vendredi 15 mars 2019

Oraison funèbre à Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum





Ô grand esprit magnifique ! Es-tu celui qui était là lorsque rien n’était… Sauf la face Sublime de l’Etre Suprême.
Ton odyssée à travers les corps, les âges, les époques, les climats et les saisons nous reste inconnue aujourd’hui tombée dans les abysses de l’insondable Mystère. L’Homme cet inconnu ! Tu es encore parti pour toujours noyé dans la totalité de l’humanité ultime. Comme le général à la crosse d’ivoire Patton  le preux chevalier tombé après la guerre, l’âme ne soutenant plus la vie monotone de cette paix factice :
A travers l’enfantement des siècles
Au milieu des pompes
Et des vicissitudes de la guerre
Je me suis battu
J’ai lutté désespérément
Et mon sang a coulé des milliers de fois sous les étoiles
Comme tout au long d’une route éternelle
De voir cette lutte immémoriale.
J’ai combattu sous bien des noms
Sous bien des costumes.
Mais c’était toujours moi. »

Enfin pour toi mais hélas pour nous ! Reviendras-tu imparfait, insatiable et soucieux, sous d’autres formes ? A l’orée du Sahel, dans cette ambiance crépusculaire, l’esprit fatigué par les allées et retours incessants s’est enfin libéré des velléités de la corporéité. Libre enfin de toute attraction, dansant allégrement, trépignant vigoureusement, gambadant à souhait, bondissant à jamais et chantant gaiement le Nom Inconnu. Cent vingt neuf mots (129) de l’Attribut de la Subtilité ( Ya Latif) pour dire notre tétanisation devant l’événement comme Mansour Halladj l’incompris devant la Kaaba, pendant longtemps. A l’image de Samy Davis Junior le génial nègre danseur que tu as chanté en l’un de tes poèmes mystiques lui intimant l’ordre de claquer les talons en l’honneur des houris femmes du Paradis.

Qui se souvient de  cet inconnu, Apôtre magnifique de Jésus fils de Marie ? Disparu pour de bon, ô esprit divin tu as tenu l’outre pleine d’eau auprès de l’homme qui a marché sur l’eau par la volonté du Nom Suprême. Tu étais là bien avant les siècles derniers  comme Souheyl Abdoulahi Toustéri qui dit se souvenir de Yawma Alastou le grand jour où toutes les âmes ont acquiescé. Ta fascination pour Issa Ibn Mariam, le Souffle de Dieu, a valu à Aldo Moro prince-martyr d’Italie le secours possible du prophète Muhammad Le Paraclet, Paix Bénédiction et Salut à son âme pure.

Ô grand esprit ! Pourquoi tant de tourbillon de la pensée ? La déroute des faibles d’esprit t’a valu bien des reproches. Le coq à l’âne des sottes gens parmi les hommes est une symétrie du langage mystique dans ton vocabulaire qui défie la pesanteur pour entrer dans l’abstraction. Tu as défié l’intelligibilité de façade par la Mahrifa, la métaphysique et la cinquième dimension. Sorti de l’ombre de la retraite et de l’incubation mystique tu nous libéré du Nassoute entrainé, exercé, accoutumé au Lahout, au Djabarout, au Malakout et même au Haahout. Ceux qui doutent de la science de Barhama, Abdessalam Yassine, Djeylani et Tidiany seront privés de Mahrouf Keurhi l’ancien.  Par toi nous sommes habitués à l’au-delà, le côté caché des choses,  l’esprit universel mais surtout le ZIKR cette voix de l’univers.  Quelle est cette voix inaudible qui susurre à notre oreille la gravité des choses  et des êtres ?  Quelle est cette voix qui nous dit qu’elle est la voix d’une autre voie plus haute que la voix d’Oumm Kalthoum ? C’est le ZiKR. Il ya autant de voies que de pèlerins.

Ô grand esprit tu as parlé à travers Siisa le fils d’Adam, Idriss Enoch Eukhnoukh Kheunoukh le céleste homme aux noms multiples, Ouzeyr le sauveur de la Thora, Socrate le monothéiste, Bouddha le Sage, Platon le détenteur du Nom Caché, Galileo Galilei le vertigineux, Hegel le phénomène de l’Esprit, Nietzche le parfait inconnu qui cherchait, Ibn Arabi le réceptacle des mystères , Jalal Ad Din Rumi le mystique atomiste, Léonard Da Vinci le rêveur du grand œuvre, Saint-Augustin la voix du ciel, Fiodor Dostoïevski le mystique en transe , Victor Hugo le fantastique sondeur de l’âme, Shakespeare la parole mise en scène et… Al Maktoum le Cacheté.

La politique t’a valu cette étrange après-midi ô toi esprit policé dès l’origine que nul polissage profane ne peut atteindre. A l’heure des oraisons mystiques, ta poignée de sable aux grains à la puissance de l’atome voulut exploser sur les ennemis de la Solidarité Sénégalaise envoyés par un poète désemparé qui hante un palais improbable. C’est connu ! le secret de la fission de l’atome est révélé dans le laboratoire des mystères depuis Rumi au 13eme siècle. Alhamdou lillAh Dieu Soit loué, finalement la volonté n’a pas voulu.  Ah ! la volonté, ce feux étrange qui consume jusqu’à l’extinction entre les mains du père Aboul Hassan Shazaly le Maitre du maitre de Boussayri le chantre de Muhammad qui ta valu Fa ileyka Yaabna Mouhammadine Naadaanii.

