lundi 27 mars 2017

Oraison funèbre pour Cheikh Ahmed Tidiane Sy, le dernier des grands parmi les poètes





Ô grand esprit magnifique ! Es-tu celui qui était là lorsque rien n’était… Sauf la face Sublime de l’Etre Suprême.

Ton odyssée à travers les corps, les âges, les époques, les climats et les saisons nous reste inconnue aujourd’hui tombée dans les abysses de l’insondable Mystère. L’Homme cet inconnu ! Tu es encore parti pour toujours noyé dans la totalité de l’humanité ultime. Comme le général à la crosse d’ivoire Patton  le preux chevalier tombé après la guerre, l’âme ne soutenant plus la vie monotone de cette paix factice :
A travers l’enfantement des siècles
Au milieu des pompes
Et des vicissitudes de la guerre
Je me suis battu
J’ai lutté désespérément
Et mon sang a coulé des milliers de fois sous les étoiles
Comme tout au long d’une route éternelle
De voir cette lutte immémoriale.
J’ai combattu sous bien des noms
Sous bien des costumes.
Mais c’était toujours moi. »

Enfin pour toi mais hélas pour nous ! Reviendras-tu imparfait, insatiable et soucieux, sous d’autres formes ? A l’orée du Sahel, dans cette ambiance crépusculaire, l’esprit fatigué par les allées et retours incessants s’est enfin libéré des velléités de la corporéité. Libre enfin de toute attraction, dansant allégrement, trépignant vigoureusement, gambadant à souhait, bondissant à jamais et chantant gaiement le Nom Inconnu. Cent vingt neuf mots (129) de l’Attribut de la Subtilité ( Ya Latif) pour dire notre tétanisation devant l’événement comme Mansour Halladj l’incompris devant la Kaaba, pendant longtemps. A l’image de Samy Davis Junior le génial nègre danseur que tu as chanté en l’un de tes poèmes mystiques lui intimant l’ordre de claquer les talons en l’honneur des houris femmes du Paradis.

Qui se souvient de  cet inconnu, Apôtre magnifique de Jésus fils de Marie ? Disparu pour de bon, ô esprit divin tu as tenu l’outre pleine d’eau auprès de l’homme qui a marché sur l’eau par la volonté du Nom Suprême. Tu étais là bien avant les siècles derniers  comme Souheyl Abdoulahi Toustéri qui dit se souvenir de Yawma Alastou le grand jour où toutes les âmes ont acquiescé. Ta fascination pour Issa Ibn Mariam, le Souffle de Dieu, a valu à Aldo Moro prince-martyr d’Italie le secours possible du prophète Muhammad Le Paraclet, Paix Bénédiction et Salut à son âme pure.

Ô grand esprit ! Pourquoi tant de tourbillon de la pensée ? La déroute des faibles d’esprit t’a valu bien des reproches. Le coq à l’âne des sottes gens parmi les hommes est une symétrie du langage mystique dans ton vocabulaire qui défie la pesanteur pour entrer dans l’abstraction. Tu as défié l’intelligibilité de façade par la Mahrifa, la métaphysique et la cinquième dimension. Sorti de l’ombre de la retraite et de l’incubation mystique tu nous libéré du Nassoute entrainé, exercé, accoutumé au Lahout, au Djabarout, au Malakout et même au Haahout. Ceux qui doutent de la science de Barhama, Abdessalam Yassine, Djeylani et Tidiany seront privés de Mahrouf Keurhi l’ancien.  Par toi nous sommes habitués à l’au-delà, le côté caché des choses,  l’esprit universel mais surtout le ZIKR cette voix de l’univers.  Quelle est cette voix inaudible qui susurre à notre oreille la gravité des choses  et des êtres ?  Quelle est cette voix qui nous dit qu’elle est la voix d’une autre voie plus haute que la voix d’Oumm Kalthoum ? C’est le ZiKR. Il ya autant de voies que de pèlerins.
Ô grand esprit tu as parlé à travers Siisa le fils d’Adam, Idriss Enoch Eukhnoukh Kheunoukh le céleste homme aux noms multiples, Ouzeyr le sauveur de la Thora, Socrate le monothéiste, Bouddha le Sage, Platon le détenteur du Nom Caché, Galileo Galilei le vertigineux, Hegel le phénomène de l’Esprit, Nietzche le parfait inconnu qui cherchait, Ibn Arabi le réceptacle des mystères , Jalal Ad Din Rumi le mystique atomiste, Léonard Da Vinci le rêveur du grand œuvre, Saint-Augustin la voix du ciel, Fiodor Dostoïevski le mystique en transe , Victor Hugo le fantastique sondeur de l’âme, Shakespeare la parole mise en scène et… Al Maktoum le Cacheté.

La politique t’a valu cette étrange après-midi ô toi esprit policé dès l’origine que nul polissage profane ne peut atteindre. A l’heure des oraisons mystiques, ta poignée de sable aux grains à la puissance de l’atome voulut exploser sur les ennemis de la Solidarité Sénégalaise envoyés par un poète désemparé qui hante un palais improbable. C’est connu ! le secret de la fission de l’atome est révélé dans le laboratoire des mystères depuis Rumi au 13eme siècle. Alhamdou lillAh Dieu Soit loué, finalement la volonté n’a pas voulu.  Ah ! la volonté, ce feux étrange qui consume jusqu’à l’extinction entre les mains du père Aboul Hassan Shazaly le Maitre du maitre de Boussayri le chantre de Muhammad qui ta valu Fa ileyka Yaabna Mouhammadine Naadaanii.
Tu as parlé, parlé, parlé jusqu’à l’extinction de la voix dans la parole elle-même. C’est alors que la parole s’est faite homme, assise sur le promontoire de la vie, jetant un regard crépusculaire vers l’horizon infini, le bras levé comme un orant nous désignant le monde  des formes éternelles. Dans notre illumination nous n’avons vu que le doigt au lieu de la lune de la Vérité. Habitués aux noms, aux déterminants et aux qualificatifs nous avons oublié que le soufisme est une essence sans nom. Ne sont grands parmi les poètes que les esprits qui possèdent une parole haute qui se moque du firmament bravant les lignes de la vie.  Qui l’eut cru Serigne Cheikh Tidiane Sy ambassadeur présentant lettres de créances un lionceau en laisse ? Jamais homme n’a vu une métaphore aussi rugissante sur les bords fertiles du Nil, un lion tenant un lion devant le lion de la Nation arabe. L’esprit omniprésent était là surveillant la mise en scène qui échappa alors au monde profane par une opération du Saint esprit. Il  parti se loger dans les mystères véridiques anciens à l’ombre des corps  momifiés de Narmer, Touthmôsis et Toutankhamon.  Ô ! grand esprit tu nous as appris l’étonnement de l’âme devant ce corps qui refuse de pourrir dans la décomposition  refusant la poussière. C’est alors que le corps de l’homme éternua dans le tombeau recevant le ZiKR, le rappel du néant originel, brusquement il se décomposa provoquant la tranquillité, un ouf de soulagement dans l’âme. Ce fut ta manière terrifiante de parler de la mort.

 Pendant 13 longues années de retraite que de fantasmes développés à ton sujet démentis par une sortie souventes fois annoncée par de courtes missives à la tonalité nietzschéenne : « Un homme d’honneur doit toujours refuser d’être réveillé par un clairon ».  Finalement le souverain longiligne et haineux toute jalousie bue, recula après la terreur socialiste.  Ah ! le conflit, l’effroyable confrontation ! Révélée à nous par l’oniromancie de Joseph Fils de Jacob il s’en est fallu de peu que le PARC A MAZOUT devienne le 16 Février lorsqu’un « quidam » appela à la marche selon la version d’un futur souverain au crâne tondu.  Puis ce fut la salle de l’Unité Africaine où l’Unicité de Dieu se déploya  jusqu’au Pont Faidherbe entre les eaux salées et l’eau douce de Saint-Louis le pieux souverain. Le fils de Shamharouss était là salué par ta générosité.  Alors ce fut à Tivaouane d’accueillir l’esprit héliporté provoquant des scènes regrettables pour toi le disciple de l’inconnu Maodo ton seul Maitre que le grand Babacar Sy t’a offert.  

