mercredi 7 juin 2017

Ces députés si près, si loin du peuple !






Dépités par tant de députés à la mission incertaine, à la langue de bois et quelques fois pendant les jours heureux des hommes cultivés au langage fleuri par des propos savoureux, le peuple se voit aujourd’hui sollicité et forcé à mander des hommes et femmes parfois honnêtes et brillants mais aussi beaucoup d’hurluberlus, d’énergumènes  comme la politique sait en fabriquer depuis toujours. Ils ne trouveront jamais le peuple assis là, à la place de la liberté, leur jetant des fleurs aux senteurs colorées par le désir de bonheur et la fièvre de vivre comme il faut. Certains députés  ne méritent même pas des fleurs fanés.

En guise de revanche ils retourneront  au peuple le plus épiné parmi les bouquets de rose. Les hommes politiques dans notre système clientéliste fabriqué par les électeurs eux-mêmes se vengent toujours des services rendus aux clients. Un bon politicien est un homme qui se sent toujours mal aimé ou apprécié insuffisamment par une « populace » qui comprend de plus en plus. C’est à croire qu’en politique, il y a  du génie à créer l’attelage le plus hétéroclite du genre humain. A côté il y a le fructueux marché de la colère politique, où d’habiles entrepreneurs moraux, à la bile intacte, font semblant « de n’être pas d’accord ».

 A la veille des élections des filous de la pire espèce, des chasseurs de prime et coupeurs de route parmi les gens du peuple cherchent à détrousser les politiciens. Ils leur vendent monts et merveilles jusqu’à l’âme de l’électeur. Ils organisent des manifestations religieuses pour « couper la tête » ou « donner un coup de marteau » sur la tête du politicien, selon l’expression, autrement dit ces hommes sont des escrocs et ils sont du  peuple, parmi les défavorisés. Contrairement à ce qu’affirme l’illustre Kéba Mbaye, la politique est le plus dur des métiers. C’est un métier la politique, vue à partir d’un certain niveau. Il ya des  niveaux d’engagement politique incompatibles avec la non maîtrise de notre temps de travail. Tous ceux qui dans leur vie ont été au feu de l’action militante, politique ou autre, ne diront jamais que la politique n’est pas un métier. Dans toutes les grandes organisations politiques du monde, il y a des hommes et des femmes  dont la principale tâche est de faire tourner la machine politique ; ce sont les « chaudronniers » des grands partis politiques, tellement occupés et préoccupés que le temps ne leur permet plus de faire autre chose. Ils démissionnent alors de la fonction publique pour se consacrer au parti. Des  romantiques indispensables à l’action militante ces gens! Rien à voir avec ces politiciens qui ne peuvent même  pas se targuer d’être chômeur. Un chômeur est un homme qui a déjà travaillé et qui a perdu son emploi. Cette race de politiciens n’a jamais exercé de métier, ils vont siéger bientôt dans un gouvernement. Ils auraient mieux fait de rester parlementaire dans une sorte de Shadow Cabinet pour apprendre le métier de ministre et d’homme d’Etat.

Du reste, si la députation fondée sur le sentiment de participation et de représentation nationale n’existait pas, les hommes l’auraient inventé tellement la souveraineté en elle-même ne peut être transférée. Quel paradoxe ! L’homme a une vocation historique et même traditionnelle à déléguer sa souveraineté tout en sachant qu’elle ne peut l’être quand au fond. Est-ce à dire que par conséquent que la démocratie n’existe absolument nulle part ? On ne saurait le dire, puisque cette affirmation péremptoire est d’une part la traduction maladroite d’un conflit de principes, certaines cultures acceptant mal cette forme de gouvernement moderne, d’autres par contre voulant ériger la démocratie au rang de l’universel tout en sachant expressément la non réductibilité de la démocratie au bonheur des hommes. Les hommes sont-ils meilleurs en démocratie ? A quoi sert la démocratie sénégalaise ? Puisque tout est question d’évolution à partir de valeurs intermédiaires vers les principes les plus susceptibles d’emmener l’homme dans la grande étape de la connaissance de soi même, il est donc plus sage d’aller de l’avant, advienne que pourra !

La démocratie sénégalaise n’est pas une démocratie parlementaire, c’est une démocratie présidentialiste, une démocratie de la souveraineté du chef. Toute la contradiction, notre contradiction  à nous, est là présente dans notre incapacité à évoluer vers un modèle de représentation non pas conforme à notre culture (cela ne veut pas dire grand-chose, parfois), mais vers un équilibre dans la vie publique. Le présidentialisme démocratique et parlementaire n’existe qu’aux États-Unis,  c’est plus qu’une exception, c’est une fabrication de l’histoire, des tempéraments, des hommes petits et grands, de la géographie et même de la nature. Un président hyper-puissant qui peut déclencher l’ « executive order » et un redoutable congrès qui a son mot à dire jusque dans la formation du gouvernement, sans que l’un n’empiète sur l’autre, cela n’a jamais existé qu’aux États-Unis (pour ce que l’on en sait). L’Amérique est un exemple, un bon exemple de  cohabitation doucement belliqueuse entre la Présidence et le Congrès mais elle  n’est pas un modèle, parce qu’elle est inimitable.

Contrairement à une idée répandue, la démocratie est l’une des formes de gouvernement les plus décriées, les plus soumises à la critique intellectuelle. La démocratie, déclare en effet Constantin Posedonostsev, c’est : « la tyrannie des partis, la manipulation des suffrages, l’hypertrophie du moi personnel, le nivellement des esprits par le biais du pouvoir incontrôlé des organes de presse. » Pour être  davantage près du peuple, l’on devrait réfléchir sur les limites de la démocratie.



Khalifa Touré

vendredi 26 mai 2017

La guerre des pétroleuses n’aura pas lieu !





Tous ceux qui tendent aujourd’hui vers les cinquante ans, nés dans les années 70, ont certainement vu « Les pétroleuses », un western parodique de Christian Jaque sorti justement en 1971. C’était l’époque où la RTS nous servait tous les samedis un bon film français sorti de la Nouvelle vague où Gaumont défilait devant nos yeux impatients, tout cela depuis les débuts du Cinéma. C’était aussi l’époque du manque et de la rareté artistique. Tout ce qui est rare est cher !  Face à la rareté cinématographique,  nous étions confrontés à la rareté technologique (peu de téléviseurs dans les maisons). 

Ils sont là aujourd’hui cette génération qui porte les stigmates des années blanche par-ci et invalide par-là, nourrie à la mamelle politique du grand syndicalisme des années 80, les épiques grèves notamment celle du SUDES, les états généraux de l’éducation et de la formation, les années de braise politique où la liberté de presse était rudoyée par une chancelante époque de transition démocratique, les lectures fréquentes, studieuses et rituelles du Soleil, de Xare Bi, Daan Doole Bi, de Sud hebdo où feu Ibrahima Fall se donnait à cœur joie dans l’analyse, du mensuel Wal Fadjri, de la défunte Afrique nouvelle, d’Afrique-Asie de Simon Malley,  des tirages monstrueux de SOPI  et des débuts de l’irrédentisme en Casamance.  C’était la crise politico-sociale par laquelle le vieux refusait de mourir et que le jeune avait du mal à naître ! Une génération « dangereuse », une époque très politique. Entre quarante cinq et cinquante ans aujourd’hui elle contribue à fabriquer une opinion politique dans l’élite sénégalaise. Face aux statistiques douteuses, on ne sait pas exactement combien ils sont ces quadragénaires finissants. Un immense historien méconnu, le professeur Abdoulaye Ly a vu juste, qui a consacré son œuvre d’historien au phénomène de la transition générationnelle dans les processus historiques. Il a démontré la rémanence d’un tel phénomène dans les révolutions socio-historiques en Afrique.  Mais la guerre des âges n’a pas remplacé la guerre des classes.

