mardi 28 février 2017

Pourquoi le débat politique est il si faible?(1)




La faiblesse du débat politique est constatée un peu partout dans le monde. La chute du mur de Berlin n’explique pas tout. La supposée fin des idéologies n’a pas du tout arrangé les choses. Les grandes querelles se déportent vers le monde arabe et l’Atlantique témoins du choc brutal des peuples en migration.

Au Sénégal il ya certainement cinq grands penseurs politiques qui ont nourri  de façon significative le débat politique  depuis les années 50, il s’agit de Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Abdoulaye Ly, Cheikh Anta Diop et Majmouth Diop. Abdoulaye Wade avait certainement l’étoffe d’un penseur politique mais il fut surtout un homme d’action, un virtuose de l’action politique. Cet homme aurait pu être le meilleur,  s’il était bon ! Le SOPI fut une option, une idée politique malheureusement reçue et réalisée sous forme de slogan. Les partis politiques nés au 19eme se sont toujours nourris de la pensée politique d’intellectuels résolument partisans.  Les penseurs partisans sont à la politique ce que l’oxygène est à la vie.  La politique se meurt parce qu’il n’ya plus de penseurs de parti.

 En France, « le pays le plus politique d’Europe » selon Karl Marx, il n’ya plus de penseurs de parti, même pas à gauche. Les Alain Badiou et autres sont des penseurs politiques de gauche et non des penseurs de parti. Ils ne sont pas partisans. Le seul penseur de parti en France est un homme de l’ombre qui écrit des bouquins polémistes mais pleins d’idées politiques et cet homme vient de l’extrême droite, il s’agit de Patrick Buisson. Mais chose étrange Patrick Buisson n’est pas adepte des partis, mais fidèle à ses idées si tant est qu’un parti de droite peut en être le terrain d’expérimentation. Un penseur de parti est un homme individualiste, libre, qui travaille seul et qui a des convictions profondes. Lorsqu’il a un tempérament  solitaire il peut être dangereux parfois. Mais les plus dangereux, et les plus nocifs sont les intellectuels qui pensent qu’ils sont des penseurs de parti, en vérité des jouisseurs qui prennent leur pied à manipuler le Président de la République. Ils sont souvent intelligents et bardés de diplômes. Il y en a eu beaucoup autour de George Bush fils (Richard  Perle et Paul Wolfovitz). Quant à Obama, il  a gouverné sans un seul intellectuel de parti. Bill Clinton doit sa réussite et sa popularité toujours grandissante aux idées qui lui viennent du redoutable philosophe américain Michael Walzer. Les années Reagan se sont nourries des thèses Walrassiennes de l’économiste Milton Friedman. Même les papes les plus insignes ont eu des maitres et les politiciens d’aujourd’hui poussent la fatuité  jusqu’à refuser des maitres, sous prétexte de démocratie et d’égalitarisme. Tout le monde connait l’approche thomiste d’un Benoît XVI qui lui vient certainement de l’étude fréquente de Saint Thomas l’un des plus grands philosophe chrétiens avec Saint-Anselme et certainement Saint-Augustin.

Il est difficile aujourd’hui d’attribuer un qualificatif à un politicien. Ils  sont inqualifiables, inclassables et cela ne fait pas d’eux des iconoclastes de la politique.  Ils sont incolores, inodores, insipides. Des qualités qui ne sont bonnes que pour l’eau, source de vie. Qui les a influencés ? Personne ne sait. Les influences claudéliennes et la lecture fréquente du Père Pierre Teilhard de Chardin par Léopold Sédar Senghor sont connues. L’économiste François Perroux et les grands humanistes musulmans entre le IX et XIIIème siècle musulman ont forgé  le président Mamadou Dia…   

Il est vrai que la tradition des précepteurs est consubstantielle à l’esprit aristocratique et comme les hommes n’aiment plus la grandeur et la noblesse ils se targuent tous d’efforts personnels. « Je me suis fais tout seul » entend-on souvent dire. Rien de plus faux. Les self-made-men n’existent pas, c’est une création factice qui nous vient de l’ultra-individualisme anglo-saxon. Personne ne peut se faire tout seul. C’est juste une manière de créer de faux héros qui n’ont jamais renoncé à quoi que ce soit. Ils sont juste chanceux et maitrisent les secrets de la fabrication de la réussite sociale.

Lorsque la politique a cessé d’être une activité de culture liée à la civilisation le débat est devenu de faible intensité, les hommes politiques au Sénégal,  en France aux États-Unis, parlent comme des présidents d’Association ou de futurs premiers ministres. Ils sont incapables de décliner des options philosophiques à caractère moral sur de grandes questions liées à la vie en commun. Un pays africain du nord a convié Emmanuel Todd et son équipe de venir se pencher sur la démographie, parce que le taux de natalité baissait de façon inexplicable. Lorsque les questions liées à vie, à la fin de vie, à notre être avec les autres peuples ne nourrissent pas le débat politique, le volume devient faible et influence par « ricochet » les autres sphères d’idées. Mais qu’ils sont nuls comme leurs pattes et ennuyeux à mourir certains de nos artistes, avocats, journalistes, étudiants et syndicalistes qui prétendant convertir les politiciens qu’ils jugent corrompus. Aucun d’entre eux ne peut débattre avec Abdoulaye Wade,  Jean Paul Dias, Me Doudou Ndoye ou Mamadou Lamine Loum. Mais se mesurer à la médiocrité n’est pas une ambition. Il est loin la période où le journaliste Daouda Ndiaye faisait parler sur un même sujet Tidiane Sylla ministre du tourisme, les professeurs Babacar Kanté, Hamady Aly Dieng et Mouhamadou Moustapha Kane.

Alors dans ce contexte d’anti-intellectualisme des partis politiques, quel est le travail des Diène Farba Sarr, Luc Sarr ou El Hadji Kassé à l’APR, Hamidou Dia près du président Macky Sall, et Pierre Sané au PS ; que font-ils réellement ?  (Une affaire à suivre)

Khalifa Touré

mardi 21 février 2017

JULES BOCANDE, UN MODÈLE DE PATRIOTISME POUR NOS FOOTBALLEURS!












« C’est lorsqu’il est abattu qu’on mesure mieux la grandeur d’un arbre.» Carl Sandburg


S’il existe une leçon à tirer de la courte vie  du footballeur Sénégalais Jules François Bocandé, c’est bien  le sens du patriotisme. S’il y avait suffisamment de Bocandé parmi les hommes politiques qui ont la charge des affaires publiques dans nos pays, il y aurait probablement un début de changement. On peut tout reprocher à Jules Bocandé sauf un défaut de patriotisme. Combien de fois a-t-il sacrifié  sa personne et sa carrière de footballeur professionnel pour répondre à l’appel des couleurs nationales ? Suspendu à vie de l’équipe nationale il n’a pas hésité à revêtir fièrement le maillot national après avoir été amnistié.

 Depuis lors Bocandé n’a eu de cesse de démontrer hardiment un patriotisme débordant à maintes occasions. N’a-t-il pas hésité à injurier délibérément un arbitre de football en France pour écoper d’un carton rouge, histoire de pouvoir se libérer et venir jouer en équipe nationale ? Bocandé n’a jamais boudé l’équipe nationale, même si l’occasion lui en a été offerte à plusieurs reprises par des dirigeants qui se défaussaient sur lui en plus d’un public trop exigeant.
 Après le fameux Caire 86 qui s’est soldé par une élimination prématurée de l’équipe nationale par la Côte-d’Ivoire des Youssouf Fofana et Abdoulaye Traoré, Bocandé a été lâchement livré à la vindicte populaire qui l’accusait d’avoir manqué de sérieux et de concentration en faisant une virée nocturne avec la diva « zaïroise » Tchyala Mwana. Tout cela était absolument faux comme en témoigne l’adjoint du coach de l’époque, l’illustre Yérim Diagne. Les paparazzis l’avaient confondu avec  un autre footballeur Sénégalais qui sortait d’une boite de nuit aux bras d’une femme. Ce jeune footballeur dont le profil ressemblait à celui de Bocandé était en dreadlocks comme lui. Mais le mal était déjà fait.

