres qui hantent l’espace. Chez Mambety « l’histoire » n’est pas volontairement coulée dans la musique comme dans certaines œuvres de Fellini et surtout d’Emir Kusturica. « LE FRANC » est l’un de ses chefs d’œuvres cinématographiques que l’on peut voir mais aussi et surtout écouter. Il ya des films à regarder, des films à écouter et des films à regarder et écouter à la fois. Aucun cinéphile au monde ne peut s’empêcher d’écouter les dialogues et la musique de « Le Messager » de Moustapha Akkad, « Le parrain » de Francis Ford Coppola, « Sous le Soleil de Satan » de Maurice Pialat, « Les 400 coups » de François Truffaut et « Le Vieux fusil » de Robert Enrico. Mambety, le grand frère de Wasis, est de cette étoffe. Djibril Diop est un poète de l’évasion mais aussi de la confrontation. Chez lui, il ya du comique et du tragique qui se superposent, ils ne sont pas juxtaposés comme dans la tragi-comédie. 

Chez Djibril Diop nous avons tout intérêt à chercher des réponses à nos contradictions telles qu’exprimées dans « HYENES » où les hommes cannibalisent leur semblable comme les bêtes sauvages et cela à vil prix. Mambety a tenté de nous révéler une certaine modernité africaine par une tentative de « réinvention » de l’écriture cinématographique. Voilà sa grande contribution. Du reste, il est jusqu’ici le seul cinéaste Sénégalais en sélection officielle au festival de Cannes. C’était en 1992 avec « HYENES ». Il a précédé en cela deux autres africains : le tchadien Mahamat Saleh Haroun qui a remporté le prix du Jury avec « Un homme qui crie » et le mauritanien Abderrahmane Sissako qu’il dépasse de loin en puissance poétique. Auparavant l’Afrique a remporté une palme d’or aujourd’hui oubliée, il s’agit de « Chronique des Années de Braise » de l’algérien Mohammed Lakhdar Hamina en 1975. Bref, Sir Charles Chaplin le génie absolu du cinéma n’a remporté qu’un Prix d’honneur à la fin de sa carrière. Né à Dakar en 1945, Djibril Diop Mambety est décédé le 23 Juillet 1998 emportant avec lui les secrets de sa fêlure qui était déjà manifeste dans « Touki Bouki » classé 52eme par le Magazine Empire Magazine’s « The 100 Best films of world cinema » en 2010.

Khalifa Touré

lundi 8 août 2016

Six grandes championnes du Sénégal




De ridicules listes d’intellectuels qui font bouger l’Afrique circulent. Des cohortes de femmes, soi-disant leaders, occupent les journaux. Nous avons tout compris. Ceux, tapis dans l’ombre, qui concoctent ces listes pour influencer nos manières de penser ont tout faux de parier sur notre imbécilité. 

Dans ces top 100 ou top 10, seules deux à trois figurent les intéressent. Les autres sont là, Desmond Tutu ou  Wole Soyinka pour valider la présence de ces missionnaires coloniaux  à la peau noire, qui sont contents d’être cités. A côté, il y en a qui ne veulent pas être cités. Ils savent  qu’on veut mettre la main sur eux. Toutes nos félicitations à Ibrahima Sall, « le bouvier de l’au-delà » qui ne s’est pas déplacé pour aller prendre le Grand Prix internationale Léopold Senghor de la poésie. Il existe  encore dans ce monde, des êtres qui ne cherchent pas cette chose vulgaire appelée « succès ». Toutes ces femmes qui garnissent les listes médiatiques ont certainement quelque mérite mais en ont-elles plus que les six figures suivantes :