Alors pourquoi sommes-nous impatients aujourd’hui à nous rouler dans la fange du pétrole. Des promesses rien que des promesses de pétrole nous rendent fous ; décidément nous avons la folie facile. Notre folie n’est pas sérieuse, elle est hilarante,  parodique comme ces belles dames des « pétroleuses » de Christian Jaque dont les trépignements et les roulades violentes sur les coulées de pétrole font beaucoup plus rire que pleurer.
Au Sénégal nous avons grand hâte de voir cette terre bénie pisser le sang noir de ce liquide précieux qui a fait le bonheur, la richesse et le malheur par ailleurs. Nous allons alors passer par une période étrange où nos cerveaux ramollis par la fatigue, se pencheront sur les tables de multiplication et de comptabilité de nos malheurs. Ce sera l’heure des comptes et décomptes du Produit criminel brut, le temps où les grands brigands multinationaux nous aurons aidé à la prédation, au pillage, au tripatouillage des chiffres et au crime économique le plus dangereux : Le mensonge statistique. Nous allons alors déployer nos énergies non renouvelables à courir derrière la vérité qui se moquera de nous. La vérité nous fera payer très cher ce que l’on désir. C’est ce que l’on appelle « tenir la dragée haute à quelqu’un ».
Mais ce jour n’arrivera certainement pas, nous aurons su feinter  la malédiction du pétrole.  Nous verrons peut-être quelques gouttes de pétrole et quelques bouffées de gaz qui ne suffiront pas à nourrir nos  fantasmes. Que fait-on déjà des richesses disponibles ? Nous n’aurons pas l’occasion de construire de belles et inutiles villas habitées par des femmes-meubles, des femmes-postiches et démonstratives esclaves-complices de notre m’as-tu-vu indécrottable.

La terre du Sénégal est certainement bourrée de richesses, les clairvoyants le savent de science certaine. Les  bénédictions tant chantées avec la poitrine bombée ne sont que l’expression instinctive d’une réalité spirituelle. La vérité est plus complexe. Ces bénédictions ne datent pas d’aujourd’hui, elles sont plus anciennes.  Elles remontent aux périodes de fondation. Elles nous cachent les richesses et ressources qui vont nous tuer, jusqu’à l’avènement d’une génération méritante.  Ce pays ressemble de façon cosmique à un autre pays développé depuis longtemps par des générations qui le méritent, mais aidé en cela par la matière la plus essentielle : La ressource grise. Aucun pays ne s’est développé par la débrouillardise. Ici nous avons même des intellectuels débrouillards   qui se démerdent difficilement tant la boue et la crotte des mauvais jours nous a couvert de salissure.

Chaque partie de la terre nourricière a  son pendant cosmique et cela depuis le Big-bang créateur. Cette science est toujours là pure comme l’eau de Kaolin. Toute création est explosion, artistique, technologique, économique.  C’est la génération suivante qui aura mérité ces richesses qui en bénéficiera. Ce sera la génération de la grande exigence morale.  Notre rôle se limitera aujourd’hui à faire des enfants,  les éduquer, les aider à muter vers la gestion du futur. La bataille aujourd’hui est une guerre démographique face au futur problème de la transition démographique qui selon les prévisions va s’accélérer : «  l’allongement continu de l’espérance de vie ne suffit plus à compenser la chute de la natalité, et le rythme de progression de la population retourne lentement vers les niveaux faibles. » (Thomas Piketty). Tout dépend de ces aller-retours, même l’éternité. Les systèmes qui ne sont pas conscients de ces mouvements démographiques doivent-ils se préoccuper  de ressources pétrolières ?

Khalifa Touré


mardi 16 mai 2017

Le bel avenir de la guerre !





« La guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens » Claus Von  Clausewitz

Il ya vingt deux ans, six années après la chute historique du mur de Berlin apparaissait un texte prémonitoire, un livre inspiré qui n’a rien à voir avec l’audace ou la provocation : « Le bel avenir de la guerre» de Philippe Delmas comme un tonnerre dans le ciel optimiste de l’après chute du communisme est l’une des prophéties intellectuelles les plus justes de la fin du XXème siècle. Il disait une chose simple et fort juste tellement évidente qu’on ne la voyait pas : La guerre n’est pas finie. La fin de la menace communiste ne signifie pas qu’il n’y aura plus d’affrontement armé de grande ampleur.  

Depuis lors, les  différents mondes ne cessèrent de s’affronter sans pour autant aboutir à une conflagration généralisée comme les deux grandes guerres. Quelques années auparavant entre 1990- 1991 c’était « la première guerre » du golfe menée par George Bush père et le général Norman Schwartzkopf. Ce fut la première grande guerre après la paix et l’espoir infini  en la fin d’une époque. On a eu droit aussi la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988 qui a fait 500 000 mille morts et 1 200 000 blessés. Tout le monde croyait à la résolution définitive de l’impasse nucléaire. La guerre nucléaire n’a pas eu lieu pensait-on. Malgré la crise des fusées à Cuba entre les USA et l’URSS qui a frôlé la catastrophe atomique, les stratèges ont continué à parler de l’Utopie nucléaire dont la signification affère à l’impossibilité pour le principe de la peur à garantir la paix. L’arme atomique était si terrifiante et la peur  panique d’une catastrophe généralisée entrainant la disparition de l’espèce humaine était d’une évidence telle que la perspective de l’utiliser était peu envisageable dans une guerre mondiale. C’est alors que le monde entra dans une rhétorique du désarmement censée respecter et perpétuer  les doctrines du pacifisme héritées de la Société des nations et puis ensuite l’organisation des Nations unies. Il n’ya pas plus complexe que les relations internationales, la diplomatie et la gestion de la paix.

Cependant, « la communauté internationale » a tort aujourd’hui de négliger l’escalade  verbale  et militaire entre les États-Unis et la Corée du nord ; ce laxisme s’explique par la culture de la paix née de la guerre froide qui était fondée sur l’utopie nucléaire. La guerre froide est une exceptionnelle période de paix dans l’histoire européenne selon Philippe Delmas. Tout le monde se dit qu’il n’y aura pas d’affrontement nucléaire. C’est impossible ! Mais on oublie que ce fut le même discours et le même optimisme accompagnés par les chansonnettes, les fleurs et les embrassades énamourées qui ont accompagné les jeunes soldats qui se rendaient au front en 1945. « C’est impossible ! Il ya eu trop de morts en 14-18 où le gaz a été utilisé, les hommes ne sont pas assez fous pour déclencher une deuxième guerre mondiale avec autant de machines à tuer » se disait-on. Aujourd’hui on observe des fous qui jouent à se faire peur avec des joujoux des plus mortels. Si les coréens pensent que les « yankees » tiennent trop à la vie et que toutes les manœuvres militaires dans la péninsule coréenne ne sont que pur manœuvre ils se trompent. La puissante Chine est là et elle peut exercer un étranglement financier contre les USA,  rien n’est sur ;  le pays de Deng  Xiaoping peut appliquer le principe du découplage stratégique qui permettait aux américains  lors de la guerre froide, d’envisager un faible engagement militaire et même une neutralité en cas de guerre conventionnelle menée par l’Urss contre l’Europe Occidentale. Le découplage est un principe de dissociation fondé sur l’idée que le jeu n’en vaut pas la chandelle en cas d’affrontement résiduel et circonscrit. L’attitude de la Chine, un pays qui a des intérêts financiers à défendre et qui ne veut  pas « bazarder » sa conquête mondiale d’autres espaces vitaux comme l’Afrique, va certainement dans le sens de la préservation des intérêts financiers. N’oublions pas que la Chine est un pays politiquement « communiste » et économiquement capitaliste. C’est le premier créancier des Usa comme elle dépend aussi du pays de l’Oncle Sam selon le principe évident de la Co-dépendance.  On aurait pu s’attendre à une vigoureuse réaction de la Chine contre l’administration Trump histoire de protéger la Corée du Nord mais rien n’y fit.  On a eu droit qu’à des  gesticulations dignes des formules les plus raffinées de la diplomatie française. Toutes ces puissances sont prédatrices, elles ont ceci de commun d’être animées par une bête féroce dans la préservation des intérêts économiques. Ils sont même capables de  tempérer l’orgueil national pour des raisons économiques et financières. Il ya quelques années la flotte américaine a coulé et détruit un sous marinier nucléaire, la fine fleur de la marine Russe transportant la torpille la plus aboutie en matière de balistique. Il n’ya eu aucune suite…militaire à cette affaire qui n’a pu être réglée qu’ailleurs sur un autre terrain. C’est cela la REALPOLITIK à la Bismarck.

Le déclenchement des hostilités ne dépend toujours pas de la stratégie militaire, des manœuvres tactiques ou de la doctrine, c’est une mécanique dont l’engrenage est complexe et incompréhensible. Personne ne peut savoir les causes véritables d’une guerre. Il a fallu deux mille pages pour un génie comme Léon Tolstoï pour venir à bout d’une telle problématique. Lorsque les japonais ont anéanti la base américaine de Pearl Harbour, face aux exultations après l’opération le chef militaire japonais plein de sagesse a prononcé ces mots prémonitoires : «  Je crains d’avoir réveillé un géant qui dormait ». Il ne faut pas que le mythe du peuple guerrier, du militarisme ancestral nous fasse croire qu’il existe des « ethnies »,  des cultures plus aptes naturellement à la défense militaire que d’autre. Un peuple peut être plus aguerri  qu’un autre, mais face à la menace de mort toutes les cultures sont capables de férocité.