 Bocandé avait un tempérament fort mais il était loin d’être fantasque. En 1986, au moment où le fameux débat se déroulait à la télévision nationale après la débâcle du Caire, il n’a pas hésité à appeler de la France pour rétablir la vérité, à sa manière, en traitant de « menteurs » tous ceux qui  voulaient lui faire porter le chapeau. Bocandé était une forte tête qui n’aimait pas qu’on lui marche sur les pieds.  Après un match de coupe de France très tendu livré contre le TFC (Toulouse Football Club), le brutal défenseur argentin Tarantini  l’a cogné au visage tellement notre Bocandé national lui a donné du fil à retordre sur le terrain. Et Bocandé de poursuivre le coquin jusque dans les vestiaires pour le corriger.  Malgré tout Bocandé était un cœur tendre qui pleurait facilement. Un homme sensible qui versait des larmes lorsqu’il avait du chagrin comme au Caire lorsqu’on l’a accusé d’avoir fait perdre l’équipe, ou dans les grands moments de joie comme la qualification de l’équipe nationale en coupe du monde. Bocandé était un passionné, un passionné des couleurs nationales. Mais le paradoxe est que le monde ne comprend pas les hommes passionnés. Toutes les erreurs qu’il a dû commettre lui viennent de sa passion mordante. La passion est une énergie positive, contrairement à l’idée rependue. « RIEN DE GRAND NE S’EST FAIT SANS PASSION. »
Son courage physique et sa capacité à faire face  se sont révélé à maintes occasions. En 1988 avant le dernier match de qualification pour la coupe d’Afrique qui opposait le Sénégal au Zaïre des Kabongo Ngoy, Ngalula Bwana et Muntubilé Santos, le grand défenseur Roger Mendy lui a conseillé de ne pas tirer de penalty au cas échéant. Mais au cours du match Bocandé n’a pas résisté à la tentation ; il a tiré et raté son coup comme deux ans auparavant au Caire en match de poule contre la Côte-d’Ivoire. Il n’a jamais eu peur de prendre ses responsabilités. Bocandé était un personnage, un vrai, sur le terrain comme dans la vie ; un personnage au sens théâtral du mot.  Son charme inégalé sur le terrain avec ses dreadlocks volant au vent ont fait chaviré toute une génération d’aficionados du ballon rond. Bocandé est sans conteste l’un des meilleurs « joueurs de la tête » de tous les temps aux coté des allemands Horst Hrubesch et Uli Hoenes. Il avait une tête d’or. Meilleur jeune footballeur Sénégalais, Jules Bocandé s’est bonifié au fil des années en devenant finalement un buteur futé et même un technicien très fin malgré sa puissance physique.
 L’importance d’un homme se juge à l’aune de son influence. Jules Bocandé est le modèle d’une bonne génération de footballeurs africains par ses qualités athlétiques  et son intelligence face aux buts. En effet Bocandé est un buteur hors pair de la lignée de ses ainés africains  comme le Camerounais Roger Milla, l’Ivoirien Laurent Pokou et le Congolais Ndaye Mulamba. Par sa longévité en équipe nationale (Quatorze ans) Bocandé a fait rêver deux générations de Sénégalais.  Tous ceux qui sont de cette génération des années 80 se souviennent de son duel à distance avec l’élégant Dominique Rocheteau pour décrocher le titre de meilleur buteur du championnat français. Finalement Bocandé a tenu la dragée haute au footballeur français à la longue tignasse en marquant vingt cinq buts sous les couleurs de Metz. L’on ne peut évoquer ce titre de meilleur buteur sans citer le nom de son coéquipier Carmelo Micciche qui lui a offert l’essentiel de ses balles de but par un débordement à droite suivi d’un long centre bien placé sur la tête où un centre en retrait. 

Bocandé avait l’esprit d’un chef, un vrai meneur d’hommes. Il fallait être Bocandé pour mener cette pléiade de footballeurs d’exception à Caire 86 que sont le véloce et exceptionnel gardien de but Cheikh Seck dont le talent rappelle celui du légendaire Mansour Wade, le très talentueux Roger Mendy qui est sans nul doute le plus grand libéro que l’Afrique ait connu, le très calme et non moins stoppeur Racine Kane, le  génial Oumar Gueye Sène (l’un des meilleurs footballeurs que le Sénégal ait connu), la classe exceptionnelle de Boubacar Sarr Locotte, le très adroit Amadou Diop «  Boy Bandit », le très rapide et intelligent Thierno Youm, sans oublier Pape Fall, Joseph Marie Koto, Amadou Diop « Quenum »,Karim Seye, Mamadou Teuw, Lamine N’diaye et bien d’autres.

 Bocandé restera l’homme qui nous a sorti des ténèbres d’une longue absence en coupe d’Afrique, d’Asmara 1968 au Caire en 1986. En marquant les trois buts en match retour contre le Zimbabwe, il entra définitivement dans la légende. Pendant deux générations, on parlait toujours de Sénégal-Zimbabwe.  

KHALIFA TOURE
sidimohamedkhalifa72@gmail.com





jeudi 16 février 2017

Donald Trump, le monde réel et la fin de l’Histoire?







« Je consentirais à vivre sous un tyran, à condition de ne dépendre que de ses caprices, et d’être affranchi de la tyrannie des modes, des coutumes et des préjugés. La moindre de nos servitudes est celle des lois » Vauvenargues

Tout bizarre que cela puisse être l’élection du très inquiétant Donald Trump, le Brexit de la Grande-Bretagne contre l’entité géopolitique la plus contesté du monde ( l’Union européenne), l’émergence du mouvement PODEMOS en Espagne, le passage à gauche de Benoît Hamon un ancien « émigré » français au Sénégal pensionnaire du collège Sacré-Cœur de Dakar, le vent en poupe d’un jeune Emmanuel Macron sans idées majeures ni programme(« je n’ai pas de programme » a-t-il dit, Bruno Lemaire a produit près de mille pages de Propositions pour la France, il n’a eu que 2,4% aux primaires de la droite), le succès du déclaré catholique et imprudent François Fillon dans une France anticléricale encore menée par des laïcards incrustés dans la presse; et même plus proche de nous, l’arrivée inattendue d’Adama Barrow visiblement surpris et très mal à l’aise dans « un petit pays africain »  comme la Gambie, autant de phénomènes apparemment si lointains l’un de l’autre mais peut-être si proches mais  en tous cas des phénomènes antipolitiques. En période de décadence, les choses vont tellement mal que les politiciens se prévalent de leur propre turpitude. Ils peuvent se payer ce luxe honteux. De nos jours il n’ya plus grand mal à se déclarer novice en ceci ou en cela. Ce vocable est même inapproprié. L’incompétence est la prochaine vertu. Sous prétexte de faillite de notre Système de vie des esprits « malveillants » vont prendre le froc du novice pour corrompre le regard désemparé des pauvres gens. L’opinion pense aujourd’hui qu’un « novice » est forcément un homme pur. Rien n’est moins sûr!

Dans ce tourbillon de l’actualité politique du monde, ce n’est pas  l’effet papillon qui est  en jeu, non plus un mouvement d’ensemble ou une mondialisation qui ne veut rien dire (c’est l’Occident qui se mondialise), c’est plutôt une série d’événements politiques qui révèlent au moins quelque chose d’inacceptable : notre arrogance intellectuelle nous cache l’Infini, pour ne pas dire la Vérité. Nous sommes tous dans les modes, coutumes et préjugés d’une fausse démocratie dont le statut nomologique nous reste inconnu. Une démocratie et un droit-de-l’hommisme culturel qui a  fabriqué des hommes politiques d’une gentillesse commerciale. Fillon était un gentil non ? Du moins jusqu’à une date récente. John F. Kennedy n’était-il pas gentil quand il couchait dans le lit conjugal des dizaines de femmes au et au su de sa femme ? Maladif, dépressif, plein de vices, il était loin du jeune-beau-sportif et intelligent comme il  est toujours présenté. Aux États-Unis on ne s’amuse pas avec le sexe, en France héritière d’une vieille tradition catholique les « histoires d’argent » sont mortelles. Les gentils deviennent alors des menteurs sortis des boites à outils de pompeuses agences de communication. En quoi notre système d’information inventé par la démocratie est-elle  efficace ? Une chose est sure, nous sommes très informés, surinformés et déformés par de  vraies fausses informations  mais très peu renseignés. Quel est le journal le plus informé du pays ? Les lecteurs ne se posent jamais cette question. Personne ne sait qui est Donald Trump, Adama Barrow ou Barack Obama. Pourquoi ce dernier a-t-il gracié Chelsea Manning en oubliant délibérément Edward Snowden ? La réponse est certainement dans la question.