 Et puis ensuite vinrent les cinq années de retraite califale. Serigne Cheikh ou le califat mode d’emploi. Mode de vie, le vicariat fut toujours là présent depuis Adam, depuis David depuis Abou Bakr le véridique compagnon: Inni Djahiloune Fil ardi Khalifa. La mort, l’au-delà du bas monde, la métaphysique, les seuls thèmes depuis que l’esprit est sorti. Personne n’y a prêté attention ! Ton évocation de la Sierra-Léone, de Mobutu Sese Seko kuku Ngbendu Waza Banga  et sa probable mosquée et les « Afaarid » qui sont les Djinns les plus maléfiques, ont maintenu dans l’effroi plus d’un initié. Mais certains parmi eux connaissent les liens avec le Sénégal de Bour Sine Koumba Ndoffene. Ils vivent longtemps dans le mal, migrant de lieux en lieux, de souverains en souverains, d’époques en époques ces créatures immondes. L’esprit nous a averti ! Jusque dans la mort il n’a cessé de nous étonner. Il a choisi de reposer en ce lieu jadis stigmatisé par les croyances ancestrales du Cayor. Stupéfait par l’événement aucun Tivaouanois n’y a prêté oreille. La leçon est dite, le Maitre a parlé !

 Trois cents cinquante mille ans auront suffit à l’homme-esprit de s’éteindre définitivement  dans l’être ultime. Reposes en Paix Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum! Que ton âme vogue gaiement dans l’immensité profonde en compagnie des prophètes, des saints, des véridiques et des martyrs !

Khalifa Touré/Critique littéraire

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dimanche 19 mars 2017

Mon Dieu, faut-il avoir pitié de la France ?







" Seigneur Dieu, pardonne à l'Europe blanche !
Et il est vrai, Seigneur, que pendant quatre siècles de lumières elle a jeté la bave et les abois de ses molosses sur mes terres" 
Léopold Sédar Senghor, Prière de Paix.

Reste -t-il encore  un petit diacre de province pour sonner le glas de la France, la fille ainée de l’Eglise ? Il est sûr que Clovis et l’époque de son historique Baptême sont bien loin du pays d’Edwy  Plenel, de François Hollande et Jean Luc Mélenchon, du Canard enchainé et de Mediapart.  C’est de la fin de la France qu’il s’agit ici par delà toute considération liée au très galvaudé courant des déclinologues auquel on associe injustement et tour à tour des intellectuels aussi divers que divergents comme Nicholas Baverez, Eric Zemmour et Jacques Julliard. Rien à voir avec les analyses pan-historiques à caractère philosophique  des intellectuels comme Emmanuel Todd, Michel Onfray, Edgar Morin et même Jacques Attali. Ils sont tous jetés dans le même sac par un patriotisme arrière-gardiste et autiste. Il ya quelque chose qui ne va pas en France et ce quelque chose est d’autant plus grave, c'est-à-dire sujet à conséquences, qu’elle touche même la civilisation. Le déclin est un phénomène naturel qui commence dès que les enjeux de civilisation ne sont pas pris en compte dans le processus politique. Le déclin de la France a peut-être commencé à partir de la Révolution de 1789. Ceci ne dépend pas forcément du point de vue, c'est-à-dire du bord où on se situe. Comme toutes les révolutions elle a tué l’âme même de la France  à travers  la Terreur de Robespierre et le massacre des chouans et encore et encore…

Les rapports consubstantiels entre la Révolution et le déclin ne sont jamais analysés avec sérénité. Le déclin est d’abord politique, ce n’est pas un événement historiquement parlant (un événement est brutal) c’est une marche lente et non moins implacable et insidieuse. Le début du déclin ressemble toujours à un acte fondateur. Le terme déclinologue ou décliniste est usité pour discréditer une pensée rigoureuse et réaliste qui épouse les contours d’une histoire de France en fin de parcours. Mais la finitude fait peur et rebute les français qui pensent qu’elle a  forcément un contenu eschatologique.   Cependant elle n’a ici rien à voir avec la fin des temps, à la disparition totale dans le Néant. Les civilisations, les cultures et même les langues ne disparaissent jamais dans la totalité, leur substrat survit, se recycle et renait en d’autres termes d’autres modalité de vie. Cette transmutation culturelle et civilisationnelle reste inadmissible pour des « souverainistes » comme Marine Le pen, Philippe De Villiers et même François Fillon,
Ils sont nombreux aujourd’hui sur la liste du gouvernail politique à faire figure non pas de proue mais de  faiblesse intellectuelle et morale, incapables qu’ils sont de comprendre les enjeux de civilisation pour la France. Qu’ils soient Marine Le Pen, François Fillon, Benoit Hamon ou Emmanuel Macron, la France est dans une période de décadence culturelle. François Mitterrand reste et demeure le dernier grand président français. Si Rome, Athènes et Alexandrie sont tombés autrefois pourquoi pas la France aujourd’hui. Un artiste français a vu juste qui dit en substance: «  Un pays où Louis de Funès et Johnny Hallyday sont toujours des stars adulés, est un pays en déclin ». Cela se passe de commentaire. Je ne connais pas un seul pays au monde qui ait donné naissance à au moins dix grands écrivains de génie tous les cent ans depuis le moyen âge  en passant par le XVème siècle des Jean Michel, Arnoul Gréban et Eustache Marcadé, jusqu’à Marcel Proust et Louis Ferdinand Céline. La France reste la capitale mondiale de la littérature mais elle n’a pas presque plus de grands écrivains. Yves Bonnefois et Jean Marie Gustave Le Clézio sortent du lot !  « Rien de grand ne se fait plus en France » a dit le très « méchant » Achille Mbembe.

Mais le plus marrant est un phénomène  aussi renversant que paradoxal. Au moment où la France et même l’occident déclinent les autres parties du monde s’occidentalisent y compris la Chine, le Japon, l’Inde, l’Arabie. L’Afrique est le continent qui s’occidentalise le plus lentement surtout au plan artistique. Personne ne peut imaginer en Afrique  le nombre de concerts de musique tonale classique occidentale qui se déroulent au Japon chaque année. Malheureusement l’occidentalisation du monde surtout de l’Afrique au plan intellectuel n’est pas étudiée sereinement. Il n’ya que le secours visionnaire du poète Césaire pour nous éclairer: 

« Écoutez le monde blanc/ horriblement las de son effort immense/ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures/ ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique /Écoute ses victoires proditoires trompéter ses défaites//écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement/  Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs ! » Peut être que la France est un pays fatigué !

Khalifa Touré




mardi 7 mars 2017

Pourquoi le débat politique est-il si faible ? (suite et fin)


« Tous, ils m'apparaissent des fous, des singes qui grimpent, des surexcités. Leur idole sent mauvais, ce monstre froid : tous tant qu'ils sont, ils sentent mauvais, ces idolâtres.
Mes frères, voulez-vous donc étouffer dans les émanations de leurs gueules et de leurs appétits ? Brisez plutôt les fenêtres et sautez dehors, à l'air libre.
Ecartez-vous donc de la mauvaise odeur. Fuyez l'idolâtrie des superflus !
Ecartez-vous donc de la mauvaise odeur ! Fuyez donc les vapeurs de ces sacrifices humains ! »
Ainsi parla Zarathoustra,  Friedrich Nietzsche 

Terribles paroles prophétiques de Zarathoustra ce mage venu d’Orient. Appliquées comme il sied aux hommes politiques de notre période décadente ils deviennent des fous, des singes et des surexcités qui marmonnent et parfois vocifèrent des paroles insensées. La camisole de force est là pour leur rendre un peu de dignité. Leurs cris d’orfraie n’y feront rien. Tout le monde a entendu et vite oublié le cri soudain et subit d’un homme politique sénégalais  en pleine campagne électorale. Un moment de folie passagère. Personne n’a eu le courage de lui exiger un bulletin de santé mentale. Il l’a échappé belle ce possédé parmi tant d’autres dans la classe politique. Il a échappé à la stigmatisation tellement la chose était grosse et moche. C’est cela qui tient lieu de débat politique aujourd’hui : La transe, la folie, le mimétisme, la mimique, les singeries,  les propos loufoques et incompréhensibles comme des incantations mystiques. Tout le monde se souvient de la fameuse audience que le président Abdoulaye Wade a accordé à un homme politique proche d’Idrissa Seck en disgrâce. L’homme en question a tenu ces propos d’un ridicule assumé du genre: « Cette audience est importante et puisqu’elle est importante, le dévoilement de son contenu ne peut être fait que selon un jour certain qui viendra certainement puisque c’est le futur ». Du galimatias politique en quelque sorte! Nous en avions ri à gorge déployée. Les politiciens ont la manie de faire valoir une habileté « téléphonée » tellement grossière qu’elle devient maladroite. C’est la fameuse « maladresse des habiles » de François Mauriac. Quand le talent est annoncé il devient ridicule, c’est aujourd’hui le lot quotidien des hommes modernes.