«  Il n'est nullement démontré que les buts vers lesquels tend l'humanité soient la liberté, l'égalité, l'évolution ou la civilisation. »  a écrit le grand Léon Tolstoï dans Guerre et  paix.  L’homme cet être complexe  venu d’ailleurs, ce voyageur intemporel, oublieux du pacte originel a toujours guerroyé à travers  les siècles. Que de larmes ont coulé, que de sang versé sur l’autel fondamental, cette terre souillée par la haine, la jalousie et la colère. Mais l’une des causes évidentes de la guerre est l’envie, le vouloir et l’ambition, ce sentiment contraire au bonheur. On ne la voit jamais venir la guerre, cette monstrueuse activité « contraire à la raison et la nature humaine » comme cette première guerre mondiale africaine dont on ne parle jamais.
Sur les vertes rives du Limpopo, non loin des terres couvertes de laves volcaniques du Nyiragongo, à travers les milles collines d’une contrée forestière un million de fois violée par le génocide, les grands lacs aux eaux rougis par le sang des innocents, des criminels et des prédateurs féroces, il s’est déroulé tant d’exactions, de viols, de meurtres, d’assassinats, de massacres  et de rapines que les bantous ont plongé dans la première guerre mondiale africaine. Certes une guerre mondiale par l’ampleur et la densité du nombre de victimes en proportion aux territoires occupés mais aussi le nombre important des pays impliqués.  « Nous sommes tous africains » dirai-je devant  devant une telle tragédie, un malheur aussi grand, une épreuve si âpre.  Il s’agit de la guerre du Congo. 

La première guerre mondiale africaine parce qu’elle oppose pour la première fois sur le continent noir les armées de six pays africains : Le Congo, le Rwanda, l’Ouganda, l’Angola, le Burundi et le Zimbabwe. Une guerre qui n’intéresse que les chercheurs, une guerre pourtant documentée. Selon Collette Braeckman, auteure de plusieurs livres sur l’Afrique,  tout a commencé avec le génocide des Tutsis  au Rwanda en 1994 qui a fait au moins 800 mille morts en moins d’un an. La tragédie Rwandaise est toujours là enfouie sous nos crânes de rescapés honteux d’une guerre programmée qui a suscité les thèses les plus farfelus, les informations les plus erronées mais une littérature abondante.  A l’ombre d’Imana, des fantômes bouffis de colère viennent réclamer justice aux bourreaux qui ont organisé cette folie collective : “Plus personne ne veut porter cette mémoire trop lourde […] Les survivants gênent, les prisonniers gênent. On veut figer les souvenirs par des monuments de pierre”.  C’est le sommet de la tragédie, Pandémonium la capitale de l’enfer où des prêtres ont tué, fait assassiner et dénoncer leurs ouailles. Non loin de là au « petit pays » de Gaël Faye, le Burundi,  éclate une guerre civile inattendue le 21 octobre 1993 à la suite d'un coup d'État contre Melchior Ndadaye . Que de morts entre Tutsis et Hutus, autant de déplacés et de réfugiés jusqu’en 2005. C’est à croire qu’Imana(le dieu unique des Rwandais et des Burundais) est en colère dans cette région des mille collines et des grands lacs, là où coule le plus grand, le lac Victoria ou lac Ukéréoué la source du plus long affluent du Nil, le Nil Blanc. Ce fleuve plein de légendes de mythes et de fantasmes parfois meurtriers. Amin Maalouf a vu juste, les identités sont parfois meurtrières.

Mais cette guerre mondiale africaine n’est plus identitaire, c’est une guerre lâche, une sale guerre  une guerre des ressources minières et de l’occupation des espaces vacants, une guerre de la surpopulation. C’est la plus terrible des guerres parce qu’elle est la résultante du vol, le terrain de déploiement le plus fertile à l’instinct de prédation. Le Coltan ce minerai qui n’a rien de maudit si ce n’est le mal des hommes, des acheteurs, des exploitants  des accros au téléphone portable est aujourd’hui la cause l’une des organisations de rapine les plus honteuses de l’histoire africaine.  
Ce métal stratégique est utilisé dans la fabrication de condensateurs pour les équipements électroniques, il entre également dans la composition d'alliages de cobalt et de Nickel dans l’aéronautique. Il est alors aisé de comprendre l’implication des puissances prédatrices dans cette guerre sans nom. Il provoque aujourd’hui la mort de milliers de personnes parce qu’il est férocement convoité par les rapaces les plus insatiables. La région du Kivu en détient 80% des réserves mondiales. La guerre a un bel avenir dans cette région plus même qu’en Syrie une autre guerre mondiale qui ne dit pas son nom.

 Alep le terre de Salah Eddine Ayyoubi, Saladin le preux, le vertueux, le Tikrīti de Damas,   le pays de Bilal le célèbre compagnon qui   repose au cimetière historique de Bab al-Saghir dans le quartier sud de la vieille ville de Damas  et le dernier martyr Saïd Ramadan Bouti assassiné dans sa mosquée. Pourquoi Damas a-t-il attiré tant de grands hommes qui ont fini par y élire domicile ? Un embouteillage de prophètes, de saints et de démiurges dont les réverbérations trop intenses dépassent les vulgaires visions géostratégiques et provoquent immanquablement des incidents de criticité lorsque les hommes, insouciants qu’ils sont, pensent que l’on peut renverser un système sans la volonté du ciel. Le programme secret du monde se déroule tranquillement sans aucune influence externe. La Syrie un pays pas comme les autres, un pays-frontière entre deux religions qui en réalité ne font qu’un. L’Iran avec tout ce qu’il représente ne laissera pas faire. La Syrie,  terre mystérieuse où se déroule une guerre mondiale au sens propre du mot. Un pays ruiné jusqu’au beau, d’une beauté dantesque,  une terre gouvernée par la terreur depuis le père Hafez. Un pays aussi dévasté que l’Europe après la guerre. Alors  les hommes seront fatigués, ils déposeront les armes, le pays va se relever en attendant une autre guerre. La guerre mondiale aura toujours lieu.

Khalifa Touré




mardi 18 avril 2017

Ruben Um Nyobé, le martyr d’une guerre coloniale oubliée




Ruben Um Nyobé est sans nul doute le premier martyr de l'indépendance africaine. Sauvagement assassiné en 1958 par l’armée colonialiste française, lui et ses compagnons de l'Union des populations du Cameroun(UPC), Félix Moumié et Ernest Ouandié, cette  figure historique est moins connue que Cabral et Lumumba mais avec un destin plus tragique.  Um Nyobé est une référence incontournable pour tous les militants des causes justes. Sa pensée politique et son action ont été le catalyseur de l'esprit de libération africaine dans les années 40 et contribué de façon indélébile à l'émergence d'une conscience Africaine.

D’ethnie Bassa, Ruben Um Nyobé ce bel homme à la figure angélique, à la prestance remarquable, toujours bien habillé, naquit  à Eog Makon près de Boumnyébel à 70 Km de Yaoundé au Kamerun  en 1913 en pleine guerre mondiale. Ce fils de paysans fit  ses études primaires dans les écoles presbytériennes. Marié en 1944, il  se sépara de son épouse pour prendre le maquis en 1955. Auparavant il fit parti des cercles de jeunesse politique anti-nazis. Il dira plus tard en toute lucidité que l’heure n’est plus de  « s’opposer à l’hitlérisme comme en 1939, mais au colonialisme tout court. » Désigné par Mongo Béti comme « l’homme qui va donner une âme à son pays » le 18 octobre 1945 il est nommé secrétaire général adjoint de la confédération syndicale USCC.