Au reste, l’histoire a toujours été en marche, malheureusement les historiens n’ont plus la parole sauf… Emmanuel Todd. L’Histoire n’est pas une discipline « sexy » comme la Sociologie et l’ambigüe Science politique, c’est une faiblesse communicative en démocratie. Il est temps que les historiens parlent, qu’ils nous disent ce qu’il se passe dans ce monde qui nous turlupine les méninges. « Qu’est-ce que le monde est en train de nous faire ?» doivent-ils nous expliquer. Mais le problème est que la plupart des grands historiens sauf Fernand Braudel et François Furet ne sont pas des techniciens de l’Histoire : Thucydide, Plutarque, Karl Marx, Léon Tolstoï, Henry Kissinger, Winston Churchill.   Emmanuel Leroy Ladurie auteur de « L’histoire du climat depuis l’an mil » est là encore silencieux tandis que son brillant disciple, « le prophète » Emmanuel Todd continue à prophétiser selon les données démographiques. Peut-être que la structure familiale expliquera tout !

En Afrique le Malien Sékéné Mody Sissoko, les sénégalais Abdoulaye Ly et Mbaye Gueye, le Burkinabé Joseph Ki Zerbo,  le congolais Théophile Obenga ne sont plus. Le professeur Boubacar Barry est ici modestement entre le Fouta Djalon et le Walo des fiers guerriers aux confins du désert brûlant de fièvre islamiste et de  convoitises coloniales françaises. Le Mali, ex- Soudan mais toujours français a fort à faire ! Avis d’expert militaire, le Mali est la porte d’entrée  géostratégique de l’Afrique occidentale. C’est cela le Renseignement.

 Tandis que le monde politicien nous agace, nous titille, le  « monde comme il va » se joue de notre orgueil insensé. C’est à croire qu’il ya deux mondes : Le monde réel et le monde fabriqué par une élite désemparée. Le déni du « monde réel » est la maladie du siècle. Le sport favori des bobos intello.  Que tout « le monde des hommes » se tienne prêt, le monde tout court, tel qu’il est et tel qu’on a toujours refusé de se l’imaginer ira crescendo contre nos us et coutumes modernes, notre vulgarité faite de connexion internet, notre progressisme calamiteux fait de rêvasseries même pas poétiques sur des gratte-ciels construits juste pour s’écrouler. Le développement c’est quelque chose qu’on nous racontera. Il n’existe même pas, il n’a jamais existé. Ah ! que nous manquons d’ambition. Nos rêves sont faits de béton armé et de ferraille, c’est bruyant et ça fait mal. C’est un rêve d’hommes sans âme. Au même moment se passent des choses qui échappent à notre vigilance d’historien,  englués que nous sommes dans la vile actualité. C’est à croire que c’est la fin de l’Histoire avec un grand H, l’Histoire comme discipline. Le monde réel est en train d’invalider notre savoir démodé et décadent. Il ne reste plus qu’à ranger nos parchemins poussiéreux, nos doctorales toges, témoins d’une science morte  et enfin décider à vivre la vie réelle. Vivre rien que vivre tout simplement!

Khalifa Touré


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vendredi 20 janvier 2017

CINÉMA, LITTÉRATURE ET GUERRES DANS LE MONDE(1)








«Des millions d’hommes commirent les uns à l’égard des autres un nombre si infini de forfaits, de duperies, de trahisons, de vols, de fraudes et d’émission de faux assignats, de pillages, d’incendies et de meurtres que les archives de tous les tribunaux du monde ne pourraient en réunir autant d’exemples en des siècles entiers, mais qu’au cours de cette période ceux qui s’en rendirent coupables ne considéraient pas comme crime… »

Tels ont été les mots justes du comte Léon Tolstoï en ouverture à la première partie du Livre 3 de son monumental « Guerre et paix », la plus grande œuvre littéraire sur la guerre depuis Thucydide. Mais « La guerre du Péloponnèse » de Thucydide  est surtout une œuvre historique. À l’encontre d’Homère, Thucydide est un narrateur de la raison, il est sans nul doute l’inventeur de la raison historique. Si l’histoire n’était faite que de légendes, de mythes et de récits épiques il serait possible de démêler la raison historique des embellissements, des écarts et des anachronismes. Mais quand les affabulations s’en mêlent, il est difficile d’étendre la matière historique qui, en vérité, n’est qu’un tissu fait de milliers de lignes qui s’entrecroisent. Voilà la mission historique que Thucydide le soldat et homme politique grec s’est assigné il ya plusieurs millénaires. Ils sont encore très loin de nous dans le temps, mais la guerre n’a pas beaucoup évolué en stratégies et tactiques. « La guerre du Péloponnèse » est aujourd’hui une référence dans les écoles de guerre mais il est surtout un livre politique, une référence indiscutable en sciences politiques.

 « Guerre et paix » un livre formidable au sens premier du mot c’est-à-dire effrayant, l’un des monuments élevés pour l’humanité, un fourmillement continu de personnage à s’y perdre, un livre délicieusement assommant avec ses deux mille pages, une œuvre démiurgique qui a voulu contenir le monde même dans toute son entièreté mais surtout une longue description, une narration discontinue, des scènes horribles et effroyables sur la guerre, cette « activité contraire à la raison et à toute la nature humaine ». Pourquoi les hommes vont à la guerre ? Pour montrer qu’ils sont des hommes ? Personne ne sait ! Si l’on en croit Léon Tolstoï, toutes les explications possibles sont évoquées par-ci et par-là, retournées dans tous les sens jusqu’aux vulgaires considérations géopolitiques. « La géopolitique », la panacée explicative d’aujourd’hui, l’ultime formule chimique, le fin du fin de la cogitation philosophique, le mot qu’il faut sortir de la bouche pour faire intellectuel oubliant «  Tout ce  que je sais c’est que je ne sais rien » du plus  ignorant des doctes parmi les grecs. Ni la cupidité politique de Napoléon, ni l’irrédentisme oriental du chevalier Alexandre ne seraient à l’origine exclusive d’une quelconque guerre. L’assassinat d’un quelconque Archiduc François Ferdinand n’est à l’origine d’une guerre. Même si des hommes quelconques, un nombre incalculable de faits insignifiants combinés peuvent être à l’origine d’une conflagration. Difficile de remonter le fil d’Ariane, démêler l’écheveau explicatif d’une activité monstrueuse en elle-même. On n’y comprend pas grand chose. Mais cela n’est pas une excuse. « Guerre et Paix »est un long poème de vie et de mort.  Mais qui écrira le livre de la mort en Syrie ?