Tu as parlé, parlé, parlé jusqu’à l’extinction de la voix dans la parole elle-même. C’est alors que la parole s’est faite homme, assise sur le promontoire de la vie, jetant un regard crépusculaire vers l’horizon infini, le bras levé comme un orant nous désignant le monde  des formes éternelles. Dans notre illumination nous n’avons vu que le doigt au lieu de la lune de la Vérité. Habitués aux noms, aux déterminants et aux qualificatifs nous avons oublié que le soufisme est une essence sans nom. Ne sont grands parmi les poètes que les esprits qui possèdent une parole haute qui se moque du firmament bravant les lignes de la vie.  Qui l’eut cru Serigne Cheikh Tidiane Sy ambassadeur présentant lettres de créances un lionceau en laisse ? Jamais homme n’a vu une métaphore aussi rugissante sur les bords fertiles du Nil, un lion tenant un lion devant le lion de la Nation arabe. L’esprit omniprésent était là surveillant la mise en scène qui échappa alors au monde profane par une opération du Saint esprit. Il  parti se loger dans les mystères véridiques anciens à l’ombre des corps  momifiés de Narmer, Touthmôsis et Toutankhamon.  Ô ! grand esprit tu nous as appris l’étonnement de l’âme devant ce corps qui refuse de pourrir dans la décomposition  refusant la poussière. C’est alors que le corps de l’homme éternua dans le tombeau recevant le ZiKR, le rappel du néant originel, brusquement il se décomposa provoquant la tranquillité, un ouf de soulagement dans l’âme. Ce fut ta manière terrifiante de parler de la mort.

 Pendant 13 longues années de retraite que de fantasmes développés à ton sujet démentis par une sortie souventes fois annoncée par de courtes missives à la tonalité nietzschéenne : « Un homme d’honneur doit toujours refuser d’être réveillé par un clairon ».  Finalement le souverain longiligne et haineux toute jalousie bue, recula après la terreur socialiste.  Ah ! le conflit, l’effroyable confrontation ! Révélée à nous par l’oniromancie de Joseph Fils de Jacob il s’en est fallu de peu que le PARC A MAZOUT devienne le 16 Février lorsqu’un « quidam » appela à la marche selon la version d’un futur souverain au crâne tondu.  Puis ce fut la salle de l’Unité Africaine où l’Unicité de Dieu se déploya  jusqu’au Pont Faidherbe entre les eaux salées et l’eau douce de Saint-Louis le pieux souverain. Le fils de Shamharouss était là salué par ta générosité.  Alors ce fut à Tivaouane d’accueillir l’esprit héliporté provoquant des scènes regrettables pour toi le disciple de l’inconnu Maodo ton seul Maitre que le grand Babacar Sy t’a offert.  

 Et puis ensuite vinrent les cinq années de retraite califale. Serigne Cheikh ou le califat mode d’emploi. Mode de vie, le vicariat fut toujours là présent depuis Adam, depuis David depuis Abou Bakr le véridique compagnon: Inni Djahiloune Fil ardi Khalifa. La mort, l’au-delà du bas monde, la métaphysique, les seuls thèmes depuis que l’esprit est sorti. Personne n’y a prêté attention ! Ton évocation de la Sierra-Léone, de Mobutu Sese Seko kuku Ngbendu Waza Banga  et sa probable mosquée et les « Afaarid » qui sont les Djinns les plus maléfiques, ont maintenu dans l’effroi plus d’un initié. Mais certains parmi eux connaissent les liens avec le Sénégal de Bour Sine Koumba Ndoffene. Ils vivent longtemps dans le mal, migrant de lieux en lieux, de souverains en souverains, d’époques en époques ces créatures immondes. L’esprit nous a averti ! Jusque dans la mort il n’a cessé de nous étonner. Il a choisi de reposer en ce lieu jadis stigmatisé par les croyances ancestrales du Cayor. Stupéfait par l’événement aucun Tivaouanois n’y a prêté oreille. La leçon est dite, le Maitre a parlé !

 Trois cent cinquante mille ans auront suffit à l’homme-esprit de s’éteindre définitivement  dans l’être ultime. Reposes en Paix Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum! Que ton âme vogue gaiement dans l’immensité profonde en compagnie des prophètes, des saints, des véridiques et des martyrs !

Khalifa Touré/Critique littéraire

mercredi 6 mars 2019

« Les marrons du feu » de Samba N’diaye le Saint-louisien



Tirer les marrons du feu, il n’y a certainement pas geste plus généreux que  braver Vulcain pour offrir au monde des mots incandescents, des jeux de mots, des images fugaces mais surtout de puissants sentiments exprimés par un poète de la langue et du mot juste sans être précieux. 