Très tôt Um Nyobé  compris qu’il était grand temps, et que l’heure était venue de passer à autre chose. Dès 1952, il appela à l’indépendance du pays conviant toutes les composantes nationales à l’unité pour la libération. Il provoqua l’ire de l’Etat colonial français qui ne demanda ni plus ni moins que son élimination physique. La réaction violente de Pierre Messmer sonne encore comme un couperet sur le crâne de Um. L’Hallali était sonné, l’envie de meurtre , la chasse à l’homme était déclenchée.  L’Union des populations du Cameroun UPC créé en Avril 1948 fut le cadre organisationnel de la lutte qui du reste dépassa le cercle d’un simple parti politique. 
Le Nkaa Kunde (la revendication d’indépendance) menée par l’ UPC  fut alors  une véritable tragédie, une histoire horrible faite de tueries collectives, de massacres de civils, de traques et d’assassinats ciblés. La guerre de libération des populations du Cameroun est l’une des trois guerres les plus meurtrières de l’armée coloniale française. On parle de trois à quatre cents mille morts  selon  diverses sources. Elle a  touché toutes les composantes des populations, notamment les Bamilékés et les Bassas. Une évocation ethnique qui provoque encore une polémique inutile et honteuse lorsque l’on sait que la lutte de libération s’est déroulée sous la bannière de l’unité des populations du Cameroun.
Les exactions inimaginables qui  ont été perpétrées par l’armée coloniale française au Cameroun sont comparables à celles de la guerre d’Indochine et les tueries de la guerre d’Algérie. Seulement, ce qui s’est passé au Cameroun reste méconnu, il n’est même pas considéré comme une guerre par l’historiographie coloniale qui est toujours en cours et cela va de soi. S’il n’est même pas permis de parler de guerre peut-on parler de génocide, ce mot interdit aux autres pour les raisons que l’on sait.  Cette guerre dont personne ne veut parler est toujours en cours. La conscience collective de ces populations qui ont tant souffert le martyr reste toujours habitée par les esprits de tant de morts anonymes et de d’illustres disparitions. 

L’un parmi eux le fameux Ruben Um Nyobé est aussi grand aussi fort aussi intrépide que Patrice Lumumba. Avec Steve Biko, Um est l’un des trois suppliciés de la conscience noire africaine. Inimaginable, barbare et cruel que ce que l’armée coloniale a fait subir à ce preux chevalier de la lutte de libération.  Traqué par les tueurs de l’armée coloniale et sachant par des présages nocturnes sa mort prochaine, il se réfugia dans la forêt. En allant prendre le bain chaud qu’on lui apprêta ce matin du 13 septembre, avant la fusillade, Mpodol (ce lui qui porte la voix) aurait prononcé cette phrase énigmatique : « je m’en vais, pour la dernière fois, verser de l’eau moi-même sur mon crâne ». Il a été abattu, lui, sa belle-mère Ruth, Pierre Yem Mback et Jean-Marc Poha. Le 03 novembre 1960, son compagnon de lutte Félix Moumié a été empoisonné par les services secrets français dans un restaurant en Suisse. Quant à Ernest Ouandié il est mort fusillé par les autorités camerounaises dirigées par Ahmadou Ahidjo  le 15 Janvier 1971. Une histoire incompréhensible. Dans la nuit du 06 au 07 janvier 2009 Marthe la veuve de Félix Moumié est assassinée à Ebolawa à  son domicile, 59 ans après son mari. Une véritable tragédie africaine pour ne pas dire grecque. Ce pays frère africain a besoin d’exorcisme spirituel. Tous les phénomènes prémonitoires qui ont présidé à la mort d’Um devront être interprétés sans complexe aucune à la lumière de nos connaissances endogènes : la multiplication des phénomènes funestes, les visions prémonitoires collectives d’Um Nyobé et de sa compagne, les grosses et agressives fourmis jaunâtres qui avaient investi la mallette blanche que portait Um Nyobé, le déchaînement des éléments le soir du 10 Septembre, le violent orage dans la forêt qui a égaré les fugitifs etc. Il s’est passé au Kamerun quelque chose de grave, de fort, de funeste pour toute l’Afrique.

La mort d’Um Nyobé fut « un coup décisif au mouvement insurrectionnel en Sanaga-Maritime »  selon la presse française de l’époque. Le chant populaire à lui consacré berce encore les cœurs éplorés :
« C’était le treizième jour du neuvième mois de l’année 1958
Mpodol avait accompli sa promesse
Il s’offrit en sacrifice pour le Kunde
« J’ai choisi de renaître à mon pays « Je me suis offert pour sa délivrance
« Quant à vous, réjouissez vous aujourd’hui « Réjouissez-vous! »

Khalifa Touré





jeudi 13 avril 2017

Le Voleur de Bicyclette et le tueur de la nation





En 1948, sort un film italien en pleine période néo-réaliste. Ce chef-d’œuvre incisif du cinéma mondial raconte la vie d’un pauvre homme poussé par la misère à voler une bicyclette pour son fils, histoire de  tenir encore son rôle précaire de père devant les yeux envieux et innocents de son rejeton. « Le voleur de Bicyclette »de Vittorio De Sica entra dans la légende et la culture mondiale en posant la question mortelle : Qu’est-ce que l’homme est prêt à faire pour défendre les restes d’une dignité déjà perdue ? 

Cependant , les hommes qui poussent les pauvres gens à  perdre leur dignité s’empiffrent de nourritures inutiles et engagent au suicide une nation faite de gueux ,de mendiants et de pauvres hères qui s’en vont au gré du vent fouettés par la misère, la honte et l’envie de hurler derrière le taux de croissance et l’Economie, cette « science nébuleuse » selon Carlyle. La vie moderne et contemporaine n’est plus regardée sous l’angle de la condition humaine sous prétexte de mort du communisme comme si  l’Homme et sa naturelle incapacité de repentir appartenait à Marx l’ambigu, Lénine ou Engels. Malgré le passage indélébile d’André Malraux la morgue et le mépris avec lesquels on se détourne de la condition humaine sont parmi les grands signes de décadence de notre temps.

Tout le monde s’est converti à l’athéisme, l’athéisme des valeurs, l’incroyance, le désespoir, ce péché froid, le plus froid des péchés. Notre hyperréalisme est en train de nous tuer. Ce refus de rêver, cette obsession malveillante de rester dans ce réel inventé par notre sottise et nos vices nous empêchent de créer des machines, de rester chez nous, d’écrire de bons livres et faire de bons films  bref de domestiquer notre savoir.
 Des pratiques qui sont nôtres et qui datent de l’époque coloniale (une simple coïncidence opportuniste pas forcément colonialiste) continuent à vivre, entretenues par nos coutumes, notre paresse, notre routine et nos vices. La bourgeoisie d’Etat qui profite et s’accapare de tout est plus qu’une pratique au Sénégal francophone c’est une culture qui vient d’en bas. Nous sommes une communauté qui court derrière des chimères avec la poésie en moins. La démocratie libérale et « la bonne gouvernance » ce concept de la Banque mondiale sont les deux chevaux de Troie dans cette  troisième guerre mondiale contre l’Afrique et les pays en voie de développement. La bonne gouvernance ca n’existe pas. Il n’ya que le gouvernement des hommes qui vaille. C’est l’Esprit qui gouverne les hommes et administre les choses, contrairement à ce que pensent les communistes ! Le plan n’est qu’un moyen.

En attendant de recevoir l’ordre de nous développer nous allons gagner le marché de l’optimisme béat, de l’unité factice et du panafricanisme peu sincère. Comme au sommet de la Baule, on attend le jour où nous  recevrons  l’ordre de nous développer. Et  ce sera à la Saint-Glinglin ce mot d’ordre. Mais,  que l’Afrique a bougé ! Elle a bougrement bougé d’en bas sans ses intellectuels, malgré ses pauvres bougres de politiciens.

Les hommes ont une expérience ancestrale de l’affront. Leur capacité à répéter les mêmes erreurs, à offrir leur confiance aux mêmes hommes-épouvantails  faits de la même étoffe et du même acabit est hallucinant. Les psychiatres ont matière à cogiter, diagnostiquer et curer cette affaire qui relève peut-être de la démence collective. Une sorte de masochisme social et politique nous pousse au plaisir malin de la répétition et la manie mécanique de changer un boulon corrompu par un autre aussi défectueux.
 Ainsi va la vie sociale avec ces politiciens qui nous pompent l’air, nous privant d’oxygène. La guerre est déclarée ! Le temps est venu de se prévaloir de sa propre turpitude. «  Nous avons tous volé ! » a dit le tonitruant Jean Paul Dias rappelant la sortie fracassante d’Abdoulaye Diack le défunt maire de Kaolack. Paix à son âme ! Ne parlons pas des morts, même s’ils ont ratiboisé l’argent du peuple. Ce peuple qui n’a jamais existé selon des sociologues soi-disant libéraux. Nous avons eu droit à un fameux « Tous nos soucis financiers sont terminés » d’Abdoulaye Wade l’argentier. Autant dire qu’il y a une généalogie de la désinvolture financière chez nos dirigeants. 