Allez voir l’excellent « Patton » du cinéaste américain Franklin J. Schaffner  vous aurez une image particulièrement intéressante de ce qu’est la guerre d’un point de vue personnel. Patton interprété par un hallucinant George Scott est l’un des meilleurs « films de guerre », nous en avons repéré dix : « Patton »le plus classique, le plus académique mais aussi le plus intime à travers le fantasque général américain George Patton, La ligne rouge « le meilleur de guerre », le plus poétique, le plus mystique, le plus profond, un film d’une amplitude incommensurable, d’un magnétisme étrange à travers cette fameuse voix off propre à Térence Malick, la palme d’or 1979 « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola le meilleur film sur la guerre du Vietnam s’il n’y avait pas  à côté l’irrévérencieux et l’antimilitariste «  Full metal Jacket » Stanley Kubrick l’un des rares cinéastes admirés par Orson Welles le plus grand cinéaste américain de tous les temps ( J’ai pas trop aimé « Platoon » d’Oliver Stone, un « bon » film quand même), « Fury » de David Ayer ,le plus récent (2014), l’un des plus visuels avec une formidable photographie de Roman Vasyanov( je ne comprends pas comment ce film est passé inaperçu),« Sauver le Soldat Rayan » où Steven Spielberg s’est permis des scènes et situations d’un tragique Shakespearien (la scène théâtrale où la petite fille en pleurs tape sur les joues de son père qui voulait la sauver en l’offrant aux soldats américain peut être commenté pendant des heures),« Les égarés » d’André Téchiné le plus décalé des films de guerre où l’on entend la guerre plus qu’on ne la voit ;  on la voit par moments sur les visages éplorés qui fuient l’horreur,  « Das boot » de Wolfgang Patterson le chef-d’œuvre du huis clos guerrier, le film de guerre le plus glacial, le très militant « Indigènes »  de l’Algérien Rachid Bouchareb un film à personnages, « Hero » du chinois Zhang Yimou un chef-d’œuvre d’écriture et même de calligraphie cinématographique. La guerre a inspiré les grands artistes du cinéma, les écrivains les plus sensibles. 

Plus tard viendront « Adieu aux armes » et « Pour qui sonne le glas »  d’Ernest Hemingway, « Le cul de judas » du portugais Antonio Lobo Antunes  et  « Voyage au bout de la nuit » de Céline.

Khalifa Touré

dimanche 8 janvier 2017

Monnaie, servitude et liberté : Un portrait décalé de Joseph T. Pouémi




« De l’hypothèse,  fausse parce que dérivant du concept indéfinissable du sous-développement, que les petits pays ne peuvent garantir leur monnaie faute d’une économie suffisamment solide pour la soutenir, les pays africains ont, de diverses manières et à des degrés différents, démissionné devant leurs responsabilités en matière monétaire, c’est-à-dire en définitive économique », Joseph T. Pouémi


L’intellectuel camerounais Joseph Tchundjang Pouémi est certainement la perle noire de la science économique en Afrique comme son compatriote Thomas N’kono  fut « l’araignée noire » de l’Espanyol de Barcelone dans les années 80. Le pays des  Ruben Um Nyobe, Félix Moumié, Ernest Ouandié, Osendé Ofana héros de l’une des trois guerres de libération les plus meurtrières en francophonie ( Cameroun, Indochine, Algérie) , a donné naissance à de brillants intellectuels comme Jean Marc Éla, Martien Towa, Achille Mbembé, des écrivains de talent ( Guillaume Oyono Mbia, Ferdinand Oyono, Mongo Béti, Leonora Miano), des footballeurs d’exception( William N’jo Léa, Roger Milla, Théophile Abéga, Jean Pierre Tokoto , Grégoire M’bida « Arantes », Ibrahim Aoudou, Jean Manga Onguéné, Paul Louis M’fédé, Samuel Eto’o fils), mais surtout un économiste méconnu, pionnier de la libération monétaire en Afrique, un météore qui a  traversé de façon fulgurante le ciel assombri des sciences sociales avant de s’éteindre rapidement, il s’agit de  Joseph Tchundjang Pouémi. 

Une courte vie, 47ans, menée au service de la science et de la lutte pour  la libération monétaire  de l’Afrique. L’histoire du monde est peuplée de savants de l’ombre, des croisés de la science que seule une démarche archéologique peut remettre au goût du jour. Joseph T Pouémi est de la lignée des savants oubliés comme Semmelweis le médecin.  Né le 13 Novembre 1937 à l’Ouest du Cameroun, il est dans le domaine de la théorie économique une référence méconnue du grand public. Depuis quelques années son nom commence à poindre et sa réhabilitation en tant que l’un des premiers théoriciens de la libération monétaire de l’Afrique est en cours. Pouémi est l’auteur d’une œuvre considérée aujourd’hui comme un monument. C’est le fameux « Monnaie, servitude, liberté : la répression monétaire de l’Afrique »  publié en  édition J.A en 1981. Ouvrage jugé rigoureux malgré le ton polémiste : «  Qui gouverne, le gouvernement ou monsieur le gouverneur ? » s’interroge-t-il narquois, au chapitre 3. La responsabilité politique est là posée. Avis aux frileux qui pensent que la sortie du franc CFA est une aventure. Par ignorance que le débat serait pour eux, une question d’actualité alors qu’en réalité elle est devenue une revendication historique dans le sillage de la décolonisation tardive de l’Afrique. Sur toutes les questions vitales on a une peur bleue, on tremble à l’idée  de revenir à nous-mêmes : sur les langues, l’édition, l’éducation et même le football on préfère un entraineur étranger.

Mais qu’est-ce que la monnaie ? Divergence de définition à coup sûr, Joseph Pouémi remonte à Aristote : « C’est le bien qui est à la fois moyen de paiements, unité de compte et réserve de valeurs ». Est-ce aussi simple que cela ? Oui et non ! Les économistes d’aujourd’hui ont la manie de complexifier là où les choses sont très simples. Piketty a déjà noté ce phénomène qu’il assimile à de l’escroquerie. A Joseph Pouémi de retenir la définition de l’un de ses étudiants à Abidjan : La monnaie c’est «  une créance à vue sur le système bancaire ! »  Il développe alors une thèse historique à travers une réflexion originale sur la dépendance monétaire. C’est autour de la possession et de la dépendance monétaire que s’exerce une sourde répression aussi dévastatrice mais moins spectaculaire que la dictature politique. Joseph T. Pouémi distingue L’auto-répression de « la nature répressive du désordre  monétaire mondiale. » Alors il affirme fort justement « Si curieux que cela puisse paraître, le métier de banquier, c’est celui qui au départ demande le moins d’argent, précisément parce qu’il en fabrique ». La monnaie est alors au départ « un bien vide », créé par le système bancaire qui se transforme en revenu, en « bien rempli » au fur et à mesure de la production. Cette dialectique « bien vide » et « bien rempli » permet à Joseph Pouémi de bâtir une théorie de la dépendance monétaire de l’Afrique qui fait de lui un pionnier de la création de paradigmes endogènes de la science sociale en Afrique.  Pour Joseph Pouémi, les techniques auto-répressives comme la monopolisation de la direction bancaire, le taux d’intérêt négatif, le problème du contrôle des prix ont empêché le progrès en Afrique. Les africains ont déserté les lieux de la gouvernance monétaire.

Aujourd’hui de jeunes économistes comme le Togolais Kako Nubukpo s’inscrivent dans la lignée de Pouémi et prônent « l’émergence d’un paradigme africain dans les sciences sociales » après avoir fait un constat alarmant : l’absence des économistes africains dans le processus de création d’un savoir endogène en Afrique, les choses les plus sensés sur l’Afrique étant dites par des philosophes, sociologues, historiens et anthropologues »selon l’économiste  togolais. Joseph Tchundjang Pouémi aura été la sentinelle qui nous a alerté dès les années 70 sur la nécessité de produire une pensée économique africaine en cette époque où« tout se joue sur l’économétrie et les modélisations » avec pour conséquences «la plupart de nos thésards sont incapables d’aligner deux phrases correctement écrites, une réflexion d’envergure, une volonté de franchir les frontières de la discipline, ce sont les ouvriers spécialisées d’une pseudoscience », dixit  Kako Nubukpo.

Pouémi qui a voulu nous faire éviter ces carences intellectuelles  fut un visionnaire effrayant : les quatre pages sur la situation du Rwanda écrit en 1979 sont prophétiques. Il a voulu libérer la matière monétaire des « jargons délibérément ou inconsciemment confus pour mieux  dérouter les esprits, même avisés ». Mais le 27 Décembre 1984 il disparait brutalement laissant orpheline toute cette jeunesse qui voyait en lui l’espoir d’une libération morale de l’Afrique. Sa mort reste mystérieuse, son chef-d’œuvre «  Monnaie, servitude et liberté » est à relire absolument !