 Le débat politique n’est pas la discussion politique ni le dialogue politique. Le débat politique c’est l’émission de la parole politique autour d’une grande querelle : Faut-il plus ou moins d’autorité dans nos pays en voie de développement ? Voilà une ne question  radicalement politique ! A quoi sert une société ouverte comme le Sénégal ? Mais le plus grand débat aujourd’hui, le plus difficile pour tous les africains comme les européens est la question de la souveraineté. Faut-il adhérer ou non au gouvernement mondial ? Toutes les autres questions sont subsidiaires. Ils sont rares à en débattre tellement qu’ils sont pris par une sorte de delirium tremens comme dans les mauvais films d’horreur. Ils font peur ces zombis politiques. La principale menace contre la vie moderne est le cannibalisme politique, ces politiciens qui nous tuent, l’enkystement par de mauvaises habitudes et l’insouciance politique dont le sommet est l’indifférence des partis politiques face au débat autour du Franc CFA qui du reste n’est pas plus vital que la question de l’Education nationale. C’est terrible !

C’est à croire que la politique n’a pas échappé au superflu. Tout ce qui est superflu est inutile, artificiel, superficiel. Depuis que les hommes politiques, maitres de la parole n’enrichissent plus la langue, c’est la fin du débat politique.  Les hommes politiques,  de Périclès à Abdoulaye Wade en passant par Talleyrand, le Cardinal de Richelieu, George Clemenceau, Jean Jaurès,  Léon Blum, Charles De Gaulle, Abraham Lincoln, Konrad Adenauer, John Fitzgerald Kennedy, le président Lamine Gueye et même le fameux camélion l’ivoirien Laurent Dona Fologo ont enrichi la langue par leur bonne expression et leur sens de la répartie et de la bonne formule. C’est étrange mais il faut dire qu’au Sénégal les membres du patronat s’expriment mieux que les politiciens : Diagna Ndiaye, Baydy Agne et Mansour Kama sont de loin plus  à l’aise que Khalifa Sall, Ousmane Tanor Dieng et Oumar Sarr. Chez les plus jeunes, confrontés aux problèmes d’éducation et de formation c’est le désastre. Ils parlent douloureusement le français et …l’Ouolof.  Mais il ya des exceptions notables que sont Idrissa Seck, Dialo Diop et Moustapha Niasse.

Depuis que le débat politique n’arrive plus à être modulé selon la bonne fréquence, les politiciens  d’aujourd’hui au timbre de la voix grésillante, n’arrivent plus à émettre à haute fréquence à force d’imitation et de singeries jusque dans les expressions. La politique c’est l’art de vivre selon les grandes vertus.

Khalifa Touré



mardi 28 février 2017

Pourquoi le débat politique est il si faible?(1)




La faiblesse du débat politique est constatée un peu partout dans le monde. La chute du mur de Berlin n’explique pas tout. La supposée fin des idéologies n’a pas du tout arrangé les choses. Les grandes querelles se déportent vers le monde arabe et l’Atlantique témoins du choc brutal des peuples en migration.

Au Sénégal il ya certainement cinq grands penseurs politiques qui ont nourri  de façon significative le débat politique  depuis les années 50, il s’agit de Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Abdoulaye Ly, Cheikh Anta Diop et Majmouth Diop. Abdoulaye Wade avait certainement l’étoffe d’un penseur politique mais il fut surtout un homme d’action, un virtuose de l’action politique. Cet homme aurait pu être le meilleur,  s’il était bon ! Le SOPI fut une option, une idée politique malheureusement reçue et réalisée sous forme de slogan. Les partis politiques nés au 19eme se sont toujours nourris de la pensée politique d’intellectuels résolument partisans.  Les penseurs partisans sont à la politique ce que l’oxygène est à la vie.  La politique se meurt parce qu’il n’ya plus de penseurs de parti.

 En France, « le pays le plus politique d’Europe » selon Karl Marx, il n’ya plus de penseurs de parti, même pas à gauche. Les Alain Badiou et autres sont des penseurs politiques de gauche et non des penseurs de parti. Ils ne sont pas partisans. Le seul penseur de parti en France est un homme de l’ombre qui écrit des bouquins polémistes mais pleins d’idées politiques et cet homme vient de l’extrême droite, il s’agit de Patrick Buisson. Mais chose étrange Patrick Buisson n’est pas adepte des partis, mais fidèle à ses idées si tant est qu’un parti de droite peut en être le terrain d’expérimentation. Un penseur de parti est un homme individualiste, libre, qui travaille seul et qui a des convictions profondes. Lorsqu’il a un tempérament  solitaire il peut être dangereux parfois. Mais les plus dangereux, et les plus nocifs sont les intellectuels qui pensent qu’ils sont des penseurs de parti, en vérité des jouisseurs qui prennent leur pied à manipuler le Président de la République. Ils sont souvent intelligents et bardés de diplômes. Il y en a eu beaucoup autour de George Bush fils (Richard  Perle et Paul Wolfovitz). Quant à Obama, il  a gouverné sans un seul intellectuel de parti. Bill Clinton doit sa réussite et sa popularité toujours grandissante aux idées qui lui viennent du redoutable philosophe américain Michael Walzer. Les années Reagan se sont nourries des thèses Walrassiennes de l’économiste Milton Friedman. Même les papes les plus insignes ont eu des maitres et les politiciens d’aujourd’hui poussent la fatuité  jusqu’à refuser des maitres, sous prétexte de démocratie et d’égalitarisme. Tout le monde connait l’approche thomiste d’un Benoît XVI qui lui vient certainement de l’étude fréquente de Saint Thomas l’un des plus grands philosophe chrétiens avec Saint-Anselme et certainement Saint-Augustin.

Il est difficile aujourd’hui d’attribuer un qualificatif à un politicien. Ils  sont inqualifiables, inclassables et cela ne fait pas d’eux des iconoclastes de la politique.  Ils sont incolores, inodores, insipides. Des qualités qui ne sont bonnes que pour l’eau, source de vie. Qui les a influencés ? Personne ne sait. Les influences claudéliennes et la lecture fréquente du Père Pierre Teilhard de Chardin par Léopold Sédar Senghor sont connues. L’économiste François Perroux et les grands humanistes musulmans entre le IX et XIIIème siècle musulman ont forgé  le président Mamadou Dia…   

Il est vrai que la tradition des précepteurs est consubstantielle à l’esprit aristocratique et comme les hommes n’aiment plus la grandeur et la noblesse ils se targuent tous d’efforts personnels. « Je me suis fais tout seul » entend-on souvent dire. Rien de plus faux. Les self-made-men n’existent pas, c’est une création factice qui nous vient de l’ultra-individualisme anglo-saxon. Personne ne peut se faire tout seul. C’est juste une manière de créer de faux héros qui n’ont jamais renoncé à quoi que ce soit. Ils sont juste chanceux et maitrisent les secrets de la fabrication de la réussite sociale.