Il n’ya qu’un seul parti politique au Sénégal, c’est le Grand Parti du Sénégal(GPS)  et ce parti n’est pas  que politique, il est social, culturel, économique, religieux.  Mais le paradoxe est que personne n’ose  prendre le parti du Sénégal craignant la mort, les contraintes et les privations. Ils en ont fait les frais, les Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop et Tidiane Baydy Ly. Ceux qui crient au changement s’accrochant ridiculement à des Assises nationales où un 23 juin comme un Bernard Lhermitte, pensent à tort qu’ils sont différents refusant ainsi l’introspection. Ils n’ont rien d’un ermite. D’autres se sont perdus dans la tentation de la reconnaissance internationale. On en a marre d’eux ! Ils sont en train de tuer la Nation. Au même moment le pauvre père cisaillé par la douleur d’être père, le drame de la  condition humaine de paternité, vole un vélo pour son fils qui n’a rien compris dans l’actualité misérable de son pays. Son père ira en prison pour rien et lui l’enfant innocent sera la proie des pédophiles. Ainsi va le monde !

Khalifa Touré



lundi 27 mars 2017

Oraison funèbre pour Cheikh Ahmed Tidiane Sy, le dernier des grands parmi les poètes





Ô grand esprit magnifique ! Es-tu celui qui était là lorsque rien n’était… Sauf la face Sublime de l’Etre Suprême.

Ton odyssée à travers les corps, les âges, les époques, les climats et les saisons nous reste inconnue aujourd’hui tombée dans les abysses de l’insondable Mystère. L’Homme cet inconnu ! Tu es encore parti pour toujours noyé dans la totalité de l’humanité ultime. Comme le général à la crosse d’ivoire Patton  le preux chevalier tombé après la guerre, l’âme ne soutenant plus la vie monotone de cette paix factice :
A travers l’enfantement des siècles
Au milieu des pompes
Et des vicissitudes de la guerre
Je me suis battu
J’ai lutté désespérément
Et mon sang a coulé des milliers de fois sous les étoiles
Comme tout au long d’une route éternelle
De voir cette lutte immémoriale.
J’ai combattu sous bien des noms
Sous bien des costumes.
Mais c’était toujours moi. »

Enfin pour toi mais hélas pour nous ! Reviendras-tu imparfait, insatiable et soucieux, sous d’autres formes ? A l’orée du Sahel, dans cette ambiance crépusculaire, l’esprit fatigué par les allées et retours incessants s’est enfin libéré des velléités de la corporéité. Libre enfin de toute attraction, dansant allégrement, trépignant vigoureusement, gambadant à souhait, bondissant à jamais et chantant gaiement le Nom Inconnu. Cent vingt neuf mots (129) de l’Attribut de la Subtilité ( Ya Latif) pour dire notre tétanisation devant l’événement comme Mansour Halladj l’incompris devant la Kaaba, pendant longtemps. A l’image de Samy Davis Junior le génial nègre danseur que tu as chanté en l’un de tes poèmes mystiques lui intimant l’ordre de claquer les talons en l’honneur des houris femmes du Paradis.

Qui se souvient de  cet inconnu, Apôtre magnifique de Jésus fils de Marie ? Disparu pour de bon, ô esprit divin tu as tenu l’outre pleine d’eau auprès de l’homme qui a marché sur l’eau par la volonté du Nom Suprême. Tu étais là bien avant les siècles derniers  comme Souheyl Abdoulahi Toustéri qui dit se souvenir de Yawma Alastou le grand jour où toutes les âmes ont acquiescé. Ta fascination pour Issa Ibn Mariam, le Souffle de Dieu, a valu à Aldo Moro prince-martyr d’Italie le secours possible du prophète Muhammad Le Paraclet, Paix Bénédiction et Salut à son âme pure.

Ô grand esprit ! Pourquoi tant de tourbillon de la pensée ? La déroute des faibles d’esprit t’a valu bien des reproches. Le coq à l’âne des sottes gens parmi les hommes est une symétrie du langage mystique dans ton vocabulaire qui défie la pesanteur pour entrer dans l’abstraction. Tu as défié l’intelligibilité de façade par la Mahrifa, la métaphysique et la cinquième dimension. Sorti de l’ombre de la retraite et de l’incubation mystique tu nous libéré du Nassoute entrainé, exercé, accoutumé au Lahout, au Djabarout, au Malakout et même au Haahout. Ceux qui doutent de la science de Barhama, Abdessalam Yassine, Djeylani et Tidiany seront privés de Mahrouf Keurhi l’ancien.  Par toi nous sommes habitués à l’au-delà, le côté caché des choses,  l’esprit universel mais surtout le ZIKR cette voix de l’univers.  Quelle est cette voix inaudible qui susurre à notre oreille la gravité des choses  et des êtres ?  Quelle est cette voix qui nous dit qu’elle est la voix d’une autre voie plus haute que la voix d’Oumm Kalthoum ? C’est le ZiKR. Il ya autant de voies que de pèlerins.
Ô grand esprit tu as parlé à travers Siisa le fils d’Adam, Idriss Enoch Eukhnoukh Kheunoukh le céleste homme aux noms multiples, Ouzeyr le sauveur de la Thora, Socrate le monothéiste, Bouddha le Sage, Platon le détenteur du Nom Caché, Galileo Galilei le vertigineux, Hegel le phénomène de l’Esprit, Nietzche le parfait inconnu qui cherchait, Ibn Arabi le réceptacle des mystères , Jalal Ad Din Rumi le mystique atomiste, Léonard Da Vinci le rêveur du grand œuvre, Saint-Augustin la voix du ciel, Fiodor Dostoïevski le mystique en transe , Victor Hugo le fantastique sondeur de l’âme, Shakespeare la parole mise en scène et… Al Maktoum le Cacheté.

La politique t’a valu cette étrange après-midi ô toi esprit policé dès l’origine que nul polissage profane ne peut atteindre. A l’heure des oraisons mystiques, ta poignée de sable aux grains à la puissance de l’atome voulut exploser sur les ennemis de la Solidarité Sénégalaise envoyés par un poète désemparé qui hante un palais improbable. C’est connu ! le secret de la fission de l’atome est révélé dans le laboratoire des mystères depuis Rumi au 13eme siècle. Alhamdou lillAh Dieu Soit loué, finalement la volonté n’a pas voulu.  Ah ! la volonté, ce feux étrange qui consume jusqu’à l’extinction entre les mains du père Aboul Hassan Shazaly le Maitre du maitre de Boussayri le chantre de Muhammad qui ta valu Fa ileyka Yaabna Mouhammadine Naadaanii.
Tu as parlé, parlé, parlé jusqu’à l’extinction de la voix dans la parole elle-même. C’est alors que la parole s’est faite homme, assise sur le promontoire de la vie, jetant un regard crépusculaire vers l’horizon infini, le bras levé comme un orant nous désignant le monde  des formes éternelles. Dans notre illumination nous n’avons vu que le doigt au lieu de la lune de la Vérité. Habitués aux noms, aux déterminants et aux qualificatifs nous avons oublié que le soufisme est une essence sans nom. Ne sont grands parmi les poètes que les esprits qui possèdent une parole haute qui se moque du firmament bravant les lignes de la vie.  Qui l’eut cru Serigne Cheikh Tidiane Sy ambassadeur présentant lettres de créances un lionceau en laisse ? Jamais homme n’a vu une métaphore aussi rugissante sur les bords fertiles du Nil, un lion tenant un lion devant le lion de la Nation arabe. L’esprit omniprésent était là surveillant la mise en scène qui échappa alors au monde profane par une opération du Saint esprit. Il  parti se loger dans les mystères véridiques anciens à l’ombre des corps  momifiés de Narmer, Touthmôsis et Toutankhamon.  Ô ! grand esprit tu nous as appris l’étonnement de l’âme devant ce corps qui refuse de pourrir dans la décomposition  refusant la poussière. C’est alors que le corps de l’homme éternua dans le tombeau recevant le ZiKR, le rappel du néant originel, brusquement il se décomposa provoquant la tranquillité, un ouf de soulagement dans l’âme. Ce fut ta manière terrifiante de parler de la mort.