Samba Ndiaye est délicieux, agréable et  malicieux par moments, d’où « Les marrons glacés » publiés en 2013  à l’Harmattan Sénégal qui ont connus un franc succès critique dans les milieux littéraires au Sénégal et font  découvrir un poète inspiré par la spiritualité.  Avec « Les marrons du feu » Samba Ndiaye se révèle comme un poète du paradoxe en nous offrant une poésie gustative avec des évocations délicieuses de la gastronomie. C’est comme s’il nous faisait voir que l’on ne peut cuisiner sans risques. Le processus créatif est certainement un mouvement de l’âme mais aussi et surtout une œuvre parsemée de maints écueils et de dangers multiples. Nous sommes dès l’entame léchés et parfois fouettés par les flammes secrètes de la création : «  le feu qui flingue épingle au poteau, le feu qui lèche blesse la forêt, le feu qui gifle siffle au chalumeau… » chante le poète dans « Feu Satan », qui est l’envers du décor, le pendant négatif du poème précédent « Feu Saint »  c’est le lieu où  la spiritualité pour ne pas dire la divinité de l’œuvre créatrice s’exprime dans toute sa chaleur.
Samba Ndiaye est donc le poète du contraste qui s’exprime d’abord par l’antériorité des « Marrons glacés » avant « Les marrons du feu » mais il cherche la totalité et la perfection en présentant le monde à l’endroit et à l’envers sans aucune forme de retenue. Le poète saint-louisien ne fait pas les choses à moitié, il veut tout donner, tout montrer dans un accès de générosité qui offre une esthétique particulière où il tente vainement te tenir les brides de la création poétique.  Dans « Les marrons du feu » les ellipses et les mots-phrases n’empêchent pas la « gourmandise » du poète qui nous offre un  recueil fait de « Mise en bouche, Hors d’œuvre, Résistance et Dessert ». Cette forme de décomposition nous donne une structure particulière qui nous renseigne en même temps  sur le type de poète qu’est Samba Ndiaye. La partition « alimentaire » du recueil dénote une sensualité, une envie de mordre la vie à pleines dents qui semble contredire la spiritualité des « marrons du feu. » Mais ce n’est qu’apparence, chez le poète la sainteté n’exclut pas les velléités du corps . La poésie c’est aussi de la nourriture terrestre ; « Copulation » l’avant-dernier poème du recueil est d’une audace érotique ! C’est la poésie du rapprochement des corps : «  Ton front mon front, mes yeux tes yeux, mon nez ton nez, nos bouches ne font plus qu’une… ». C’est quand l’amour est jeu de miroir.  
Le poète saint-louisien, sans chercher des raccourcis dans l’expression poétique, réussit une sorte d’économie du langage en donnant à la forme du recueil et la disposition des poèmes une présentation qui fait sens et donne au lecteur une « idée » de la signification. La poésie n’est pas verbiage ! Le poème onomatopéique « Pan Rampant » est une illustration frappante de ce qu’un poème peut se transformer en une série de « sons » qui, rien qu’à l’audition, nous plonge dans l’univers de la signification. La poésie quoi qu’on en dise est faite pour toucher mais aussi pour comprendre. Aucune poésie n’est au-dessus du langage fut il celui des dieux.  Samba Ndiaye ne cherche pas dans les « Marrons du feu » l’insensé, l’absurde ou l’impensé. Même si le statut du réel est toujours provisoire en poésie, le poète saint-louisien parle à l’humanité dans un langage qu’il comprend sans être banal ou quotidien. Le souci du mot juste chez le professeur de français n’empêche pas la puissance de l’inspiration. Samba Ndiaye dans « Les marrons du feu » s’éloigne de l’académisme scolaire, sans le vouloir certainement ! Il ne montre pas, n’affiche pas, il dit et c’est tout.  Il a très vite compris que la poésie c’est le dire. « Mots de voleurs » et «  Jeu de vers » sont  l’Art poétique de Samba Ndiaye où il exprime non pas des convictions littéraires dogmatiques mais  simplement nous montre la direction du vers poétique : «  Cesse ce vers sans délai et verse-moi un verset divin, le plus beau vers est ailé et n’est légué qu’aux zélés.. » Comme chez tous les grands artistes il y a une obsession de l’envol vers les hauteurs où le feu de la création est attisé par l’air. La poétique de Samba Ndiaye est une esthétique de l’éternité : «  Le vers n’est verre que sculpté dur, sur du vrai marbre vert jasmin ».  Il nous offre une poésie de mots sans verbiage avec peu de verbes qui évite la démonstration philosophique et aboutit à ce que l’on peut appeler une substantivation du vers poétique, des mots, rien que des mots pour dire la poésie qui est un objet à-venir : « des mots à dérober aux silences des planètes. » Pour être poétique le mot  n’a pas forcément besoin de déterminant semble nous dire le poète dans Aimer Patrie : « aimer patrie…lever couleur la main au cœur, hisser drapeau dressé debout, écouter hymne fier ému », tel est l’audace poétique qui ne vaut que par la sincérité, le poète joue sa peau.
Dans tout recueil il y a « hélas »  quelques poèmes dont on ne peut pas dire qu’ils sont les meilleurs mais sont les plus emblématiques et dans « Les marrons du feu » le pic poétique est atteint avec « Pluie de Nuit » qui est d’une simplicité, d’une beauté et d’une grande immédiateté, «  Talisman » où les obsessions et les démons apparaissent mais dans un rare dépouillement stylistique fait de négations multiples : « Inépuisables, insaisissables, invisibles, imprenables, incandescents, les fils d’Ariane du talisman.»  « Traître vaudou » choit en mots magiques et bien dits : «  la mèche vendue, le maître a vomi  son vaudou dans la mare à boue la peuplant de chats gris qui la nuit miaulent des amours écorchées de griffures ». Dans « Elle du désert » quand le Maghreb s’incruste dans l’âme du poète, la poésie n’est mystérieuse et jubilatoire que lorsqu’elle est sensuelle. « Squelette » est un poème formidable c’est-à-dire effrayant, l’un des sommets du recueil, tout comme «  Nids remparts.» Autant de moments poétiques où Samba Ndiaye parle en faisant dérober les mots, devant la vie, la mort, l’amour et la foi.
Khalifa Touré
Critique littéraire
sidimohamedkhalifa72@gmail.com