Lorsque la politique a cessé d’être une activité de culture liée à la civilisation le débat est devenu de faible intensité, les hommes politiques au Sénégal,  en France aux États-Unis, parlent comme des présidents d’Association ou de futurs premiers ministres. Ils sont incapables de décliner des options philosophiques à caractère moral sur de grandes questions liées à la vie en commun. Un pays africain du nord a convié Emmanuel Todd et son équipe de venir se pencher sur la démographie, parce que le taux de natalité baissait de façon inexplicable. Lorsque les questions liées à vie, à la fin de vie, à notre être avec les autres peuples ne nourrissent pas le débat politique, le volume devient faible et influence par « ricochet » les autres sphères d’idées. Mais qu’ils sont nuls comme leurs pattes et ennuyeux à mourir certains de nos artistes, avocats, journalistes, étudiants et syndicalistes qui prétendant convertir les politiciens qu’ils jugent corrompus. Aucun d’entre eux ne peut débattre avec Abdoulaye Wade,  Jean Paul Dias, Me Doudou Ndoye ou Mamadou Lamine Loum. Mais se mesurer à la médiocrité n’est pas une ambition. Il est loin la période où le journaliste Daouda Ndiaye faisait parler sur un même sujet Tidiane Sylla ministre du tourisme, les professeurs Babacar Kanté, Hamady Aly Dieng et Mouhamadou Moustapha Kane.

Alors dans ce contexte d’anti-intellectualisme des partis politiques, quel est le travail des Diène Farba Sarr, Luc Sarr ou El Hadji Kassé à l’APR, Hamidou Dia près du président Macky Sall, et Pierre Sané au PS ; que font-ils réellement ?  (Une affaire à suivre)

Khalifa Touré

mardi 21 février 2017

JULES BOCANDE, UN MODÈLE DE PATRIOTISME POUR NOS FOOTBALLEURS!












« C’est lorsqu’il est abattu qu’on mesure mieux la grandeur d’un arbre.» Carl Sandburg


S’il existe une leçon à tirer de la courte vie  du footballeur Sénégalais Jules François Bocandé, c’est bien  le sens du patriotisme. S’il y avait suffisamment de Bocandé parmi les hommes politiques qui ont la charge des affaires publiques dans nos pays, il y aurait probablement un début de changement. On peut tout reprocher à Jules Bocandé sauf un défaut de patriotisme. Combien de fois a-t-il sacrifié  sa personne et sa carrière de footballeur professionnel pour répondre à l’appel des couleurs nationales ? Suspendu à vie de l’équipe nationale il n’a pas hésité à revêtir fièrement le maillot national après avoir été amnistié.

 Depuis lors Bocandé n’a eu de cesse de démontrer hardiment un patriotisme débordant à maintes occasions. N’a-t-il pas hésité à injurier délibérément un arbitre de football en France pour écoper d’un carton rouge, histoire de pouvoir se libérer et venir jouer en équipe nationale ? Bocandé n’a jamais boudé l’équipe nationale, même si l’occasion lui en a été offerte à plusieurs reprises par des dirigeants qui se défaussaient sur lui en plus d’un public trop exigeant.
 Après le fameux Caire 86 qui s’est soldé par une élimination prématurée de l’équipe nationale par la Côte-d’Ivoire des Youssouf Fofana et Abdoulaye Traoré, Bocandé a été lâchement livré à la vindicte populaire qui l’accusait d’avoir manqué de sérieux et de concentration en faisant une virée nocturne avec la diva « zaïroise » Tchyala Mwana. Tout cela était absolument faux comme en témoigne l’adjoint du coach de l’époque, l’illustre Yérim Diagne. Les paparazzis l’avaient confondu avec  un autre footballeur Sénégalais qui sortait d’une boite de nuit aux bras d’une femme. Ce jeune footballeur dont le profil ressemblait à celui de Bocandé était en dreadlocks comme lui. Mais le mal était déjà fait.

 Bocandé avait un tempérament fort mais il était loin d’être fantasque. En 1986, au moment où le fameux débat se déroulait à la télévision nationale après la débâcle du Caire, il n’a pas hésité à appeler de la France pour rétablir la vérité, à sa manière, en traitant de « menteurs » tous ceux qui  voulaient lui faire porter le chapeau. Bocandé était une forte tête qui n’aimait pas qu’on lui marche sur les pieds.  Après un match de coupe de France très tendu livré contre le TFC (Toulouse Football Club), le brutal défenseur argentin Tarantini  l’a cogné au visage tellement notre Bocandé national lui a donné du fil à retordre sur le terrain. Et Bocandé de poursuivre le coquin jusque dans les vestiaires pour le corriger.  Malgré tout Bocandé était un cœur tendre qui pleurait facilement. Un homme sensible qui versait des larmes lorsqu’il avait du chagrin comme au Caire lorsqu’on l’a accusé d’avoir fait perdre l’équipe, ou dans les grands moments de joie comme la qualification de l’équipe nationale en coupe du monde. Bocandé était un passionné, un passionné des couleurs nationales. Mais le paradoxe est que le monde ne comprend pas les hommes passionnés. Toutes les erreurs qu’il a dû commettre lui viennent de sa passion mordante. La passion est une énergie positive, contrairement à l’idée rependue. « RIEN DE GRAND NE S’EST FAIT SANS PASSION. »
Son courage physique et sa capacité à faire face  se sont révélé à maintes occasions. En 1988 avant le dernier match de qualification pour la coupe d’Afrique qui opposait le Sénégal au Zaïre des Kabongo Ngoy, Ngalula Bwana et Muntubilé Santos, le grand défenseur Roger Mendy lui a conseillé de ne pas tirer de penalty au cas échéant. Mais au cours du match Bocandé n’a pas résisté à la tentation ; il a tiré et raté son coup comme deux ans auparavant au Caire en match de poule contre la Côte-d’Ivoire. Il n’a jamais eu peur de prendre ses responsabilités. Bocandé était un personnage, un vrai, sur le terrain comme dans la vie ; un personnage au sens théâtral du mot.  Son charme inégalé sur le terrain avec ses dreadlocks volant au vent ont fait chaviré toute une génération d’aficionados du ballon rond. Bocandé est sans conteste l’un des meilleurs « joueurs de la tête » de tous les temps aux coté des allemands Horst Hrubesch et Uli Hoenes. Il avait une tête d’or. Meilleur jeune footballeur Sénégalais, Jules Bocandé s’est bonifié au fil des années en devenant finalement un buteur futé et même un technicien très fin malgré sa puissance physique.
 L’importance d’un homme se juge à l’aune de son influence. Jules Bocandé est le modèle d’une bonne génération de footballeurs africains par ses qualités athlétiques  et son intelligence face aux buts. En effet Bocandé est un buteur hors pair de la lignée de ses ainés africains  comme le Camerounais Roger Milla, l’Ivoirien Laurent Pokou et le Congolais Ndaye Mulamba. Par sa longévité en équipe nationale (Quatorze ans) Bocandé a fait rêver deux générations de Sénégalais.  Tous ceux qui sont de cette génération des années 80 se souviennent de son duel à distance avec l’élégant Dominique Rocheteau pour décrocher le titre de meilleur buteur du championnat français. Finalement Bocandé a tenu la dragée haute au footballeur français à la longue tignasse en marquant vingt cinq buts sous les couleurs de Metz. L’on ne peut évoquer ce titre de meilleur buteur sans citer le nom de son coéquipier Carmelo Micciche qui lui a offert l’essentiel de ses balles de but par un débordement à droite suivi d’un long centre bien placé sur la tête où un centre en retrait. 

Bocandé avait l’esprit d’un chef, un vrai meneur d’hommes. Il fallait être Bocandé pour mener cette pléiade de footballeurs d’exception à Caire 86 que sont le véloce et exceptionnel gardien de but Cheikh Seck dont le talent rappelle celui du légendaire Mansour Wade, le très talentueux Roger Mendy qui est sans nul doute le plus grand libéro que l’Afrique ait connu, le très calme et non moins stoppeur Racine Kane, le  génial Oumar Gueye Sène (l’un des meilleurs footballeurs que le Sénégal ait connu), la classe exceptionnelle de Boubacar Sarr Locotte, le très adroit Amadou Diop «  Boy Bandit », le très rapide et intelligent Thierno Youm, sans oublier Pape Fall, Joseph Marie Koto, Amadou Diop « Quenum »,Karim Seye, Mamadou Teuw, Lamine N’diaye et bien d’autres.