 Pendant 13 longues années de retraite que de fantasmes développés à ton sujet démentis par une sortie souventes fois annoncée par de courtes missives à la tonalité nietzschéenne : « Un homme d’honneur doit toujours refuser d’être réveillé par un clairon ».  Finalement le souverain longiligne et haineux toute jalousie bue, recula après la terreur socialiste.  Ah ! le conflit, l’effroyable confrontation ! Révélée à nous par l’oniromancie de Joseph Fils de Jacob il s’en est fallu de peu que le PARC A MAZOUT devienne le 16 Février lorsqu’un « quidam » appela à la marche selon la version d’un futur souverain au crâne tondu.  Puis ce fut la salle de l’Unité Africaine où l’Unicité de Dieu se déploya  jusqu’au Pont Faidherbe entre les eaux salées et l’eau douce de Saint-Louis le pieux souverain. Le fils de Shamharouss était là salué par ta générosité.  Alors ce fut à Tivaouane d’accueillir l’esprit héliporté provoquant des scènes regrettables pour toi le disciple de l’inconnu Maodo ton seul Maitre que le grand Babacar Sy t’a offert.  

 Et puis ensuite vinrent les cinq années de retraite califale. Serigne Cheikh ou le califat mode d’emploi. Mode de vie, le vicariat fut toujours là présent depuis Adam, depuis David depuis Abou Bakr le véridique compagnon: Inni Djahiloune Fil ardi Khalifa. La mort, l’au-delà du bas monde, la métaphysique, les seuls thèmes depuis que l’esprit est sorti. Personne n’y a prêté attention ! Ton évocation de la Sierra-Léone, de Mobutu Sese Seko kuku Ngbendu Waza Banga  et sa probable mosquée et les « Afaarid » qui sont les Djinns les plus maléfiques, ont maintenu dans l’effroi plus d’un initié. Mais certains parmi eux connaissent les liens avec le Sénégal de Bour Sine Koumba Ndoffene. Ils vivent longtemps dans le mal, migrant de lieux en lieux, de souverains en souverains, d’époques en époques ces créatures immondes. L’esprit nous a averti ! Jusque dans la mort il n’a cessé de nous étonner. Il a choisi de reposer en ce lieu jadis stigmatisé par les croyances ancestrales du Cayor. Stupéfait par l’événement aucun Tivaouanois n’y a prêté oreille. La leçon est dite, le Maitre a parlé !

 Trois cents cinquante mille ans auront suffit à l’homme-esprit de s’éteindre définitivement  dans l’être ultime. Reposes en Paix Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum! Que ton âme vogue gaiement dans l’immensité profonde en compagnie des prophètes, des saints, des véridiques et des martyrs !

Khalifa Touré/Critique littéraire

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dimanche 19 mars 2017

Mon Dieu, faut-il avoir pitié de la France ?







" Seigneur Dieu, pardonne à l'Europe blanche !
Et il est vrai, Seigneur, que pendant quatre siècles de lumières elle a jeté la bave et les abois de ses molosses sur mes terres" 
Léopold Sédar Senghor, Prière de Paix.

Reste -t-il encore  un petit diacre de province pour sonner le glas de la France, la fille ainée de l’Eglise ? Il est sûr que Clovis et l’époque de son historique Baptême sont bien loin du pays d’Edwy  Plenel, de François Hollande et Jean Luc Mélenchon, du Canard enchainé et de Mediapart.  C’est de la fin de la France qu’il s’agit ici par delà toute considération liée au très galvaudé courant des déclinologues auquel on associe injustement et tour à tour des intellectuels aussi divers que divergents comme Nicholas Baverez, Eric Zemmour et Jacques Julliard. Rien à voir avec les analyses pan-historiques à caractère philosophique  des intellectuels comme Emmanuel Todd, Michel Onfray, Edgar Morin et même Jacques Attali. Ils sont tous jetés dans le même sac par un patriotisme arrière-gardiste et autiste. Il ya quelque chose qui ne va pas en France et ce quelque chose est d’autant plus grave, c'est-à-dire sujet à conséquences, qu’elle touche même la civilisation. Le déclin est un phénomène naturel qui commence dès que les enjeux de civilisation ne sont pas pris en compte dans le processus politique. Le déclin de la France a peut-être commencé à partir de la Révolution de 1789. Ceci ne dépend pas forcément du point de vue, c'est-à-dire du bord où on se situe. Comme toutes les révolutions elle a tué l’âme même de la France  à travers  la Terreur de Robespierre et le massacre des chouans et encore et encore…

Les rapports consubstantiels entre la Révolution et le déclin ne sont jamais analysés avec sérénité. Le déclin est d’abord politique, ce n’est pas un événement historiquement parlant (un événement est brutal) c’est une marche lente et non moins implacable et insidieuse. Le début du déclin ressemble toujours à un acte fondateur. Le terme déclinologue ou décliniste est usité pour discréditer une pensée rigoureuse et réaliste qui épouse les contours d’une histoire de France en fin de parcours. Mais la finitude fait peur et rebute les français qui pensent qu’elle a  forcément un contenu eschatologique.   Cependant elle n’a ici rien à voir avec la fin des temps, à la disparition totale dans le Néant. Les civilisations, les cultures et même les langues ne disparaissent jamais dans la totalité, leur substrat survit, se recycle et renait en d’autres termes d’autres modalité de vie. Cette transmutation culturelle et civilisationnelle reste inadmissible pour des « souverainistes » comme Marine Le pen, Philippe De Villiers et même François Fillon,
Ils sont nombreux aujourd’hui sur la liste du gouvernail politique à faire figure non pas de proue mais de  faiblesse intellectuelle et morale, incapables qu’ils sont de comprendre les enjeux de civilisation pour la France. Qu’ils soient Marine Le Pen, François Fillon, Benoit Hamon ou Emmanuel Macron, la France est dans une période de décadence culturelle. François Mitterrand reste et demeure le dernier grand président français. Si Rome, Athènes et Alexandrie sont tombés autrefois pourquoi pas la France aujourd’hui. Un artiste français a vu juste qui dit en substance: «  Un pays où Louis de Funès et Johnny Hallyday sont toujours des stars adulés, est un pays en déclin ». Cela se passe de commentaire. Je ne connais pas un seul pays au monde qui ait donné naissance à au moins dix grands écrivains de génie tous les cent ans depuis le moyen âge  en passant par le XVème siècle des Jean Michel, Arnoul Gréban et Eustache Marcadé, jusqu’à Marcel Proust et Louis Ferdinand Céline. La France reste la capitale mondiale de la littérature mais elle n’a pas presque plus de grands écrivains. Yves Bonnefois et Jean Marie Gustave Le Clézio sortent du lot !  « Rien de grand ne se fait plus en France » a dit le très « méchant » Achille Mbembe.

Mais le plus marrant est un phénomène  aussi renversant que paradoxal. Au moment où la France et même l’occident déclinent les autres parties du monde s’occidentalisent y compris la Chine, le Japon, l’Inde, l’Arabie. L’Afrique est le continent qui s’occidentalise le plus lentement surtout au plan artistique. Personne ne peut imaginer en Afrique  le nombre de concerts de musique tonale classique occidentale qui se déroulent au Japon chaque année. Malheureusement l’occidentalisation du monde surtout de l’Afrique au plan intellectuel n’est pas étudiée sereinement. Il n’ya que le secours visionnaire du poète Césaire pour nous éclairer: 

« Écoutez le monde blanc/ horriblement las de son effort immense/ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures/ ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique /Écoute ses victoires proditoires trompéter ses défaites//écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement/  Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs ! » Peut être que la France est un pays fatigué !