                                                  

mercredi 13 février 2019

« Guy » la performance cinématographique d’Alex Lutz







« Guy » est à coup sûr le film de performance et du jeu d’acteur de l’année 2018-2019, bien devant « A star is born »  « the assassination of Johnny Versace » et « Bohemian Rhapsody » qui ne sont pas mal malgré l’interprétation mitigée de  Lady Gaga dans le premier film. Nous reviendrons spécialement sur « Bohemian Rhapsody » le film le plus agréable et le plus triste de l’année et la performance de Rami Malek.
Mais « Guy » est d’un tel paradoxe français pour ne pas dire latin qu’il est à souligner, une fois n’est pas coutume, puisque les films portés par les performances d’acteurs qui se transforment pour faire le jeu du personnage, au propre comme au figuré, sont traditionnellement de culture anglo-saxonne, et les États-Unis se  sont faits la spécialité d’offrir l’Oscar du meilleur acteur ou de la meilleure actrice aux interprètes qui se transforment physiquement. Des performances « hallucinantes » dit-on souvent pour choisir un qualificatif devenu commun mais souvent vrai. Pourtant dans le passé récent des acteurs à silhouette, chose rare, comme Gérard Depardieu et Michel Bouquet, nous ont offert des performances absolument géniales et hallucinantes. Il s’agit du très costumé chef-d’œuvre « Cyrano de Bergerac » et du film millimétré de Robert Guédiguian « Le promeneur du champ de Mars ». Mais l’expression artistique des pays latins et leurs interprètes et autres critiques restent dirigés par la figure d’Apollon, le culte de la mesure.
Cependant chez les anglo-saxons la démesure reste l’étalon le plus puissant de l’art. Peut-être que les influences de l’actors studio et des théories de Constantin Stanislavski ont fabriqué la centralité du jeu d’acteur dans le pays de Marlon Brando qui est le génial produit de cette école.
Pourtant « Guy », œuvre cinématographique  d’Alex Lutz est un film juste mais surtout vrai, une grande performance d’acteur interprétée par Alex lui-même qui tente de retracer la vie du chanteur de variété des années 60 Guy Jamet, un film drôle, dramatique par moments, caustique quelques fois et porté par les mots, les propos, les textes, les chants et la manière d’être de Guy Jamet qui à travers Alex qui a été vieilli en homme de 70 ans, est tout simplement  stupéfiant de vérité et de sincérité. Un film est bon quand il  est juste et vrai, lorsqu’il ne ment pas. Guy Jamet n’aimait pas Claude François, il avoue sa jalousie pour Cloclo dont la voix nasillarde ne lui plaisait pas. Pourtant la voix de Guy si l’on écoute bien, se situe entre Claude François et Michel Sardou. Mais ce qui plait surtout dans cette performance est l’apparition d’un personnage artistique qui aurait pu être désagréable, grincheux, cassant et insupportable, mais Alex réussit à faire ressortir une complexité psychologique qui nous offre finalement un personnage rebelle, indiscipliné, drôle, qui fait sourire sans faire rire aux éclats et se moque de la vie. Les jouisseurs se moquent de la vie ! Les colères du personnage contre la vie telle que les bien-pensants la voient sont mémorables. En générale les meilleures colères au cinéma sont faites de cris et  souvent appuyées par le drame de la situation. Mais la douce colère de Guy suite à la remarque du documentariste sur son passage chez Michel Drucker est l’un des sommets du film : «  … caricature comme tu dis c’est peut-être ce que je suis » s’adresse-t-il au jeune qui fait le film. Cette « tirade » colérique est un violent coup de pied à la société moderne française, comme quoi parfois il vaut mieux ne pas dire les choses, parce qu’il n’y a pas d’espace pour cela. Drucker n’est pas « l’espace » pour ces choses-là, les choses tranchantes et trop sérieuses seraient fausses: « Mais qu’est-ce que tu veux que je dise chez Drucker à la fin ? Je vais faire quoi moi je vais faire voter une loi à l’assemblée nationale chez Drucker, moi Guy Jamet, avec mes chansons qui s’appellent tendresse, « caresse ? » ; une réplique suffisante et intelligente aux partisans de la soi-disant « vérité partout » sans tenir compte de la complexité. Finalement il faut savoir écouter et laisser les principaux concernés parler.
Guy, un film politique ? Oui et non. Ce qui est sûr est que cette colère de Guy Jamet est purement apolitique, une forme d’impuissance politique qui pose de façon philosophique le problème de l’exposition du débat politique et sociétal dans l’espace médiatique, c’est l’une des limites de la modernité et de la démocratie. Guy Jamet est un anarchiste propre, en chemise blanche, qui monte sur un cheval blanc et qui manque de se tuer après une chute à la veille d’une tournée artistique. C’est un homme qui s’en fout !
Guy Jamet se moque de tout sans être impoli, c’est un homme extrêmement raffiné sans être snob, sa langue qui fait traîner les mots et ses yeux souvent torves sont au service d’une gouaille, d’un humour et d’une autodérision qui a permis au réalisateur Alex Lux de créer une sorte de distanciation ironique permettant de rendre digeste des propos et des situations parfois désagréables. Alex Lutz a réussi à envelopper son film d’un léger mais large drap fait d’humour et d’esprit. Un personnage principal, le seul d’ailleurs, qui ne se prend pas au sérieux. Il y a des désinvoltures qui sont feintes et fausses, on ne le sent à aucun moment dans le film. Le genre documentaire choisi par Alex s’y prête largement. Autant de bonnes raisons d’aller regarder « Guy » au Cinéma.

Khalifa Touré




mercredi 23 janvier 2019

Agressions urbaines au vu et au su de tout le monde !