 Bocandé restera l’homme qui nous a sorti des ténèbres d’une longue absence en coupe d’Afrique, d’Asmara 1968 au Caire en 1986. En marquant les trois buts en match retour contre le Zimbabwe, il entra définitivement dans la légende. Pendant deux générations, on parlait toujours de Sénégal-Zimbabwe.  

KHALIFA TOURE
sidimohamedkhalifa72@gmail.com





jeudi 16 février 2017

Donald Trump, le monde réel et la fin de l’Histoire?







« Je consentirais à vivre sous un tyran, à condition de ne dépendre que de ses caprices, et d’être affranchi de la tyrannie des modes, des coutumes et des préjugés. La moindre de nos servitudes est celle des lois » Vauvenargues

Tout bizarre que cela puisse être l’élection du très inquiétant Donald Trump, le Brexit de la Grande-Bretagne contre l’entité géopolitique la plus contesté du monde ( l’Union européenne), l’émergence du mouvement PODEMOS en Espagne, le passage à gauche de Benoît Hamon un ancien « émigré » français au Sénégal pensionnaire du collège Sacré-Cœur de Dakar, le vent en poupe d’un jeune Emmanuel Macron sans idées majeures ni programme(« je n’ai pas de programme » a-t-il dit, Bruno Lemaire a produit près de mille pages de Propositions pour la France, il n’a eu que 2,4% aux primaires de la droite), le succès du déclaré catholique et imprudent François Fillon dans une France anticléricale encore menée par des laïcards incrustés dans la presse; et même plus proche de nous, l’arrivée inattendue d’Adama Barrow visiblement surpris et très mal à l’aise dans « un petit pays africain »  comme la Gambie, autant de phénomènes apparemment si lointains l’un de l’autre mais peut-être si proches mais  en tous cas des phénomènes antipolitiques. En période de décadence, les choses vont tellement mal que les politiciens se prévalent de leur propre turpitude. Ils peuvent se payer ce luxe honteux. De nos jours il n’ya plus grand mal à se déclarer novice en ceci ou en cela. Ce vocable est même inapproprié. L’incompétence est la prochaine vertu. Sous prétexte de faillite de notre Système de vie des esprits « malveillants » vont prendre le froc du novice pour corrompre le regard désemparé des pauvres gens. L’opinion pense aujourd’hui qu’un « novice » est forcément un homme pur. Rien n’est moins sûr!

Dans ce tourbillon de l’actualité politique du monde, ce n’est pas  l’effet papillon qui est  en jeu, non plus un mouvement d’ensemble ou une mondialisation qui ne veut rien dire (c’est l’Occident qui se mondialise), c’est plutôt une série d’événements politiques qui révèlent au moins quelque chose d’inacceptable : notre arrogance intellectuelle nous cache l’Infini, pour ne pas dire la Vérité. Nous sommes tous dans les modes, coutumes et préjugés d’une fausse démocratie dont le statut nomologique nous reste inconnu. Une démocratie et un droit-de-l’hommisme culturel qui a  fabriqué des hommes politiques d’une gentillesse commerciale. Fillon était un gentil non ? Du moins jusqu’à une date récente. John F. Kennedy n’était-il pas gentil quand il couchait dans le lit conjugal des dizaines de femmes au et au su de sa femme ? Maladif, dépressif, plein de vices, il était loin du jeune-beau-sportif et intelligent comme il  est toujours présenté. Aux États-Unis on ne s’amuse pas avec le sexe, en France héritière d’une vieille tradition catholique les « histoires d’argent » sont mortelles. Les gentils deviennent alors des menteurs sortis des boites à outils de pompeuses agences de communication. En quoi notre système d’information inventé par la démocratie est-elle  efficace ? Une chose est sure, nous sommes très informés, surinformés et déformés par de  vraies fausses informations  mais très peu renseignés. Quel est le journal le plus informé du pays ? Les lecteurs ne se posent jamais cette question. Personne ne sait qui est Donald Trump, Adama Barrow ou Barack Obama. Pourquoi ce dernier a-t-il gracié Chelsea Manning en oubliant délibérément Edward Snowden ? La réponse est certainement dans la question.

Au reste, l’histoire a toujours été en marche, malheureusement les historiens n’ont plus la parole sauf… Emmanuel Todd. L’Histoire n’est pas une discipline « sexy » comme la Sociologie et l’ambigüe Science politique, c’est une faiblesse communicative en démocratie. Il est temps que les historiens parlent, qu’ils nous disent ce qu’il se passe dans ce monde qui nous turlupine les méninges. « Qu’est-ce que le monde est en train de nous faire ?» doivent-ils nous expliquer. Mais le problème est que la plupart des grands historiens sauf Fernand Braudel et François Furet ne sont pas des techniciens de l’Histoire : Thucydide, Plutarque, Karl Marx, Léon Tolstoï, Henry Kissinger, Winston Churchill.   Emmanuel Leroy Ladurie auteur de « L’histoire du climat depuis l’an mil » est là encore silencieux tandis que son brillant disciple, « le prophète » Emmanuel Todd continue à prophétiser selon les données démographiques. Peut-être que la structure familiale expliquera tout !

En Afrique le Malien Sékéné Mody Sissoko, les sénégalais Abdoulaye Ly et Mbaye Gueye, le Burkinabé Joseph Ki Zerbo,  le congolais Théophile Obenga ne sont plus. Le professeur Boubacar Barry est ici modestement entre le Fouta Djalon et le Walo des fiers guerriers aux confins du désert brûlant de fièvre islamiste et de  convoitises coloniales françaises. Le Mali, ex- Soudan mais toujours français a fort à faire ! Avis d’expert militaire, le Mali est la porte d’entrée  géostratégique de l’Afrique occidentale. C’est cela le Renseignement.

 Tandis que le monde politicien nous agace, nous titille, le  « monde comme il va » se joue de notre orgueil insensé. C’est à croire qu’il ya deux mondes : Le monde réel et le monde fabriqué par une élite désemparée. Le déni du « monde réel » est la maladie du siècle. Le sport favori des bobos intello.  Que tout « le monde des hommes » se tienne prêt, le monde tout court, tel qu’il est et tel qu’on a toujours refusé de se l’imaginer ira crescendo contre nos us et coutumes modernes, notre vulgarité faite de connexion internet, notre progressisme calamiteux fait de rêvasseries même pas poétiques sur des gratte-ciels construits juste pour s’écrouler. Le développement c’est quelque chose qu’on nous racontera. Il n’existe même pas, il n’a jamais existé. Ah ! que nous manquons d’ambition. Nos rêves sont faits de béton armé et de ferraille, c’est bruyant et ça fait mal. C’est un rêve d’hommes sans âme. Au même moment se passent des choses qui échappent à notre vigilance d’historien,  englués que nous sommes dans la vile actualité. C’est à croire que c’est la fin de l’Histoire avec un grand H, l’Histoire comme discipline. Le monde réel est en train d’invalider notre savoir démodé et décadent. Il ne reste plus qu’à ranger nos parchemins poussiéreux, nos doctorales toges, témoins d’une science morte  et enfin décider à vivre la vie réelle. Vivre rien que vivre tout simplement!