Khalifa Touré




mardi 7 mars 2017

Pourquoi le débat politique est-il si faible ? (suite et fin)


« Tous, ils m'apparaissent des fous, des singes qui grimpent, des surexcités. Leur idole sent mauvais, ce monstre froid : tous tant qu'ils sont, ils sentent mauvais, ces idolâtres.
Mes frères, voulez-vous donc étouffer dans les émanations de leurs gueules et de leurs appétits ? Brisez plutôt les fenêtres et sautez dehors, à l'air libre.
Ecartez-vous donc de la mauvaise odeur. Fuyez l'idolâtrie des superflus !
Ecartez-vous donc de la mauvaise odeur ! Fuyez donc les vapeurs de ces sacrifices humains ! »
Ainsi parla Zarathoustra,  Friedrich Nietzsche 

Terribles paroles prophétiques de Zarathoustra ce mage venu d’Orient. Appliquées comme il sied aux hommes politiques de notre période décadente ils deviennent des fous, des singes et des surexcités qui marmonnent et parfois vocifèrent des paroles insensées. La camisole de force est là pour leur rendre un peu de dignité. Leurs cris d’orfraie n’y feront rien. Tout le monde a entendu et vite oublié le cri soudain et subit d’un homme politique sénégalais  en pleine campagne électorale. Un moment de folie passagère. Personne n’a eu le courage de lui exiger un bulletin de santé mentale. Il l’a échappé belle ce possédé parmi tant d’autres dans la classe politique. Il a échappé à la stigmatisation tellement la chose était grosse et moche. C’est cela qui tient lieu de débat politique aujourd’hui : La transe, la folie, le mimétisme, la mimique, les singeries,  les propos loufoques et incompréhensibles comme des incantations mystiques. Tout le monde se souvient de la fameuse audience que le président Abdoulaye Wade a accordé à un homme politique proche d’Idrissa Seck en disgrâce. L’homme en question a tenu ces propos d’un ridicule assumé du genre: « Cette audience est importante et puisqu’elle est importante, le dévoilement de son contenu ne peut être fait que selon un jour certain qui viendra certainement puisque c’est le futur ». Du galimatias politique en quelque sorte! Nous en avions ri à gorge déployée. Les politiciens ont la manie de faire valoir une habileté « téléphonée » tellement grossière qu’elle devient maladroite. C’est la fameuse « maladresse des habiles » de François Mauriac. Quand le talent est annoncé il devient ridicule, c’est aujourd’hui le lot quotidien des hommes modernes.

 Le débat politique n’est pas la discussion politique ni le dialogue politique. Le débat politique c’est l’émission de la parole politique autour d’une grande querelle : Faut-il plus ou moins d’autorité dans nos pays en voie de développement ? Voilà une ne question  radicalement politique ! A quoi sert une société ouverte comme le Sénégal ? Mais le plus grand débat aujourd’hui, le plus difficile pour tous les africains comme les européens est la question de la souveraineté. Faut-il adhérer ou non au gouvernement mondial ? Toutes les autres questions sont subsidiaires. Ils sont rares à en débattre tellement qu’ils sont pris par une sorte de delirium tremens comme dans les mauvais films d’horreur. Ils font peur ces zombis politiques. La principale menace contre la vie moderne est le cannibalisme politique, ces politiciens qui nous tuent, l’enkystement par de mauvaises habitudes et l’insouciance politique dont le sommet est l’indifférence des partis politiques face au débat autour du Franc CFA qui du reste n’est pas plus vital que la question de l’Education nationale. C’est terrible !

C’est à croire que la politique n’a pas échappé au superflu. Tout ce qui est superflu est inutile, artificiel, superficiel. Depuis que les hommes politiques, maitres de la parole n’enrichissent plus la langue, c’est la fin du débat politique.  Les hommes politiques,  de Périclès à Abdoulaye Wade en passant par Talleyrand, le Cardinal de Richelieu, George Clemenceau, Jean Jaurès,  Léon Blum, Charles De Gaulle, Abraham Lincoln, Konrad Adenauer, John Fitzgerald Kennedy, le président Lamine Gueye et même le fameux camélion l’ivoirien Laurent Dona Fologo ont enrichi la langue par leur bonne expression et leur sens de la répartie et de la bonne formule. C’est étrange mais il faut dire qu’au Sénégal les membres du patronat s’expriment mieux que les politiciens : Diagna Ndiaye, Baydy Agne et Mansour Kama sont de loin plus  à l’aise que Khalifa Sall, Ousmane Tanor Dieng et Oumar Sarr. Chez les plus jeunes, confrontés aux problèmes d’éducation et de formation c’est le désastre. Ils parlent douloureusement le français et …l’Ouolof.  Mais il ya des exceptions notables que sont Idrissa Seck, Dialo Diop et Moustapha Niasse.

Depuis que le débat politique n’arrive plus à être modulé selon la bonne fréquence, les politiciens  d’aujourd’hui au timbre de la voix grésillante, n’arrivent plus à émettre à haute fréquence à force d’imitation et de singeries jusque dans les expressions. La politique c’est l’art de vivre selon les grandes vertus.

Khalifa Touré



mardi 28 février 2017

Pourquoi le débat politique est il si faible?(1)




La faiblesse du débat politique est constatée un peu partout dans le monde. La chute du mur de Berlin n’explique pas tout. La supposée fin des idéologies n’a pas du tout arrangé les choses. Les grandes querelles se déportent vers le monde arabe et l’Atlantique témoins du choc brutal des peuples en migration.

Au Sénégal il ya certainement cinq grands penseurs politiques qui ont nourri  de façon significative le débat politique  depuis les années 50, il s’agit de Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Abdoulaye Ly, Cheikh Anta Diop et Majmouth Diop. Abdoulaye Wade avait certainement l’étoffe d’un penseur politique mais il fut surtout un homme d’action, un virtuose de l’action politique. Cet homme aurait pu être le meilleur,  s’il était bon ! Le SOPI fut une option, une idée politique malheureusement reçue et réalisée sous forme de slogan. Les partis politiques nés au 19eme se sont toujours nourris de la pensée politique d’intellectuels résolument partisans.  Les penseurs partisans sont à la politique ce que l’oxygène est à la vie.  La politique se meurt parce qu’il n’ya plus de penseurs de parti.

 En France, « le pays le plus politique d’Europe » selon Karl Marx, il n’ya plus de penseurs de parti, même pas à gauche. Les Alain Badiou et autres sont des penseurs politiques de gauche et non des penseurs de parti. Ils ne sont pas partisans. Le seul penseur de parti en France est un homme de l’ombre qui écrit des bouquins polémistes mais pleins d’idées politiques et cet homme vient de l’extrême droite, il s’agit de Patrick Buisson. Mais chose étrange Patrick Buisson n’est pas adepte des partis, mais fidèle à ses idées si tant est qu’un parti de droite peut en être le terrain d’expérimentation. Un penseur de parti est un homme individualiste, libre, qui travaille seul et qui a des convictions profondes. Lorsqu’il a un tempérament  solitaire il peut être dangereux parfois. Mais les plus dangereux, et les plus nocifs sont les intellectuels qui pensent qu’ils sont des penseurs de parti, en vérité des jouisseurs qui prennent leur pied à manipuler le Président de la République. Ils sont souvent intelligents et bardés de diplômes. Il y en a eu beaucoup autour de George Bush fils (Richard  Perle et Paul Wolfovitz). Quant à Obama, il  a gouverné sans un seul intellectuel de parti. Bill Clinton doit sa réussite et sa popularité toujours grandissante aux idées qui lui viennent du redoutable philosophe américain Michael Walzer. Les années Reagan se sont nourries des thèses Walrassiennes de l’économiste Milton Friedman. Même les papes les plus insignes ont eu des maitres et les politiciens d’aujourd’hui poussent la fatuité  jusqu’à refuser des maitres, sous prétexte de démocratie et d’égalitarisme. Tout le monde connait l’approche thomiste d’un Benoît XVI qui lui vient certainement de l’étude fréquente de Saint Thomas l’un des plus grands philosophe chrétiens avec Saint-Anselme et certainement Saint-Augustin.

Il est difficile aujourd’hui d’attribuer un qualificatif à un politicien. Ils  sont inqualifiables, inclassables et cela ne fait pas d’eux des iconoclastes de la politique.  Ils sont incolores, inodores, insipides. Des qualités qui ne sont bonnes que pour l’eau, source de vie. Qui les a influencés ? Personne ne sait. Les influences claudéliennes et la lecture fréquente du Père Pierre Teilhard de Chardin par Léopold Sédar Senghor sont connues. L’économiste François Perroux et les grands humanistes musulmans entre le IX et XIIIème siècle musulman ont forgé  le président Mamadou Dia…   

Il est vrai que la tradition des précepteurs est consubstantielle à l’esprit aristocratique et comme les hommes n’aiment plus la grandeur et la noblesse ils se targuent tous d’efforts personnels. « Je me suis fais tout seul » entend-on souvent dire. Rien de plus faux. Les self-made-men n’existent pas, c’est une création factice qui nous vient de l’ultra-individualisme anglo-saxon. Personne ne peut se faire tout seul. C’est juste une manière de créer de faux héros qui n’ont jamais renoncé à quoi que ce soit. Ils sont juste chanceux et maitrisent les secrets de la fabrication de la réussite sociale.