Khalifa Touré



jeudi 29 décembre 2016

La fin de Yaya Jammeh, «ce fut trop beau pour être vrai !




Qui va arrêter Yaya Jammeh ? Personne ne sait. Yaya Jammeh serait-il un homme indéboulonnable ? Certainement que oui pour les superstitieux inguérissables,  les partisans du jugement facile et enfin ceux parmi les sénégalais qui jouent à on ne sait à quel jeu. Imprudemment et croyant être béni du diable, il vient d’organiser des élections qu’il a perdu devant un parfait inconnu : Adama Barrow, un homme inexpérimenté qui demande à être soutenu, encadré gratuitement par devoir, amitié et  hospitalité.

On ne le dit pas assez, puisque c’est une honte,  Yaya Jammeh a bénéficié de soutiens au Sénégal, dans l’opinion, dans la bouche pleine de certains analystes politiques, des artistes et des sportifs qui s’en vont faire leur cour à Banjul. C’est connu, qu’il s’agisse de Laurent Gbagbo, de Dadis Camara ou de Yaya Jammeh, des mercenaires accoutumés au soutien intellectuel et médiatique ont été activés. Yaya Jammeh a distribué de l’argent. Ah que le monde a changé ! Quand je pense que la cantatrice Sénégalaise Khar Mbaye Madiaga a refusé à l’époque d’aller se produire devant le dictateur de Bangui Jean Bedel Bokassa.

« Il nous faut un homme comme Yaya Jammeh » entend-on souvent dire dans la rue. C’est important la rue ! Elle est peuplée d’électeurs non négligeables qui fantasment et ergotent sur un ordre à venir, un messie en treillis qui va sauver notre pays, nous débarrasser de cette  démocratie inutile. Dans un pays où la parole se transforme en flot déferlant , péroraison, caquètement et parfois braiement à vous tuer l’âme, il est loisible de dire des âneries quand on a jamais mis les pieds dans la prison de Mana Konko, le mouroir de Yaya Jammeh, le  bagne de Taoudéni au Mali où Moussa Traoré a envoyé l’écrivain Ibrahima Ly (lisez « Toile d’araignée »), la prison de Oualata en Mauritanie qui a tué l’écrivain Ten Youssouf Gueye et le sinistre Camp Boiro en Guinée où périt de diète noire Diallo Telli. Quand on n’a pas de problème, on cherche des problèmes. A force de  vivre dans l’ordre on rêve de goûter au désordre. C’est du tourisme imbécile ! Une sorte d’exotisme mortel.

S’il ya plus de justice, de liberté et de respect des droits humains en Gambie qu’au Sénégal, de foi et de prospérité économique dans ce pays qui n’appartient pas à Yaya Jammeh ils n’ont qu’à renoncer à la nationalité du pays de Blaise Diagne, Lamine Gueye, Ngalandou Diouf, Mamadou Dia, Valdiodio Ndiaye et Léopold Sédar Senghor , le pays du grand Khaly Ammar Fall, Thierno Souleymane Baal, El Hadji Oumar Tall Al Foutihou, Cheikh El Hadji Ibrahima Niasse et Cheikh Moussa Kamara. Il est difficile d’écrire un texte patriotique en ce pays. Le chauvinisme grand-Ouolof est ailleurs, dans les gestes, les manières mais non dans la littérature. Il ne nous servira à  rien lors d’une grande confrontation. Quand il s’agit de foncer on commence à invoquer une molle doctrine diplomatique, à jouer au raffiné partisan de l’observation inutile. L’essence de la  Realpolitik en diplomatie n’appartient pas à Bismarck, elle a existé bien avant lui, même s’il en est le porte-flambeau.  Avec Yaya Jammeh il n’ya que la Realpolitik qui vaille aujourd’hui, c’est-à-dire la diplomatie de la force contraignante.
 Ceux qui regrettent  Jammeh n’ont qu’à s’exiler en Gambie et confier leurs litiges à des juges nigérians, ghanéens et libériens, loués et achetés par Yaya Jammeh pour prononcer ses sentences macabres contre les opposants. Yaya Jammeh est une honte pour la commission africaine des droits de l’homme mais surtout pour les intellectuels africains, la gauche africaine. On l’a laissé trop faire. La Gambie n’intéresse personne sauf quelques organisations occidentalisées qui aujourd’hui se pourlèchent les babines croyant que la Gambie est maintenant prenable. Les nouvelles autorités devront faire gaffe. Il ne faudra pas qu’ils jettent le bébé avec l’eau du bain. Après Jammeh ils vont se jeter sur la Gambie comme des rapaces. Un défi immense pour Barrow : Eviter le désordre et le chaos après la libération mais élaborer une  diplomatie africaine et nationale.  Le glas a déjà sonné mais il ne l’entend pas le sourd! Les gambiens adorent les sénégalais, mais Yaya Jammeh déteste le Sénégal !

Yaya Jammeh serait même un ami de Dieu, un marabout détenteur de pouvoirs mystiques, un panafricaniste. Yaya Jammeh panafricaniste ? Ce monde n’est pas sérieux ! Tous les grands  combats, les nobles causes pour la restauration de la dignité humaine sont parasités par de grands enfants qui déblatèrent des choses qu’ils ignorent, des opportunistes guidés par l’argent et des comploteurs à la solde qui savent ce qu’ils font et sont prêts à toutes les manipulations pour alimenter leur combat d’arrière-garde. Personne n’ose leur dire « taisez-vous !» Tous les souteneurs se  sont rangés aujourd’hui parce que l’homme est fini.

Yaya Jammeh est un panafricaniste pour ces jeunes et vieux qui n’ont aucune envergure. Un panafricaniste est aujourd’hui un africain qui a l’injure anti-occidentale à la bouche. C’est trop simple, trop facile et même écœurant. C’est à vomir si on écoute ces manières puériles de défendre l’Afrique. Il y en a même qui verse dans le racisme anti-arabe. Les groupes qui les abritent ne s’intéressent même pas à leur orientation idéologique, il leur suffit d’entendre quelqu’un qui a le toupet de dire que l’occident est le mal absolu et c’est tout. Voilà la définition actuelle du panafricanisme qui fut naguère éminemment politique et scientifique pour des hommes valeureux comme Marien Ngouabi. Il faut une forte préparation morale pour défendre l’Afrique. Sinon on risque de tomber dans la sensiblerie panafricaniste. Entre-temps Yaya Jammeh a tenté de supprimer tous les gambiens. Mais il a échoué. Il aurait pu tranquillement se retirer, mais il serait trop beau pour être vrai cette fin trop  facile de Yaya Jammeh. Il en a trop fait pour partir impunément. Il va payer d’une manière où d’une autre! 

Khalifa Touré



lundi 19 décembre 2016

Criminalité, littérature et peine capitale(suite et fin)





« Les gens se vengent des services qu’on leur rend » s’est évertué à dire avec  le raffinement impertinent qu’on lui connait,  le plus grand écrivain français du 20eme siècle, il s’agit de Louis Ferdinand Céline.

Ils ont beau dire et écrire, ces courageux et impétueux spéléologues de l’âme, ces écrivains d’exception, mais encore les êtres au cœur simple penseront toujours que les bonnes actions sont toujours saluées par la reconnaissance. Les  écritures sacrées renseignent que la plupart des hommes ne savent pas dire merci. C’en est devenu une « loi » qui coule dans la nature même de l’homme. « Ah que l’homme est vache !» Ils sont nombreux les hommes indignes et malveillants qui ont la haine au croc.  Contre leurs maîtres ils ourdissent les complots les plus infâmes. Ils brandissent le poing dans le dos du bienfaiteur naïf qui s’en va tranquillement le dos tourné à cet être mesquin qui cache avec l’habileté du diable la haine la plus terrible.  Peu s’en faut que l’imprudent bienfaiteur trébuche sur l’ombre même du criminel en puissance. La haine est parfois surréaliste.  Il est alors surpris, s’il a le temps de l’être, par une réponse aussi illogique que la félonie envers un ami, un protecteur. Fatoumata Moctar Ndiaye a certainement été imprudente comme tous ceux qui ne veulent pas croire au mal.