Khalifa Touré


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vendredi 20 janvier 2017

CINÉMA, LITTÉRATURE ET GUERRES DANS LE MONDE(1)








«Des millions d’hommes commirent les uns à l’égard des autres un nombre si infini de forfaits, de duperies, de trahisons, de vols, de fraudes et d’émission de faux assignats, de pillages, d’incendies et de meurtres que les archives de tous les tribunaux du monde ne pourraient en réunir autant d’exemples en des siècles entiers, mais qu’au cours de cette période ceux qui s’en rendirent coupables ne considéraient pas comme crime… »

Tels ont été les mots justes du comte Léon Tolstoï en ouverture à la première partie du Livre 3 de son monumental « Guerre et paix », la plus grande œuvre littéraire sur la guerre depuis Thucydide. Mais « La guerre du Péloponnèse » de Thucydide  est surtout une œuvre historique. À l’encontre d’Homère, Thucydide est un narrateur de la raison, il est sans nul doute l’inventeur de la raison historique. Si l’histoire n’était faite que de légendes, de mythes et de récits épiques il serait possible de démêler la raison historique des embellissements, des écarts et des anachronismes. Mais quand les affabulations s’en mêlent, il est difficile d’étendre la matière historique qui, en vérité, n’est qu’un tissu fait de milliers de lignes qui s’entrecroisent. Voilà la mission historique que Thucydide le soldat et homme politique grec s’est assigné il ya plusieurs millénaires. Ils sont encore très loin de nous dans le temps, mais la guerre n’a pas beaucoup évolué en stratégies et tactiques. « La guerre du Péloponnèse » est aujourd’hui une référence dans les écoles de guerre mais il est surtout un livre politique, une référence indiscutable en sciences politiques.

 « Guerre et paix » un livre formidable au sens premier du mot c’est-à-dire effrayant, l’un des monuments élevés pour l’humanité, un fourmillement continu de personnage à s’y perdre, un livre délicieusement assommant avec ses deux mille pages, une œuvre démiurgique qui a voulu contenir le monde même dans toute son entièreté mais surtout une longue description, une narration discontinue, des scènes horribles et effroyables sur la guerre, cette « activité contraire à la raison et à toute la nature humaine ». Pourquoi les hommes vont à la guerre ? Pour montrer qu’ils sont des hommes ? Personne ne sait ! Si l’on en croit Léon Tolstoï, toutes les explications possibles sont évoquées par-ci et par-là, retournées dans tous les sens jusqu’aux vulgaires considérations géopolitiques. « La géopolitique », la panacée explicative d’aujourd’hui, l’ultime formule chimique, le fin du fin de la cogitation philosophique, le mot qu’il faut sortir de la bouche pour faire intellectuel oubliant «  Tout ce  que je sais c’est que je ne sais rien » du plus  ignorant des doctes parmi les grecs. Ni la cupidité politique de Napoléon, ni l’irrédentisme oriental du chevalier Alexandre ne seraient à l’origine exclusive d’une quelconque guerre. L’assassinat d’un quelconque Archiduc François Ferdinand n’est à l’origine d’une guerre. Même si des hommes quelconques, un nombre incalculable de faits insignifiants combinés peuvent être à l’origine d’une conflagration. Difficile de remonter le fil d’Ariane, démêler l’écheveau explicatif d’une activité monstrueuse en elle-même. On n’y comprend pas grand chose. Mais cela n’est pas une excuse. « Guerre et Paix »est un long poème de vie et de mort.  Mais qui écrira le livre de la mort en Syrie ?

Allez voir l’excellent « Patton » du cinéaste américain Franklin J. Schaffner  vous aurez une image particulièrement intéressante de ce qu’est la guerre d’un point de vue personnel. Patton interprété par un hallucinant George Scott est l’un des meilleurs « films de guerre », nous en avons repéré dix : « Patton »le plus classique, le plus académique mais aussi le plus intime à travers le fantasque général américain George Patton, La ligne rouge « le meilleur de guerre », le plus poétique, le plus mystique, le plus profond, un film d’une amplitude incommensurable, d’un magnétisme étrange à travers cette fameuse voix off propre à Térence Malick, la palme d’or 1979 « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola le meilleur film sur la guerre du Vietnam s’il n’y avait pas  à côté l’irrévérencieux et l’antimilitariste «  Full metal Jacket » Stanley Kubrick l’un des rares cinéastes admirés par Orson Welles le plus grand cinéaste américain de tous les temps ( J’ai pas trop aimé « Platoon » d’Oliver Stone, un « bon » film quand même), « Fury » de David Ayer ,le plus récent (2014), l’un des plus visuels avec une formidable photographie de Roman Vasyanov( je ne comprends pas comment ce film est passé inaperçu),« Sauver le Soldat Rayan » où Steven Spielberg s’est permis des scènes et situations d’un tragique Shakespearien (la scène théâtrale où la petite fille en pleurs tape sur les joues de son père qui voulait la sauver en l’offrant aux soldats américain peut être commenté pendant des heures),« Les égarés » d’André Téchiné le plus décalé des films de guerre où l’on entend la guerre plus qu’on ne la voit ;  on la voit par moments sur les visages éplorés qui fuient l’horreur,  « Das boot » de Wolfgang Patterson le chef-d’œuvre du huis clos guerrier, le film de guerre le plus glacial, le très militant « Indigènes »  de l’Algérien Rachid Bouchareb un film à personnages, « Hero » du chinois Zhang Yimou un chef-d’œuvre d’écriture et même de calligraphie cinématographique. La guerre a inspiré les grands artistes du cinéma, les écrivains les plus sensibles. 

Plus tard viendront « Adieu aux armes » et « Pour qui sonne le glas »  d’Ernest Hemingway, « Le cul de judas » du portugais Antonio Lobo Antunes  et  « Voyage au bout de la nuit » de Céline.

Khalifa Touré

dimanche 8 janvier 2017

Monnaie, servitude et liberté : Un portrait décalé de Joseph T. Pouémi




« De l’hypothèse,  fausse parce que dérivant du concept indéfinissable du sous-développement, que les petits pays ne peuvent garantir leur monnaie faute d’une économie suffisamment solide pour la soutenir, les pays africains ont, de diverses manières et à des degrés différents, démissionné devant leurs responsabilités en matière monétaire, c’est-à-dire en définitive économique », Joseph T. Pouémi


L’intellectuel camerounais Joseph Tchundjang Pouémi est certainement la perle noire de la science économique en Afrique comme son compatriote Thomas N’kono  fut « l’araignée noire » de l’Espanyol de Barcelone dans les années 80. Le pays des  Ruben Um Nyobe, Félix Moumié, Ernest Ouandié, Osendé Ofana héros de l’une des trois guerres de libération les plus meurtrières en francophonie ( Cameroun, Indochine, Algérie) , a donné naissance à de brillants intellectuels comme Jean Marc Éla, Martien Towa, Achille Mbembé, des écrivains de talent ( Guillaume Oyono Mbia, Ferdinand Oyono, Mongo Béti, Leonora Miano), des footballeurs d’exception( William N’jo Léa, Roger Milla, Théophile Abéga, Jean Pierre Tokoto , Grégoire M’bida « Arantes », Ibrahim Aoudou, Jean Manga Onguéné, Paul Louis M’fédé, Samuel Eto’o fils), mais surtout un économiste méconnu, pionnier de la libération monétaire en Afrique, un météore qui a  traversé de façon fulgurante le ciel assombri des sciences sociales avant de s’éteindre rapidement, il s’agit de  Joseph Tchundjang Pouémi. 

Une courte vie, 47ans, menée au service de la science et de la lutte pour  la libération monétaire  de l’Afrique. L’histoire du monde est peuplée de savants de l’ombre, des croisés de la science que seule une démarche archéologique peut remettre au goût du jour. Joseph T Pouémi est de la lignée des savants oubliés comme Semmelweis le médecin.  Né le 13 Novembre 1937 à l’Ouest du Cameroun, il est dans le domaine de la théorie économique une référence méconnue du grand public. Depuis quelques années son nom commence à poindre et sa réhabilitation en tant que l’un des premiers théoriciens de la libération monétaire de l’Afrique est en cours. Pouémi est l’auteur d’une œuvre considérée aujourd’hui comme un monument. C’est le fameux « Monnaie, servitude, liberté : la répression monétaire de l’Afrique »  publié en  édition J.A en 1981. Ouvrage jugé rigoureux malgré le ton polémiste : «  Qui gouverne, le gouvernement ou monsieur le gouverneur ? » s’interroge-t-il narquois, au chapitre 3. La responsabilité politique est là posée. Avis aux frileux qui pensent que la sortie du franc CFA est une aventure. Par ignorance que le débat serait pour eux, une question d’actualité alors qu’en réalité elle est devenue une revendication historique dans le sillage de la décolonisation tardive de l’Afrique. Sur toutes les questions vitales on a une peur bleue, on tremble à l’idée  de revenir à nous-mêmes : sur les langues, l’édition, l’éducation et même le football on préfère un entraineur étranger.