Lorsque la politique a cessé d’être une activité de culture liée à la civilisation le débat est devenu de faible intensité, les hommes politiques au Sénégal,  en France aux États-Unis, parlent comme des présidents d’Association ou de futurs premiers ministres. Ils sont incapables de décliner des options philosophiques à caractère moral sur de grandes questions liées à la vie en commun. Un pays africain du nord a convié Emmanuel Todd et son équipe de venir se pencher sur la démographie, parce que le taux de natalité baissait de façon inexplicable. Lorsque les questions liées à vie, à la fin de vie, à notre être avec les autres peuples ne nourrissent pas le débat politique, le volume devient faible et influence par « ricochet » les autres sphères d’idées. Mais qu’ils sont nuls comme leurs pattes et ennuyeux à mourir certains de nos artistes, avocats, journalistes, étudiants et syndicalistes qui prétendant convertir les politiciens qu’ils jugent corrompus. Aucun d’entre eux ne peut débattre avec Abdoulaye Wade,  Jean Paul Dias, Me Doudou Ndoye ou Mamadou Lamine Loum. Mais se mesurer à la médiocrité n’est pas une ambition. Il est loin la période où le journaliste Daouda Ndiaye faisait parler sur un même sujet Tidiane Sylla ministre du tourisme, les professeurs Babacar Kanté, Hamady Aly Dieng et Mouhamadou Moustapha Kane.

Alors dans ce contexte d’anti-intellectualisme des partis politiques, quel est le travail des Diène Farba Sarr, Luc Sarr ou El Hadji Kassé à l’APR, Hamidou Dia près du président Macky Sall, et Pierre Sané au PS ; que font-ils réellement ?  (Une affaire à suivre)

Khalifa Touré

mardi 21 février 2017

JULES BOCANDE, UN MODÈLE DE PATRIOTISME POUR NOS FOOTBALLEURS!












« C’est lorsqu’il est abattu qu’on mesure mieux la grandeur d’un arbre.» Carl Sandburg


S’il existe une leçon à tirer de la courte vie  du footballeur Sénégalais Jules François Bocandé, c’est bien  le sens du patriotisme. S’il y avait suffisamment de Bocandé parmi les hommes politiques qui ont la charge des affaires publiques dans nos pays, il y aurait probablement un début de changement. On peut tout reprocher à Jules Bocandé sauf un défaut de patriotisme. Combien de fois a-t-il sacrifié  sa personne et sa carrière de footballeur professionnel pour répondre à l’appel des couleurs nationales ? Suspendu à vie de l’équipe nationale il n’a pas hésité à revêtir fièrement le maillot national après avoir été amnistié.

 Depuis lors Bocandé n’a eu de cesse de démontrer hardiment un patriotisme débordant à maintes occasions. N’a-t-il pas hésité à injurier délibérément un arbitre de football en France pour écoper d’un carton rouge, histoire de pouvoir se libérer et venir jouer en équipe nationale ? Bocandé n’a jamais boudé l’équipe nationale, même si l’occasion lui en a été offerte à plusieurs reprises par des dirigeants qui se défaussaient sur lui en plus d’un public trop exigeant.
 Après le fameux Caire 86 qui s’est soldé par une élimination prématurée de l’équipe nationale par la Côte-d’Ivoire des Youssouf Fofana et Abdoulaye Traoré, Bocandé a été lâchement livré à la vindicte populaire qui l’accusait d’avoir manqué de sérieux et de concentration en faisant une virée nocturne avec la diva « zaïroise » Tchyala Mwana. Tout cela était absolument faux comme en témoigne l’adjoint du coach de l’époque, l’illustre Yérim Diagne. Les paparazzis l’avaient confondu avec  un autre footballeur Sénégalais qui sortait d’une boite de nuit aux bras d’une femme. Ce jeune footballeur dont le profil ressemblait à celui de Bocandé était en dreadlocks comme lui. Mais le mal était déjà fait.

 Bocandé avait un tempérament fort mais il était loin d’être fantasque. En 1986, au moment où le fameux débat se déroulait à la télévision nationale après la débâcle du Caire, il n’a pas hésité à appeler de la France pour rétablir la vérité, à sa manière, en traitant de « menteurs » tous ceux qui  voulaient lui faire porter le chapeau. Bocandé était une forte tête qui n’aimait pas qu’on lui marche sur les pieds.  Après un match de coupe de France très tendu livré contre le TFC (Toulouse Football Club), le brutal défenseur argentin Tarantini  l’a cogné au visage tellement notre Bocandé national lui a donné du fil à retordre sur le terrain. Et Bocandé de poursuivre le coquin jusque dans les vestiaires pour le corriger.  Malgré tout Bocandé était un cœur tendre qui pleurait facilement. Un homme sensible qui versait des larmes lorsqu’il avait du chagrin comme au Caire lorsqu’on l’a accusé d’avoir fait perdre l’équipe, ou dans les grands moments de joie comme la qualification de l’équipe nationale en coupe du monde. Bocandé était un passionné, un passionné des couleurs nationales. Mais le paradoxe est que le monde ne comprend pas les hommes passionnés. Toutes les erreurs qu’il a dû commettre lui viennent de sa passion mordante. La passion est une énergie positive, contrairement à l’idée rependue. « RIEN DE GRAND NE S’EST FAIT SANS PASSION. »
Son courage physique et sa capacité à faire face  se sont révélé à maintes occasions. En 1988 avant le dernier match de qualification pour la coupe d’Afrique qui opposait le Sénégal au Zaïre des Kabongo Ngoy, Ngalula Bwana et Muntubilé Santos, le grand défenseur Roger Mendy lui a conseillé de ne pas tirer de penalty au cas échéant. Mais au cours du match Bocandé n’a pas résisté à la tentation ; il a tiré et raté son coup comme deux ans auparavant au Caire en match de poule contre la Côte-d’Ivoire. Il n’a jamais eu peur de prendre ses responsabilités. Bocandé était un personnage, un vrai, sur le terrain comme dans la vie ; un personnage au sens théâtral du mot.  Son charme inégalé sur le terrain avec ses dreadlocks volant au vent ont fait chaviré toute une génération d’aficionados du ballon rond. Bocandé est sans conteste l’un des meilleurs « joueurs de la tête » de tous les temps aux coté des allemands Horst Hrubesch et Uli Hoenes. Il avait une tête d’or. Meilleur jeune footballeur Sénégalais, Jules Bocandé s’est bonifié au fil des années en devenant finalement un buteur futé et même un technicien très fin malgré sa puissance physique.
 L’importance d’un homme se juge à l’aune de son influence. Jules Bocandé est le modèle d’une bonne génération de footballeurs africains par ses qualités athlétiques  et son intelligence face aux buts. En effet Bocandé est un buteur hors pair de la lignée de ses ainés africains  comme le Camerounais Roger Milla, l’Ivoirien Laurent Pokou et le Congolais Ndaye Mulamba. Par sa longévité en équipe nationale (Quatorze ans) Bocandé a fait rêver deux générations de Sénégalais.  Tous ceux qui sont de cette génération des années 80 se souviennent de son duel à distance avec l’élégant Dominique Rocheteau pour décrocher le titre de meilleur buteur du championnat français. Finalement Bocandé a tenu la dragée haute au footballeur français à la longue tignasse en marquant vingt cinq buts sous les couleurs de Metz. L’on ne peut évoquer ce titre de meilleur buteur sans citer le nom de son coéquipier Carmelo Micciche qui lui a offert l’essentiel de ses balles de but par un débordement à droite suivi d’un long centre bien placé sur la tête où un centre en retrait. 

Bocandé avait l’esprit d’un chef, un vrai meneur d’hommes. Il fallait être Bocandé pour mener cette pléiade de footballeurs d’exception à Caire 86 que sont le véloce et exceptionnel gardien de but Cheikh Seck dont le talent rappelle celui du légendaire Mansour Wade, le très talentueux Roger Mendy qui est sans nul doute le plus grand libéro que l’Afrique ait connu, le très calme et non moins stoppeur Racine Kane, le  génial Oumar Gueye Sène (l’un des meilleurs footballeurs que le Sénégal ait connu), la classe exceptionnelle de Boubacar Sarr Locotte, le très adroit Amadou Diop «  Boy Bandit », le très rapide et intelligent Thierno Youm, sans oublier Pape Fall, Joseph Marie Koto, Amadou Diop « Quenum »,Karim Seye, Mamadou Teuw, Lamine N’diaye et bien d’autres.

 Bocandé restera l’homme qui nous a sorti des ténèbres d’une longue absence en coupe d’Afrique, d’Asmara 1968 au Caire en 1986. En marquant les trois buts en match retour contre le Zimbabwe, il entra définitivement dans la légende. Pendant deux générations, on parlait toujours de Sénégal-Zimbabwe.  

KHALIFA TOURE
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