Après un match de lutte des jeunes filles agressées au vu et au su de tout le monde, molestées par un groupe de jeunes garçons comme des molosses en mal d’éducation, agrippées aux inutiles téléphones portables, cellulaires des temps modernes qui ont quand même servi à filmer ces scènes presque cocasses pour nos regards émoussés qui ont vu tant de choses anormales jusqu’à la banalisation. Ils sont de retour les agresseurs. 
Dans « Mort un après-midi » l’écrivain Ernest Hemingway décrit la situation psychologique très particulière de cet homme pris dans une situation gênante de devoir regarder un enfant traverser les rails au moment où le train filait à vive allure. Faut-il regarder ou non ? Telle est la question. Ce n’est pas seulement notre sens moral qui est ici convoqué mais notre humanité c’est-à-dire nos réflexes d’adhésion ou de rejet mais surtout notre faiblesse à laisser faire, à regarder. Il n’est pas interdit de voir, mais à force de regarder les plus abjects des gestes délictueux vont se transformer un jour en crime. Voilà qui est dit ! Ce n’est plus du « Pickpocket » comme dans le film du génial Robert Bresson, mais nous sommes presque dans le racket à la manière de ces affranchis romancés par les films de Martin Scorsese. 
    
Ces agressions juvéniles dans la rue sont presque un prolongement des jeux dangereux auxquels s’adonnent les jeunes ados. Le problème est que les enfants ne jouent plus, ils ne dansent plus, ils ne chantent plus, c’est pathologique.  Très vite ils font comme les grandes personnes, autrement dit,  ils agissent en pensant faire comme  les vieilles  personnes, une manière pour eux de crâner bêtement. Les jeunes ne font qu’interpréter, et leur herméneutique morale est biaisée par l’immaturité.

Ils font ça aux jeunes filles insouciantes de la rue, qui restent au mauvais endroit comme ils le font avec les autres, leur mère, leur sœur, leur copine… La ligne rouge est déjà franchie, ces agressions sont incestueuses.  La force est naturelle mais la violence qui se transforme en voie de fait est inadmissible. Il faut savoir se défendre dans la rue ! Voilà le mot de trop qui est lâché, cynisme utilitaire qui assure l’équilibre de la terreur. Mais le problème est que les agresseurs et les victimes ne sont pas de la rue, ils n’ont rien à voir avec ces marginaux qui sont dans la rue et qui n’ont rien à voir avec les actes crapuleux. Ces groupes de morveux qui « chipent » les affaires des filles et s’excitent de leurs cris et piaillements aigus auraient pu faire autre chose dans une sombre ruelle ! Il faut faire gaffe. Le crime sexuel n’est pas loin. Il faut endiguer les vagues avant qu’il ne soit trop tard.  De toutes les façons comme des villes vont disparaître par l’érosion, des cultures, des peuples, des Etats aussi, par l’insouciance et surtout par la corrosion morale. C’est lorsqu’il y a défaillance de vue à force de regarder le spectacle de la vie que les pauvres gens se rendent compte du mal. Il y a véritablement quelque chose de malsain  dans cette affaire-là. Nous sommes déjà atteints par les excès du spectacle, notre regard sera ébloui par la lumière aveuglante de la vérité de la vie. La vie n’est pas méchante, c’est nous qui sommes méchants à force de laisser faire.

Il faut secourir ces jeunes impolis sans éducation à qui les promoteurs de sensations fortes peu scrupuleux offrent des plateaux d’expression de la violence gratuite. Violence pour violence, quant aux lutteurs, ils y gagnent quelque chose, beaucoup même et la page est tournée  même pour ceux qui passent de vie à trépas, tués par l’émotion ou la bêtise.

 Il est étonnant de constater qu’il n’existe plus de brigands mais plutôt des voyous et des bandits et…ceux qu’ont désignent aujourd’hui comme « agresseurs » habituels ou occasionnels. C’est normal, les brigandages, les rapines et la prédation sont passés à la grande économie chez les brigands à col blanc qui alimentent le « Produit Criminel Brut » selon le mot du juge Jean de Maillard. Les brigands ne sont plus ces voleurs romancés qui sortent brusquement des grottes et qui enrichissent la littérature classique mais ils sont devant nous et agissent « au vu et au su de tout le monde » comme les  dangereux jeunes insouciants de la société d’en bas. Ils sont l’envers et l’endroit de la même pièce. La société humaine est une grande famille.