La mécanique du meurtre est alors enclenchée. Les plupart des petites gens considèrent les actes de bienfaisance comme une forme d’humiliation et  d’écrasement. Les plus grands actes de générosité attisent dans leur âme sombre la flamme noire de la trahison et du refus de reconnaissance. Pour la plupart des gens dire merci c’est se rabaisser. Quelle sottise  que cette manière insensée de regarder la  main qui donne! Il faut plus pour écraser le moi. Alors comme chien il faut mordre la main par qui le Créateur nourrit les êtres qui mangent et boivent à satiété, se reproduisent et périssent en poussière. Quel sort peu enviable ! La poussière est le meilleur ami de l’homme, elle est l’homme même.
C’est incompréhensible pour les gens simples qui veulent préserver la pureté de leur âme. Pour eux, penser à certaines choses est une manière détournée  de s’aliéner, d’adhérer au crime. Alors ils sont pris par surprise ! La fausse tyrannie des gens riches, leur arrogance qui n’existe que dans le regard des pauvres gens est un mobile qui détermine tout. « Ils ne peuvent pas être sincèrement bons ces gens là, ils sont trop riches pour l’être. Si ça se trouve ils ont volé leur argent. Tous les riches sont de voleurs. Ils ont tout ratiboisé nous laissant pantois près  de la table de jeu. Il faudra poignarder le fils et égorger la mère.  » Il l’a fait, le nommé Samba Sékou Sow. Il faut un certain cran pour tuer. La lame qui vrille, les carotides déchirés, le gargouillement, le sang qui gicle, le monde qui tourne, les restes de vie qui font  se débattre ce corps fébrile tombeau de l’âme. L’horreur ! La plupart des tueurs achèvent leurs victimes pour les faire taire. Les meurtriers ont peur, ils sont lâches. Peu s’en faut  qu’ils fassent dans leur culotte comme certains suicidés. Tout cela est la défaillance de l’ordre humain.
C’est alors qu’entra en scène Sow le chauffeur à la mine patibulaire. « Le moi est exécrable » dit-on. L’égoïsme est une forme de désespoir quant au  salut de l’autre. Le désespoir est un péché froid, celui de Samba Sow est le manque d’espérance en cette femme sa patronne et sa future belle famille, cette société inutilement matérialiste et consommatrice de produits périmés et même toxiques.  Le matérialisme des sociétés sous-développées est un matérialisme imbécile, improductif. Un écrivain désaxé pour les uns et conservateur-catho pour les autres  a écrit : « L’enfer c’est le froid »,  Georges Bernanos. Le plus froid des péchés est le désespoir qui est la disparition de l’espérance en soi. Le désespoir est une trahison de sa propre personne. Une forme de suicide, de fuite au devant des choses. Les désespérés ont le destin des « chairs à canon ». Ils se jettent littéralement à corps perdu dans ce qui leur donne une mort indigne. Tuer son bienfaiteur est un blasphème, un acte immoral, une défiance contre Dieu.  
 « Une société dont la machine à fabriquer le Bien est en panne est une société malade. Le Bien est une question de transcendance mais aussi un problème de possibilité sociale. Pour beaucoup de citoyens les logiques de survie auxquelles ils sont confrontés depuis les années d’ajustement structurelle diminuent les capacités de choix d’ordre moral et poussent à des solutions à la limite de l’honnêteté. Je pense aussi qu’il ya au Sénégal un problème de consensus moral. Depuis des années nous avons du mal à s’accorder sur ce qui est bien et ce qui est mauvais. Les espaces de consensus social se réduisent comme peau de chagrin. De plus en plus des hommes et des femmes passent à l’acte : corruption, concussion, prévarication, parjure, prostitution publique, détournements de biens publics, transhumance des électeurs, manipulations de toutes sortes allant de la sorcellerie au mensonge éhonté, violences physique et symbolique sur les citoyens sans parts … »
Ceci a déjà été dit et écrit il ya belle lurette. La répétition est une forme de gravitation qui révèle la persistance et même la rémanence d’un phénomène douloureux, lancinant autour d’un point fixe. C’est à croire que nous avons un destin de toupie. Tournant sur nous-mêmes comme un enfant dans son jeu, nous ne sommes même pas capables de jouir du vertige des bonnes choses qui élèvent l’âme. Ceci n’est que l’expression de la difficile évolution des sociétés humaines.

Khalifa Touré
Sidimohamedkhalifa72@gmail.com






jeudi 15 décembre 2016

Portraits de deux figures majeures de l’Islam au Sénégal



A l’occasion du Maouloud, célébrant la naissance du prophète Muhammad(PSL) le moment est venu de faire connaitre deux personnages historiques de l’Islam ne serait-ce qu’avec quelques lignes griffonnées par-ci par-là, histoire de montrer que l’Islam, la religion dominante au Sénégal, a épousé des contours différents et donné naissance à des figures religieuses tout aussi différents et valeureux selon leur époque.

Voici Mamadou Lamine Dramé, le grand résistant à l’assimilation coloniale. L’homme au destin émouvant et tragique. Voici le grand religieux Soninké qui voulait construire un empire musulman en Afrique de l’ouest pour faire face au projet impérialiste de la France coloniale. Mamadou Lamine est né près Kayes, dans l’actuel Mali, vers 1840, fils d’un marabout Soninké, Mamadou Lamine reçu une forte éducation islamique dès le bas âge auprès de son père à Bakel. Trop jeune pour suivre Cheikhou Oumar dans sa lutte armée, Mamadou Lamine baigna tout de même dans l’esprit de refus et de résistance à l’assimilation coloniale créé par le Jihad de Cheikhou Oumar Al Foutihou. Il se rendit à la Mecque, y resta pendant 7 ans et retourna lentement vers son pays. Une réputation de sainteté commence à naitre à l’évocation de son nom et des fidèles commencèrent à affluer de partout vers cet homme qui a très tôt compris les enjeux géopolitiques de l’époque et le combat culturel lié à la pénétration coloniale. A son arrivée « les blancs » étaient déjà bien installés. Néanmoins Mamadou Lamine souleva une lutte armée et mena la vie dure au colonisateur leur infligeant de lourdes perdes surtout à la bataille autour du poste de Bakel de février à Avril 1886. Traqués par les colons et leurs alliés africains qui le voulaient mort ou vif Mamadou Lamine fut gravement blessé à N’Goga Soukota près des rives de la Gambie. Il succomba à ses blessures le 12 décembre 1887. La trahison et la disparition de cet illustre résistant provoqua la soumission des peuples du Sud du Sénégal jusqu’à la Gambie et la jonction des possessions françaises du Soudan avec le Sénégal.

Quant à Cheikh Moussa Kamara il est sans conteste l’un des plus grands savants que la terre du Sénégal et même l’Afrique ait porté. Il vous suffira de faire un tour à L’Institut Fondamental d’Afrique Noire(IFAN) pour être édifié sur la stature et l’ampleur de ce savant originaire de la région naturelle du Guidimakha, né à Gouriki Samba Diom dans les confins de Matam en 1864.
Immense lettré en langue arabe Cheikh Moussa Kamara est un historien illustre dont la lecture est indispensable pour comprendre la vie des hommes qui ont habités le nord du Sénégal dans la deuxième moitié du 19ème siècle. En effet Cheikh Moussa Kamara s’est évertué dans une grande partie de ses œuvres à décrire et analyser les hommes de son époque. Ce qui fait de lui le plus illustre des anthropologues du Sénégal, reconnu en cela par d’éminents chercheurs dont David Robinson.