Mais qu’est-ce que la monnaie ? Divergence de définition à coup sûr, Joseph Pouémi remonte à Aristote : « C’est le bien qui est à la fois moyen de paiements, unité de compte et réserve de valeurs ». Est-ce aussi simple que cela ? Oui et non ! Les économistes d’aujourd’hui ont la manie de complexifier là où les choses sont très simples. Piketty a déjà noté ce phénomène qu’il assimile à de l’escroquerie. A Joseph Pouémi de retenir la définition de l’un de ses étudiants à Abidjan : La monnaie c’est «  une créance à vue sur le système bancaire ! »  Il développe alors une thèse historique à travers une réflexion originale sur la dépendance monétaire. C’est autour de la possession et de la dépendance monétaire que s’exerce une sourde répression aussi dévastatrice mais moins spectaculaire que la dictature politique. Joseph T. Pouémi distingue L’auto-répression de « la nature répressive du désordre  monétaire mondiale. » Alors il affirme fort justement « Si curieux que cela puisse paraître, le métier de banquier, c’est celui qui au départ demande le moins d’argent, précisément parce qu’il en fabrique ». La monnaie est alors au départ « un bien vide », créé par le système bancaire qui se transforme en revenu, en « bien rempli » au fur et à mesure de la production. Cette dialectique « bien vide » et « bien rempli » permet à Joseph Pouémi de bâtir une théorie de la dépendance monétaire de l’Afrique qui fait de lui un pionnier de la création de paradigmes endogènes de la science sociale en Afrique.  Pour Joseph Pouémi, les techniques auto-répressives comme la monopolisation de la direction bancaire, le taux d’intérêt négatif, le problème du contrôle des prix ont empêché le progrès en Afrique. Les africains ont déserté les lieux de la gouvernance monétaire.

Aujourd’hui de jeunes économistes comme le Togolais Kako Nubukpo s’inscrivent dans la lignée de Pouémi et prônent « l’émergence d’un paradigme africain dans les sciences sociales » après avoir fait un constat alarmant : l’absence des économistes africains dans le processus de création d’un savoir endogène en Afrique, les choses les plus sensés sur l’Afrique étant dites par des philosophes, sociologues, historiens et anthropologues »selon l’économiste  togolais. Joseph Tchundjang Pouémi aura été la sentinelle qui nous a alerté dès les années 70 sur la nécessité de produire une pensée économique africaine en cette époque où« tout se joue sur l’économétrie et les modélisations » avec pour conséquences «la plupart de nos thésards sont incapables d’aligner deux phrases correctement écrites, une réflexion d’envergure, une volonté de franchir les frontières de la discipline, ce sont les ouvriers spécialisées d’une pseudoscience », dixit  Kako Nubukpo.

Pouémi qui a voulu nous faire éviter ces carences intellectuelles  fut un visionnaire effrayant : les quatre pages sur la situation du Rwanda écrit en 1979 sont prophétiques. Il a voulu libérer la matière monétaire des « jargons délibérément ou inconsciemment confus pour mieux  dérouter les esprits, même avisés ». Mais le 27 Décembre 1984 il disparait brutalement laissant orpheline toute cette jeunesse qui voyait en lui l’espoir d’une libération morale de l’Afrique. Sa mort reste mystérieuse, son chef-d’œuvre «  Monnaie, servitude et liberté » est à relire absolument !

Khalifa Touré



jeudi 29 décembre 2016

La fin de Yaya Jammeh, «ce fut trop beau pour être vrai !




Qui va arrêter Yaya Jammeh ? Personne ne sait. Yaya Jammeh serait-il un homme indéboulonnable ? Certainement que oui pour les superstitieux inguérissables,  les partisans du jugement facile et enfin ceux parmi les sénégalais qui jouent à on ne sait à quel jeu. Imprudemment et croyant être béni du diable, il vient d’organiser des élections qu’il a perdu devant un parfait inconnu : Adama Barrow, un homme inexpérimenté qui demande à être soutenu, encadré gratuitement par devoir, amitié et  hospitalité.

On ne le dit pas assez, puisque c’est une honte,  Yaya Jammeh a bénéficié de soutiens au Sénégal, dans l’opinion, dans la bouche pleine de certains analystes politiques, des artistes et des sportifs qui s’en vont faire leur cour à Banjul. C’est connu, qu’il s’agisse de Laurent Gbagbo, de Dadis Camara ou de Yaya Jammeh, des mercenaires accoutumés au soutien intellectuel et médiatique ont été activés. Yaya Jammeh a distribué de l’argent. Ah que le monde a changé ! Quand je pense que la cantatrice Sénégalaise Khar Mbaye Madiaga a refusé à l’époque d’aller se produire devant le dictateur de Bangui Jean Bedel Bokassa.

« Il nous faut un homme comme Yaya Jammeh » entend-on souvent dire dans la rue. C’est important la rue ! Elle est peuplée d’électeurs non négligeables qui fantasment et ergotent sur un ordre à venir, un messie en treillis qui va sauver notre pays, nous débarrasser de cette  démocratie inutile. Dans un pays où la parole se transforme en flot déferlant , péroraison, caquètement et parfois braiement à vous tuer l’âme, il est loisible de dire des âneries quand on a jamais mis les pieds dans la prison de Mana Konko, le mouroir de Yaya Jammeh, le  bagne de Taoudéni au Mali où Moussa Traoré a envoyé l’écrivain Ibrahima Ly (lisez « Toile d’araignée »), la prison de Oualata en Mauritanie qui a tué l’écrivain Ten Youssouf Gueye et le sinistre Camp Boiro en Guinée où périt de diète noire Diallo Telli. Quand on n’a pas de problème, on cherche des problèmes. A force de  vivre dans l’ordre on rêve de goûter au désordre. C’est du tourisme imbécile ! Une sorte d’exotisme mortel.

S’il ya plus de justice, de liberté et de respect des droits humains en Gambie qu’au Sénégal, de foi et de prospérité économique dans ce pays qui n’appartient pas à Yaya Jammeh ils n’ont qu’à renoncer à la nationalité du pays de Blaise Diagne, Lamine Gueye, Ngalandou Diouf, Mamadou Dia, Valdiodio Ndiaye et Léopold Sédar Senghor , le pays du grand Khaly Ammar Fall, Thierno Souleymane Baal, El Hadji Oumar Tall Al Foutihou, Cheikh El Hadji Ibrahima Niasse et Cheikh Moussa Kamara. Il est difficile d’écrire un texte patriotique en ce pays. Le chauvinisme grand-Ouolof est ailleurs, dans les gestes, les manières mais non dans la littérature. Il ne nous servira à  rien lors d’une grande confrontation. Quand il s’agit de foncer on commence à invoquer une molle doctrine diplomatique, à jouer au raffiné partisan de l’observation inutile. L’essence de la  Realpolitik en diplomatie n’appartient pas à Bismarck, elle a existé bien avant lui, même s’il en est le porte-flambeau.  Avec Yaya Jammeh il n’ya que la Realpolitik qui vaille aujourd’hui, c’est-à-dire la diplomatie de la force contraignante.
 Ceux qui regrettent  Jammeh n’ont qu’à s’exiler en Gambie et confier leurs litiges à des juges nigérians, ghanéens et libériens, loués et achetés par Yaya Jammeh pour prononcer ses sentences macabres contre les opposants. Yaya Jammeh est une honte pour la commission africaine des droits de l’homme mais surtout pour les intellectuels africains, la gauche africaine. On l’a laissé trop faire. La Gambie n’intéresse personne sauf quelques organisations occidentalisées qui aujourd’hui se pourlèchent les babines croyant que la Gambie est maintenant prenable. Les nouvelles autorités devront faire gaffe. Il ne faudra pas qu’ils jettent le bébé avec l’eau du bain. Après Jammeh ils vont se jeter sur la Gambie comme des rapaces. Un défi immense pour Barrow : Eviter le désordre et le chaos après la libération mais élaborer une  diplomatie africaine et nationale.  Le glas a déjà sonné mais il ne l’entend pas le sourd! Les gambiens adorent les sénégalais, mais Yaya Jammeh déteste le Sénégal !