-Rose Dieng : L’une des intellectuelles sénégalaises les plus brillantes à coup sûr. Elle peut être classée à juste raison parmi les surdouées que notre système éducatif a produit depuis toujours. Née en 1956 elle se distingue par son intelligence précoce au Lycée Van-Vollenhoven de Dakar : 1er prix en mathématiques, en français et en latin au concours général sénégalais 1972, 2ème prix en grec, lauréate du baccalauréat section scientifique avec mention très bien et les félicitations du jury. Elle arrive en classes préparatoires au lycée Fénelon à Paris. En 1976, elle est la première femme africaine à intégrer l'École polytechnique. Eminente spécialiste en intelligence artificielle, elle a en effet soutenu une thèse de doctorat en informatique à l'université Paris-Sud sur la spécification du parallélisme dans les programmes informatiques. Elle reçoit le prix Irène-Joliot-Curie en 2005. Une vie remplie de recherches et de production savante s’éteint le 30 juin 2008 à Nice. La rue Rose-Dieng-Kuntz  qui est située au cœur du parc d'innovation de la Chantrerie, au nord-est de Nantes porte son nom. 

-Mame Younouss  Dieng : Née à Tivaouane en 1939, cette institutrice de l’époque glorieuse a grandi et étudié dans la ville  religieuse avant d’officier à la fameuse école 2 de Tivaouane ex-école des filles. Née d’une mère originaire de Saint-Louis proche d’Alioune Mbaye Paala, Mame Younouss est à juste raison l’une des deux écrivaines sénégalaises qui connaissent le mieux la société. Romancière de mœurs elle est l’auteur de « Aawo  bi» l’un des premiers romans en langue wolof publié en 1992 à Dakar avant « l’ombre en feu » publié en 1997 après une rocambolesque histoire d’écriture qu’elle nous a raconté à l’occasion de la présentation du livre à « Impressions » de Sada Kane.  Le vendredi 1er avril 2016 elle rend l’âme à son domicile à Dakar. Elle a traduit « Une si longue lettre » en langue Ouolof avec une autre grande dame des lettres africaines : Madame Aram Faal.

-Sokhna Oumou khaïry Sy : Fille de Serigne Babacar Sy Malick elle sans nul doute l’une des grandes figures sociales et religieuses du Sénégal. Cette dame aux qualités exceptionnelles a consacré toute sa vie à nourrir et vêtir les pauvres jusqu’à son dernier souffle. Surnommée « Boroom Waagn Wi » pour son expertise dans la  gestion  des charges sociales cette maison religieuse appelée « Keur gu makk » connue de tous les millions de disciples Tidiane qui convergent fréquemment vers Tivaouane.  Combien de jeunes hommes et surtout des jeunes filles, ses homonymes, ont bénéficié de sa couverture sociale et éducative. 
           
Zeyda Rokhaya Niasse : Moins connue que sa sœur Mariam Niasse, fille de Cheikh Al Islam El Hadji Ibrahima Niasse, elle est l’une des premières femmes-écrivains en langue arabe au Sud du Sahara. Intellectuelle engagée, brillante conférencière aux solides références islamiques. Elle est l’auteure de nombreux livres dont «  La part de la femme en Islam » écrit en 1975 qui a été traduit en anglais.

Safi Faye est certainement l’une  des rares grandes cinéastes de l’histoire du 7eme art. Mais elle est d’abord une ethnologue  dont le regard scientifique est volontairement édulcoré  par le langage singulier de l’art du documentaire. Née à Dakar en 1943  elle est l’auteure de  Kaddu Beykat (Lettre paysanne), Goob na nu (La récolte est finie) et « les âmes au Soleil ». Safi Faye est  la première réalisatrice noire africaine.

-Khady Sylla : Parcours singulier et atypique que celui de Khady Sylla cette brillante élève, crack ou surdouée de l’école sénégalaise des années 70. Née à Dakar le 27 mars 1963 elle arrive en France après un brillant parcours scolaire. Elle abandonne tour à tour les prestigieux HEC et Hypokhâgne pour se consacrer à sa passion : l’écriture et le cinéma. En 2005, elle remporte le prix du meilleur premier film au Festival international du documentaire (FID) de Marseille, pour son film Une fenêtre ouverte. Elle a auparavant publié en 1992 le fameux roman « Jeux de mer ».
Autant de figures féminines qui sont de véritables athlètes dans leurs domaines respectifs.

Khalifa Touré
sidimohamedkhalifa72@gmail.com