Khalifa Touré


vendredi 11 janvier 2019

Le dur métier de scandale public






C'est le lot des grands meneurs d'hommes, les bergers inspirés, les anciens leaders, c'est le métier par excellence des prophètes, un métier dangereux, beaucoup sont morts parmi les prophètes d'Israël assassinés par des âmes égarées et organisées qui habitent le corps des clergés de tout genre.
Que ceux qui sont prêts à mourir s'approchent, le mont Golgotha n'est pas loin. Cette après-midi-là il s'est passé "une vérité" qui défie les faits aujourd’hui racontés. Les hommes ont oublié que le plus grand scandale est la proclamation de l'Unicité de Dieu, le monisme existentiel pour les initiés. Tous les révolutionnaires et autres anarchistes, libéraux ou démocrates sont des enfants de chœur, ils n'arrivent pas à la cheville des prophètes, confrontés à leur égo, leurs héritiers sont devenus des fous désemparés.
Aujourd'hui les meilleurs scandales sont les artistes qui ont proclamé la sacralité du sexe, cette partie dite honteuse, pourtant organe sacré. Ce n'est pas pour rien que le féminin absolu soit éternel. Mais ils sont peu nombreux à l'avoir dit, les autres sont dans la surexposition, la vulgarité. Entre Sigmund Freud et ses " Trois essais sur la théorie sexuelle", Frederich Nietzche son "Par-delà le bien et le mal" , François Villon, Charles Baudelaire et le soft-scandale d'aujourd'hui avec  "Soumission" de Michel Houellebecq, l"Inceste" de Christine Angot, c'est le grand écart. "American Psycho" de Breat Easton Ellis est du pur scandale à l'américaine, une autre échelle. Ce qui choque ici ne dérange pas ailleurs. Quant aux œuvres du Marquis de Sade, elles seraient scandaleuses à toutes les époques, dans tous les espaces parce qu'elles sont philosophiques. "Les prospérités du vice", "Justine ou les malheurs de la vertu", mais surtout "La philosophe dans le boudoir" sont peut-être de l'ordre du mal, au sens philosophique du mot. C'est la face sombre du génie comme celle de Louis Ferdinand Céline. Un génie peut-il être un salaud?
 Il y a scandale et scandale! Les portraits arrondis et tropicaux de Gauguin sont de merveilleux scandales pour les académiciens. Quant au Jazz et ses dérivés, n'a-t-il pas écorché les oreilles des âmes sensibles habituées à la musique tonale des classiques. " Le cahier d'un retour au pays natal" d'Aimé Césaire et "Nations nègres et culture"  de Cheikh Anta Diop sont d'un scandale. N'eut-été la fièvre surréaliste de l'époque, le poète antillais serait plus scandaleux. Le plus délicieux des scandales contemporains est la poétesse et chanteuse française Brigitte Fontaine. Elle est d'une insolence exquise et raffinée. Qu'elle folie assumée! "Le déserteur" de Boris Vian et son collège de Pataphysique ne sont pas loin. Les déhanchements scandaleux d'Elvis Presley ne sont rien derrière les pas de danses asymétriques et incompréhensibles du chanteur sénégalo-gambien Moussa Ngom. Ses reculades sur scène et ses battements d'ailes de canard valent un milliard. Paix à son âme! Son refus du succès est le plus grand scandale.  Le génial Chanteur Souleymane Faye est du même "acabit", son plus grand scandale est la sincérité de sa musique et  sa manière d'être. Il y a quelque chose de plus fort que lui qui l'habite et qui fera de lui peut-être dans "une vie ultérieure", un guide, un meneur.  Finalement le scandale est compliqué, complexe et même étriqué.
C’est ainsi que vont les malheureux ouvriers du scandale public, parmi eux il y a des ingénieux héritiers des mages et des prophètes. D’autres parmi eux ont bu jusqu’à la lie la coupe édulcorée du scandale public. Mais il y a la multitude qui brave les interdits de factice, ils revendiquent la folie, drapés de leur manteau de faux semblants ! Ce sont les faux fuyants de l’Art, au-dessus d’eux il y a les êtres sincères, ceux qui ont choisi d’être vrais, un métier périlleux. Ils sont loin de la mercantilisation de l’art. Ils peuvent gagner de l’argent, peu ou prou, beaucoup d’argent ou peu mais ils sont libérés de l’esclavage des biens matériels. Un métier compliqué et même complexe. Il y en a de toutes sortes, des révolutionnaires, des réactionnaires, des partisans du chômage, des saints, des salauds et même des fripouilles…
Nous avons eu ici sous les tropiques, un Sembène Ousmane écrivain et grand cinéaste, un rebelle, un incompris impertinent jusqu’à la fin qui s’est souvent trompé sur l’homme sénégalais, la société sénégalaise telle qu’elle est, mais c’est « de bonne guerre », le propre des artistes politiques c’est de se tromper, c’est leur mission, ils ne cherchent pas la perfection et leur imperfection subjective fait la beauté et l’intemporalité de leurs œuvres, ils prêtent le flanc à la critique parce qu’ils sont dogmatiques. C’est leur manière de faire œuvre utile. Quant à Djibril Diop Mambéty grand cinéaste africain, l’un des plus grands artistes du XXème siècle, il fit scandale surtout par son regard particulier : comment peut-on faire un cinéma à la fois populaire, symbolique et parfois hermétique. Il l’a réussi ! Comment peut-on être à la fois présent par la vérité et la vraisemblance de ses personnages défigurés et distant par ce discours poétique ? Les  plus grands cinéastes sont des « scandales publics » et parfois privés. Le très réactionnaire Elia Kazan de l’époque du Mc Carthysme, le maniacodépressif Howard Hughes et son gigantisme cinématographique sont  des exemples particuliers. Aujourd’hui le « cinéaste public » le plus scandaleux et le plus « dangereux » reste Lars Von Trier. « Dangereux » est pris ici au sens de «  A dangerous method » du grand cinéaste canadien David Cronenberg, une conception freudienne du danger. Peut-être que Lars cherche-t-il trop le sandale à travers ses déclarations ambiguës ? Pourtant « Anti-christ » et « Melancholia » sont regardables. Un cinéaste comme Clint Eastwood a frôlé le danger avec «  Mystic River » son meilleur film avec « Million Dollar Baby », mais personne n’a trouvé à y redire. Il n’est pas loin de réveiller les bas instincts.  Vincent Gallo, lui, est inqualifiable à la fois comme réalisateur et acteur. Il est formidable au sens latin du mot, c’est à dire fascinant et effrayant.
Quant aux cinéastes Catherine Breillat et Virginie Despentes elles cessent d’être scandaleuses lorsqu’elles ne sont plus publiques. La Censure les empêche d’aller plus loin. Peuvent-elles encore aller plus loin après ce qu’elles ont fait. La fameuse scène de Sharon Stone dans « Basic Instinct » du Hollandais Baz Luhrmann n’est rien devant « le travail » de ces deux vieilles coquines. «  Anatomie de l’enfer » du japonais Nagisha Oshima est le sommet de la luxure, de la concupiscence poétique , c’est le chef-d’œuvre du genre. «  L’amant » de Jean Jacques Annaud, une belle adaptation de « Hiroshima mon amour » de Marguerite Duras, est un scandale intermédiaire entre le film de Oshima et celui de Catherine Breillat.
 Les scandales artistiques sont de toutes sortes et de tous lieux.  Le poète Ibrahima Sall de « La génération spontanée » et des « Mauvaises odeurs » est le véritable scandale de la littérature  sénégalaise. Son scandale n’est pas seulement esthétique (il écrit comme personne et dans tous les genres ou presque), son scandale est  éditorial dans un certain sens, difficile de trouver ses livres et d’obtenir des informations sur l’homme. Il est le « meilleur » écrivain sénégalais en son genre hélas, ce qui est le plus grand scandale du reste. Autre grand scandale et impertinence éditoriale et celle de l’Editeur africain Seydou Nourou Ndiaye des Editions Papyrus qui ne publie sincèrement qu’en langue africaine sauf rare exception ! Un choix « scandaleux » avant que tout le monde se mette à éditer ou publier opportunément par-ci et par là des livres en langues africaines.  Voici la voie royale des grands scandales du XXIème siècle, ceux de la représentation des cultures dans le monde à travers leur mode d’expression linguistique.