Aujourd’hui des savants de la diaspora noire particulièrement du Brésil viennent compulser son œuvre pour en savoir plus sur cet érudit dont un petit fils d’El Hadji Oumar dira ces propos qui se passent de commentaire « Cheikh Oumar n’est supérieur à cet homme que parce qu’il était guerrier, la différence, la seule, est que celui-ci ne porte pas d’armes».
Cheikh Moussa a adopté le rite Qadiriya après avoir fait ses humanités dans tous les foyers savants du Nord du Sénégal et de la Mauritanie glanant l’essentiel du savoir en grammaire, en Théologie, en Droit avant l’âge de 23ans. Cheikh Moussa Kamara est un surdoué précoce,  un don qu’il n’hésita pas à dire dans son autobiographie intitulée « Biographie pour contenter l’effrayé, l’inquiet dans la grâce étendue d’ALLAH, le Généreux, le Bienfaiteur » :

« Malgré mes dons intellectuels, je m'amusais beaucoup, je flânais souvent en restant peu de temps auprès de mes maîtres, aussi je n'ai développé mes connaissances qu'avec des lectures personnelles. Et c'est un don du ciel que j'ai compris la majeure partie du contenu des ouvrages que j'ai lus.''

Cheikh Moussa a impressionné tous les savants et souverains de son époque qui lui vouaient un immense respect malgré sa nature polémiste,  du Fouta Toro à Dinguiraye en Guinée, en passant par la Mauritanie. Il était l’ami des plus grands africanistes de l’époque dont Maurice Delafosse.
Cheikh Moussa Kamara a laissé à la postérité un volume impressionnant d’ouvrages allant de l’Histoire, à la Littérature, au Droit, à l’Anthropologie, à la Théologie et à la Sociologie. Jusqu’ici son œuvre n’a pas été l’objet d’une compulsion critique et systématique
Cheikh Moussa est aussi un poète inspiré dont les vers sont aujourd’hui déclamés par des chanteurs religieux qui ne le connaissent pas.

Ce grand Africain auteur du fameux « Zouhour Al Baçatine : florilège au jardin de l’histoire des noirs » qui avait une réputation de sainteté s’est éteint en 1945.
Nous pouvons retenir donc que le besoin impérieux et pacifique de fondation d’un Islam orthodoxe fondé sur la science et la justice a donné le grand Qadi Ammar Faal et sa célèbre université de Pire, la  violence inégalitaire de la  féodalité Denniankobé a provoqué la résistance intellectuelle et armée de Thierno Souleymane Baal, la violente pénétration coloniale a fait comprendre à  Cheikhou Oumar et ses épigones Mamadou Lamine Dramé, Amadou Cheikhou, Ahmadou Ndack Seck de Thiénéba et Maba Diakhou Ba qu’il fallait défendre les sociétés africaines et recréer des Etats puissants sous la bannière islamique, les suivants El Hadji Malik Sy , Cheikh Ahmadou Bamba et  El Hadj Abdoulaye Niasse plus jeunes, ceux de la dernière génération,  ont été confrontés aux impératifs d’éducation spirituelle essentiellement. Il fallait s’installer dans le cœur du système éducatif des masses pour empêcher le colonialiste d’accomplir son œuvre d’assimilation. Ce fut l’occasion d’une guerre secrète, mystique, intellectuelle et  finalement la popularisation de l’Islam, qui donc, est une œuvre commune embrassant toutes les époques  depuis les Almoravides et la conversion des premiers souverains africains.

Khalifa Touré






samedi 10 décembre 2016

Mais qui va arreter Yaya Jammeh ?







Yaya Jammeh serait-il un homme indéboulonnable ? Certainement que oui pour les superstitieux inguérissables,  les partisans du jugement facile et enfin ceux parmi les sénégalais qui jouent à on ne sait à quel jeu.

 S’il ya plus de justice, de libertés et de respect des droits humains en Gambie qu’au Sénégal, s’il ya plus d’Islam, de foi et de prospérité économique dans ce pays qui n’appartient pas à Yaya Jammeh ils n’ont qu’à renoncer à la nationalité du pays de Blaise Diagne, Lamine Gueye, Ngalandou Diouf, Mamadou Dia, Valdiodio Ndiaye et Léopold Sédar Senghor ; le pays du grand Khaly Ammar Fall, Thierno Souleymane Baal, El Hadji Oumar Tall Al Foutihou, Cheikh El Hadji Ibrahima Niasse et Cheikh Moussa Kamara. Ils n’ont qu’à aller se plaindre auprès de ce tyran adepte reconnu de la magie noire. Au passage la magie noire est punie de peine de mort en Shari’a. Je vous renvoie au Fatkhoul Baari de Ibn Hadjar Al Asqalani. Cette opinion est Ijma c'est-à-dire consensuelle par toutes les écoles juridiques. Ils n’ont qu’à s’exiler en Gambie et confier leurs litiges à des juges nigérians, ghanéens et libériens, loués et achetés par Yaya Jammeh pour prononcer ses sentences macabres contre les opposants, les journalistes et les pauvres étudiants. On a tous compris !  Il n’a qu’à continuer ses sacrifices humains sous couvert de peine de mort, de traque des homosexuels, des opposants et des journalistes. Maintenant il s’en prend à de pauvres sénégalais qui ont commis l’imprudence de s’aventurer au-delà des frontières. Il n’a qu’à les tuer, s’il le veut, le justicier de pacotille! Yaya Jammeh est une honte pour la commission africaine des droits de l’homme mais surtout pour les intellectuels africains, la gauche africaine, les panafricanistes et les lobbyistes. Oui ! les lobbyistes qui peuvent faire quelque chose. Lors de la visite de Barack Obama au Sénégal Yaya Jammeh « le guerrier » a fait des pieds et des mains pour se faire inviter. « For God’s Sake invitez-moi, je ferai tout ce que vous voulez, ngir Yallah !!»  Pas bête le bonhomme devenu trapu à force de s’engraisser. Il a peur de l’isolement. Mais il est surtout réaliste. Il se dit que la Gambie est un petit pays qui n’intéresse personne, je peux pilonner, moudre et ratatiner qui je veux, les occidentaux ne lèveront pas le petit doigt. Mais on verra. Ceux qui croient savent que la justice divine existe. Il touchera un jour à l’intouchable ! Les gambiens adorent les sénégalais, mais Yaya Jammeh déteste le Sénégal ! « Vous jouez comme d’habitude au futé vous les sénégalais, mais vous verrez, je vais vous faire miroiter votre pont, mais vous ne l’aurez jamais ! » Voilà l’arme absolue contre le Sénégal.

Yaya Jammeh serait même un ami de Dieu, un marabout détenteur de pouvoirs mystiques. Aujourd’hui c’est un islamiste parce que qu’il traque les homosexuels et applique la peine de mort. Ah oui ! George Bush père est un islamiste parce que c’est un partisan irréductible de la peine de mort et la non-légalisation de l’homosexualité. Piètre définition du bon musulman ! Les droits de l’hommistes et les religieux chrétiens de la Gambie qui attaquent ce dictateur ubuesque sous l’angle de l’Islam ont un autre agenda. Ce n’est pas sérieux ! L’anti-islamisme et son succédané qui est l’anti-jihadisme opportuniste est devenu aussi un Jackpot pour beaucoup de gens qui en vivent. Personne ne veut  entendre la vérité ! Ils savent bien que Yaya Jammeh n’est pas un islamiste, il n’a aucune filiation idéologique avec l’islamisme. Il n’est rien de moins qu’un tueur narcissique. Ce monde n’est pas sérieux ! Tous les grands  combats, les nobles causes pour la restauration de la dignité humaine sont parasités par de grands enfants qui déblatèrent des choses qu’ils ignorent, des opportunistes guidés par l’argent, et des comploteurs à la solde, qui savent ce qu’ils font et sont prêts à toutes les manipulations pour alimenter leur combat d’arrière-garde. Personne n’ose leur dire « taisez-vous ! », à commencer par l’avant-garde de la gauche nationaliste africaine qui n’est même pas au courant des dérives, des déviances et de la récupération racialiste des thèses de Cheikh Anta Diop dans les réseaux sociaux. Des individus mal intentionnés sont en train d’utiliser la plate-forme intellectuelle du Sénégal pour véhiculer les divisions ethno-religieuses d’un pays d’à-côté. Ils investissent les réseaux sociaux et utilisent des relais médiatiques locaux pour fouetter la fibre « nationaliste » anti-arabe et soi disant pro-africaine.