Yaya Jammeh serait même un ami de Dieu, un marabout détenteur de pouvoirs mystiques, un panafricaniste. Yaya Jammeh panafricaniste ? Ce monde n’est pas sérieux ! Tous les grands  combats, les nobles causes pour la restauration de la dignité humaine sont parasités par de grands enfants qui déblatèrent des choses qu’ils ignorent, des opportunistes guidés par l’argent et des comploteurs à la solde qui savent ce qu’ils font et sont prêts à toutes les manipulations pour alimenter leur combat d’arrière-garde. Personne n’ose leur dire « taisez-vous !» Tous les souteneurs se  sont rangés aujourd’hui parce que l’homme est fini.

Yaya Jammeh est un panafricaniste pour ces jeunes et vieux qui n’ont aucune envergure. Un panafricaniste est aujourd’hui un africain qui a l’injure anti-occidentale à la bouche. C’est trop simple, trop facile et même écœurant. C’est à vomir si on écoute ces manières puériles de défendre l’Afrique. Il y en a même qui verse dans le racisme anti-arabe. Les groupes qui les abritent ne s’intéressent même pas à leur orientation idéologique, il leur suffit d’entendre quelqu’un qui a le toupet de dire que l’occident est le mal absolu et c’est tout. Voilà la définition actuelle du panafricanisme qui fut naguère éminemment politique et scientifique pour des hommes valeureux comme Marien Ngouabi. Il faut une forte préparation morale pour défendre l’Afrique. Sinon on risque de tomber dans la sensiblerie panafricaniste. Entre-temps Yaya Jammeh a tenté de supprimer tous les gambiens. Mais il a échoué. Il aurait pu tranquillement se retirer, mais il serait trop beau pour être vrai cette fin trop  facile de Yaya Jammeh. Il en a trop fait pour partir impunément. Il va payer d’une manière où d’une autre! 

Khalifa Touré



lundi 19 décembre 2016

Criminalité, littérature et peine capitale(suite et fin)





« Les gens se vengent des services qu’on leur rend » s’est évertué à dire avec  le raffinement impertinent qu’on lui connait,  le plus grand écrivain français du 20eme siècle, il s’agit de Louis Ferdinand Céline.

Ils ont beau dire et écrire, ces courageux et impétueux spéléologues de l’âme, ces écrivains d’exception, mais encore les êtres au cœur simple penseront toujours que les bonnes actions sont toujours saluées par la reconnaissance. Les  écritures sacrées renseignent que la plupart des hommes ne savent pas dire merci. C’en est devenu une « loi » qui coule dans la nature même de l’homme. « Ah que l’homme est vache !» Ils sont nombreux les hommes indignes et malveillants qui ont la haine au croc.  Contre leurs maîtres ils ourdissent les complots les plus infâmes. Ils brandissent le poing dans le dos du bienfaiteur naïf qui s’en va tranquillement le dos tourné à cet être mesquin qui cache avec l’habileté du diable la haine la plus terrible.  Peu s’en faut que l’imprudent bienfaiteur trébuche sur l’ombre même du criminel en puissance. La haine est parfois surréaliste.  Il est alors surpris, s’il a le temps de l’être, par une réponse aussi illogique que la félonie envers un ami, un protecteur. Fatoumata Moctar Ndiaye a certainement été imprudente comme tous ceux qui ne veulent pas croire au mal.

La mécanique du meurtre est alors enclenchée. Les plupart des petites gens considèrent les actes de bienfaisance comme une forme d’humiliation et  d’écrasement. Les plus grands actes de générosité attisent dans leur âme sombre la flamme noire de la trahison et du refus de reconnaissance. Pour la plupart des gens dire merci c’est se rabaisser. Quelle sottise  que cette manière insensée de regarder la  main qui donne! Il faut plus pour écraser le moi. Alors comme chien il faut mordre la main par qui le Créateur nourrit les êtres qui mangent et boivent à satiété, se reproduisent et périssent en poussière. Quel sort peu enviable ! La poussière est le meilleur ami de l’homme, elle est l’homme même.
C’est incompréhensible pour les gens simples qui veulent préserver la pureté de leur âme. Pour eux, penser à certaines choses est une manière détournée  de s’aliéner, d’adhérer au crime. Alors ils sont pris par surprise ! La fausse tyrannie des gens riches, leur arrogance qui n’existe que dans le regard des pauvres gens est un mobile qui détermine tout. « Ils ne peuvent pas être sincèrement bons ces gens là, ils sont trop riches pour l’être. Si ça se trouve ils ont volé leur argent. Tous les riches sont de voleurs. Ils ont tout ratiboisé nous laissant pantois près  de la table de jeu. Il faudra poignarder le fils et égorger la mère.  » Il l’a fait, le nommé Samba Sékou Sow. Il faut un certain cran pour tuer. La lame qui vrille, les carotides déchirés, le gargouillement, le sang qui gicle, le monde qui tourne, les restes de vie qui font  se débattre ce corps fébrile tombeau de l’âme. L’horreur ! La plupart des tueurs achèvent leurs victimes pour les faire taire. Les meurtriers ont peur, ils sont lâches. Peu s’en faut  qu’ils fassent dans leur culotte comme certains suicidés. Tout cela est la défaillance de l’ordre humain.
C’est alors qu’entra en scène Sow le chauffeur à la mine patibulaire. « Le moi est exécrable » dit-on. L’égoïsme est une forme de désespoir quant au  salut de l’autre. Le désespoir est un péché froid, celui de Samba Sow est le manque d’espérance en cette femme sa patronne et sa future belle famille, cette société inutilement matérialiste et consommatrice de produits périmés et même toxiques.  Le matérialisme des sociétés sous-développées est un matérialisme imbécile, improductif. Un écrivain désaxé pour les uns et conservateur-catho pour les autres  a écrit : « L’enfer c’est le froid »,  Georges Bernanos. Le plus froid des péchés est le désespoir qui est la disparition de l’espérance en soi. Le désespoir est une trahison de sa propre personne. Une forme de suicide, de fuite au devant des choses. Les désespérés ont le destin des « chairs à canon ». Ils se jettent littéralement à corps perdu dans ce qui leur donne une mort indigne. Tuer son bienfaiteur est un blasphème, un acte immoral, une défiance contre Dieu.  
 « Une société dont la machine à fabriquer le Bien est en panne est une société malade. Le Bien est une question de transcendance mais aussi un problème de possibilité sociale. Pour beaucoup de citoyens les logiques de survie auxquelles ils sont confrontés depuis les années d’ajustement structurelle diminuent les capacités de choix d’ordre moral et poussent à des solutions à la limite de l’honnêteté. Je pense aussi qu’il ya au Sénégal un problème de consensus moral. Depuis des années nous avons du mal à s’accorder sur ce qui est bien et ce qui est mauvais. Les espaces de consensus social se réduisent comme peau de chagrin. De plus en plus des hommes et des femmes passent à l’acte : corruption, concussion, prévarication, parjure, prostitution publique, détournements de biens publics, transhumance des électeurs, manipulations de toutes sortes allant de la sorcellerie au mensonge éhonté, violences physique et symbolique sur les citoyens sans parts … »
Ceci a déjà été dit et écrit il ya belle lurette. La répétition est une forme de gravitation qui révèle la persistance et même la rémanence d’un phénomène douloureux, lancinant autour d’un point fixe. C’est à croire que nous avons un destin de toupie. Tournant sur nous-mêmes comme un enfant dans son jeu, nous ne sommes même pas capables de jouir du vertige des bonnes choses qui élèvent l’âme. Ceci n’est que l’expression de la difficile évolution des sociétés humaines.

Khalifa Touré
Sidimohamedkhalifa72@gmail.com