Khalifa Touré


jeudi 29 novembre 2018

Nous avons beaucoup avancé pour mieux reculer !



C’est à croire que l’on passe souvent à coté de notre propre ombre, une sorte de dédoublement hallucinatoire qui nous empêche de voir le réel. Est-il possible qu’une schizophrénie collective conduise actuellement le monde ? A cause de notre obsession politique, le réel est devenu précaire. Tout le monde s’est converti à la religion politique.

La politique est devenue le jugement dernier, le critère suprême avec quoi tout le monde passe à la barre de la punition, des imprécations et des injures. Même ceux qui ne sont pas concernés passent à la trappe des invectives venant de jeunes imberbes dans les réseaux sociaux. Seuls les moines sont à l’abri. Un abri provisoire ! De nos jours,  on est politiquement bon ou mauvais. Ce n’est pas du manichéisme c’est de l’inculture qui s’ignore, faite de mauvaises copies, de plagiat et de citations hors contexte, une forme d’imbécilité contemporaine, de faiblesse d’esprit, cette maladie qui est décrite même par les textes sacrés qui, quoi que l’on dise, évitent souvent de pourfendre l’homme malgré « le livre de l’Apocalypse. » Cette politique-là une maladie contemporaine qui par manque de soins s’est enkystée et a détruit aujourd’hui les plus sages parmi nous. La sagesse n’est plus enseignée, du moins transmise par les doctes précepteurs. La crise de l’éducation c’est le problème de la transmission. Il n’ya plus de maitres ni de séances d’initiation. Aucun rituel qui relie les choses à leurs principes. Même pas l’entrée scolaire.

La solution est dans l’indifférence « bouddhique », le quiétisme et l’engagement pour la grève morale à la Franz Fanon loin d’un stoïcisme paresseux et du désengagement spirituel. L’exigence morale et intellectuelle (c’est la même chose) est l’une des clefs du futur. Il y aura une grande impasse sous forme de chaos avant l’ouverture d’une grande porte vers le futur. Chaque ouverture est aussi une fermeture, le mécanisme du fleuve oubli est déjà  passé par-là. Nous pensons être devant toutes choses mais nous sommes encore loin de la technologie qui a bâti le sphinx et les autres mégalithes. Pour les âmes il n’ya pas de début ni de fin, le début étant la fin, le flux est continu. C’est l’âme qui construit les machines par le rêve,  l’intention, les visions et les sentiments, avant que la dextérité d’une main humaine, celle de l’homo-sapiens sapiens ne dessine la machine, d’où les arts et métiers. Les machines et les outils, tout compte fait,  nous renseignent sur le mouvement de notre âme, de la houe à la moissonneuse batteuse, de la « traction avant » aux engins supersoniques. Les grands bâtisseurs sont de grands initiés, ils connaissent Dieu.  La meilleure attitude serait aujourd’hui de chercher comment s’approcher de loin en loin du monde virtuel de la politique qui n’est plus réel.

Comme une peau de chagrin le réel s’est rétréci, ratatiné par nos pieds bots, nos jambes ridicules et claudicantes qui dansent une mauvaise quadrille, une danse du diable, des trépignements de Saint-Guy qui font croire aujourd’hui que nous sommes à la fin, c'est-à-dire à la veille d’une nouvelle ère. Nous sommes dans les derniers soubresauts du chaos qui va prendre encore du temps. C’est peut-être cela l’optimisme réaliste, le temps de l’espérance, le brin d’espoir qui alimente nos réserves de vie. Mais l’espoir n’est pas l’espérance. Le monde est plus vieux que l’on ne pense, nous sommes encore plus vieux que nos jeunes corps ne paraissent. C’est cela le problème de la politique contemporaine. Elle est tellement petite, ridicule devant la « superficie » des âmes qui se rappellent sous forme de réminiscences, devant les milliards d’années d’expériences de vie. La plupart des politiciens sont de vagues promeneurs sur une terre inconnue, parce qu’ils ne connaissent pas les secrets de la vie et de la mort, les lois immuables qui organisent le changement du monde visible à partir « du grand ailleurs ».