Quant à  Yaya Jammeh il serait même un panafricaniste pour ces jeunes et vieux qui n’ont aucune envergure. Un panafricaniste est aujourd’hui un africain qui a l’injure anti-occidentale à la bouche. C’est trop simple, trop facile et même écœurant. C’est à vomir si on écoute ces manières puériles, dangereuses et réactionnaires de défendre l’Afrique. Il yen a même qui verse dans le racisme anti-blanc et anti-arabe. Les groupes qui les abritent ne s’intéressent même pas à leur orientation idéologique, il leur suffit d’entendre quelqu’un qui a le toupet de dire que l’occident est le mal absolu et c’est tout. Voilà la définition actuelle du panafricanisme qui fut naguère éminemment politique et scientifique pour des hommes valeureux comme Cheikh Anta Diop, Marien Ngouabi, Modibo Keïta ou Julius Nyerere. Il faut une forte préparation morale, scientifique et théorique pour défendre l’Afrique. Sinon on risque de tomber dans la sensiblerie panafricaniste. Entre-temps Yaya Jammeh aura tenté de supprimer tous les gambiens. Mais il ne le peut. La colère de Dieu s’abattra sur lui ! Allah protège la Sénégambie !

Khalifa Touré



Article publié dans LE QUOTIDIEN en Avril 2016, nous avons cru bon de ne le « retoucher » parce que rien à changer. « La fin facile de Yaya Jammeh », trop beau  pour être vrai. A suivre !

lundi 5 décembre 2016

Criminalité, littérature et peine capitale(1)







Trois chefs-d’œuvre de la littérature mondiale suffisent pour comprendre le phénomène criminel dans ses multiples dimensions, anthropologique, sociale et psychologique : « Crime et Châtiment » de Fiodor Dostoïevski, « Lumière d’Août » de William Faulkner et «  La beauté tôt vouée  à se défaire » de Yasunari Kawabata.

Ils meurent tous les jours des hommes et femmes par la main de l’homme, pourtant leur prochain. Ceux qui vont mourir vous saluent, bientôt assassinés par leur semblable. Une femme est morte au Sénégal égorgée par son confident de chauffeur. Le fait défraie la chronique, les colères passagère, empruntée ou sincère montent des cœurs endoloris par un crime abject. Le consensus moral est menacé ! Le rétablissement de la peine de mort est vivement demandé par une population interloquée au moment où l’élite intellectuelle francophone et l’Eglise du Sénégal s’insurgent de façon presque unanime contre la restauration de la peine capitale qui n’a  du reste jamais été appliquée sauf en de rares occasions à l’époque du poète négro-africain, Président, catholique, humaniste et académicien français Léopold Sédar Senghor qui était ouvertement anti-abolitionniste.

Autant dire que tout est en l’homme, dans son profil qui informe son opinion. Des institutions sont anti-abolitionnistes hic et nunc (ici et maintenant) parce qu’en face et pour des raisons intelligemment opportunes ils craignent la montée de l’intégrisme qui menacerait leur existence, mais ailleurs et autrefois avec les mêmes références religieuses ils appliquaient la peine capitale. C’est compliqué tout cela si l’on ne connait pas les craintes et les aspirations cachées. Il faut savoir évaluer l’échelle des valeurs dans la rhétorique anti-abolitionniste pour avoir une idée de ce qui passe. « La plupart des gens ne savent pas » parce qu’ils ne s’en tiennent qu’à  l’opinion. Ce que l’on  dit n’est pas forcément ce que l’on est !

Lorsque François Mitterrand le socialiste-humaniste, ancien vichyste, agnostique et jésuite défroqué a décidé d’abolir la peine de mort par la langue éloquente de l’Avocat-juriste et franc-maçon Robert Badinter, l’écrasante majorité de l’opinion française était favorable à la peine capitale. Elle a été abolie contre le cours des choses et des hommes. Ce fut pour des raisons humaniste et matérialiste. Le progrès et une idéologie. Les abolitionnistes ont pris le temps de s’installer dans les appareils idéologiques, l’école, les media, c’est de bonne guerre. Il faudrait qu’ils comprennent à rebours que les anti-abolitionnistes se sont aussi incrustés à travers les âges, les coutumes et les traditions religieuses qui fondent le socle du consensus moral dans bien des cultures. Des sociétés hypermodernes et même postmodernes comme le Japon sont anti-abolitionnistes invétérées. La peine de mort n’est synonyme d’archaïsme que pour les incultes et les partisans de la guerre idéologique. L’humaniste et  jeune Victor Hugo, aurait suffi avec son très précoce « Le dernier jour d’un condamné » pour convertir  les partisans de la peine capitale. Et Léon Tolstoï, le géant ! Plus intelligents, plus cultivés, plus fins et plus éloquents que les abolitionnistes médiatiques d’aujourd’hui, ils n’ont pas pour autant convaincu bien des lecteurs-admirateurs qui dans l’échelle  des valeurs placent la foi au Seigneur de la vie au dessus de tout. Les abolitionnistes, les bons, placent la vie de l’homme en haut de l’échelle, tandis que les partisans de la peine de mort pensent que « ce n’est que justice », la Justice prime sur la vie. Le Justice peut ôter la vie parce elle est un principe supérieur, immatériel. Pour eux, rien à voir avec la lutte contre la criminalité qui est une autre affaire liée surtout à l’éducation.

Tolstoï et  Victor Hugo pourtant abolitionnistes seraient en colère contre bien des abolitionnistes d’aujourd’hui. La plaidoirie insidieuse, sournoise, à travers  les groupes de pression a fini de rendre ridicule, banal et quotidien cette question radicalement philosophique et théologique qui touche même notre existence en tant qu’être humain. Si le comte Léon et Victor Marie Hugo n’ont pas convaincu de grands esprits comme l’écrivain arméno-américain William Saroyan, ce ne sont pas des droits de l’hommistes prêcheurs-imprécateurs qui vont le faire. Mais l’essentiel pour eux n’est plus de convaincre mais d’agir à travers les décideurs politiques et administratifs. Et la messe  est dite! Aux autres de se morfondre en leur colère impuissante. Voilà le monde comme il va !
Le conflit des mondes a fini par escamoter la littérature criminelle qui, plus profonde, va jusqu’à la racine des choses. Rien à voir avec les mauvais et même bons polars comme ceux de Chester Himes avec son étrange «  Couché dans le pain » et ceux de la légendaire Agatha Christie avec « Le crime de l’Orient Express », un chef-d’œuvre.

William Faulkner, Dostoïevski et Kawabata nous ont appris que l’acte criminel obéit à une mécanique implacable. Sans être dans le vulgaire déterminisme sociologique et même psychologique, les hommes ne sont ne sont pas prêts à tuer. Ils ne sont disposés à tuer que lorsque la machine criminelle se met en marche par une série incontrôlée de faits, d’actes et d’événements qui s’enchainent, s’entrechoquent vont crescendo et finissent par exploser par le meurtre. Ils sont happés, possédés par les événements qui les contrôlent. Raskolnikov a décidé de se débarrasser d’une exécrable vieille usurière, mais à un moment donné il ne peut plus faire machine arrière parce qu’il ne conduit pas la machine criminelle qui est entre des mains invisibles. L’homme qui tue est gêné par quelque chose dont il se débarrasse par la violence criminelle. Il tue pour être à l’aise, pour s’éloigner d’une impérieuse oppression interne. C’est de la folie ! Tous les tueurs ont raison, d’une mauvaise raison…une raison du diable. Il n’ya pas plus égoïste qu’un criminel, il ne voit que son bonheur sa paix intérieure exclusivement. (A suivre)


Khalifa Touré