Entre l’essentialisme politique aristotélicien et le réalisme d’Anna Arendt, il y  a un couperet, une grande condamnation de tous les héritiers politiques de l’Occident., qu’ils soient génétiques ou coloniaux. C’est comme si les politiciens cultivés sont condamnés dans une attitude incantatoire comme prostrés devant la politique  comme « art de gérer la cité » et la politique comme combat et contradictions. La dialectique de Marx n’a pas pu arbitrer cette affaire-là, le stalinisme ayant tout gâché.  L’histoire ne retient que ce que nous avons fait même si le dire est plus important que les actes.  En cela la dramaturgie Shakespearienne est-elle la solution ? « Soutenir une grande querelle » serait aujourd’hui un combat générationnel de grandes âmes qui viennent du « passé de l’homme» suffisamment expérimentées quelque soit leur âge social. C’est l’expérience de la vie continue qui fait le génie. Le génie est la conscience de la vie continue. Sinon la civilisation terrestre sera dirigée par des insouciants qui feront semblant de nous faire avancer !  


mercredi 14 novembre 2018

Fabien Eboussi Boulaga, quand la mort étreint les philosophes











« Le Muntu est l’homme dans la condition africaine et qui doit s’affirmer en surmontant ce qui conteste son humanité et la met en péril. C’est à lui de faire l’évaluation de sa situation, de ce avec quoi et contre quoi il a à compter pour se faire une place, sa place dans un monde commun, dans le dialogue des lieux en quoi il consiste concrètement. »
   C’est l’auteur de ces paroles, lui,  Eboussi Boulaga le philosophe du Muntu, qui nous a fait aimer la philosophie africaine. A distance son nom  sonnait bizarre et en même temps nous  apprenait à penser et  philosopher par les textes et les extraits. En effet et un jour viendra  quelqu’un écrira « La philosophie par les extraits et les manuels ». Quoi que l’on dise la philosophie est une discipline rigoureuse qui s’apprend par l’exercice et la fréquentation régulière et permanente des textes. Une manière d’entretenir l’amour de la sagesse. Les normaliens précepteurs des classes terminales n’ont pas tort. Ils se sont toujours faits fort de dire aux disciples de s’exercer à frotter leurs jeunes esprits aux rugueux extraits des textes d’Edmund Husserl, Frederich Hegel ou Jacques Derrida.
   Il faut d’abord apprendre à philosopher avec les auteurs réputés difficiles ou hermétiques avant de faire du militantisme intellectuel, chose commune du reste. Le dangereux renversement de la perspective éducationnelle fait qu’aujourd’hui il existe des historiens, des sociologues, des ethnologues, des anthropologues et des critiques littéraires sont en meilleure posture philosophique que bien des « philosophes attitrés ». Voilà une belle manière de mourir en philosophie.
On ne dit jamais aux étudiants que soutenir une thèse présuppose que la thèse elle-même ne tient pas à priori (il n’ya pas d’à-priori en philosophie), il faut la soutenir, la tenir en bas, lui trouver des fondements, des linéaments subtils d’où le questionnement sous forme de problématique. Le problème en philosophie c’est qu’elle n’a jamais raison. Quel paradoxe ! Avoir raison serait ennuyeux pour une « discipline » fondée sur la rationalité. Mais elle sait que la raison n’est qu’une seule lumière parmi d’autres. Avoir raison en philosophie c’est regarder d’un seul œil. C’est le borgne qui indique le chemin en ce cas là. Vous voyez ? Voilà un handicap  quelque soit le brio de la rhétorique. Lorsque la philosophie a cessé d’être amour et sagesse  (ce n’est que cela), elle est devenue un ensemble de techniques devenues le corpus sclérosé en dehors de quoi aucune philosophie ne peut être. La philosophie devient alors un problème de géo-localisation. Où se trouve alors la philosophie ? Existe-t-il une philosophie diffuse dans les sociétés humaines, comme le pense les « ethno-philosophes » autrement désignés par Paulin Hountondji comme  Alexis Kagamé et le révérend père Placide Tempels et même assez loin de nous, Alexis de Tocqueville qui pense que la philosophie est diffuse dans la société américaine? Certainement que non, selon Marcien Towa.
 Nous étions intrigués et admiratifs rien qu’à entendre les noms du triangle philosophique, Fabien Eboussi Boulaga, Paulin Hountondji et Marcien Towa de la bouche pertinente du professeur de philosophie de classe terminale, le défunt Michel Diouf brutalement arraché à l’affection d’une génération d’élèves aspirants-philosophes à la sagesse socratique. Comment meurt-on en philosophie ? Comment un philosophe meurt-il ? Gilles Deleuze s’est donné la mort, Socrate a bu tranquillement la ciguë, Louis Althusser et Frederich Nietzsche ont sombré dans l’outre-raison appelée vulgairement folie. C’est le philosophe qui meurt ou l’homme qui décède? Il est à croire que la philosophie peut mourir en l’homme, avec l’homme, si l’on est tenté par le vœu des adeptes du déclin des idoles.
Fabien Eboussi Boulaga n’a jamais été une idole. Il a tenté selon une perspective quasi polémique de dé-fétichiser le christianisme. Pour un prêtre ordonné en 1969 ce fut, dit-on aujourd’hui, un acte de courage, comme si le courage ne venait pas forcément du cœur. C’était en 1970 dans un ouvrage intitulé « Christianisme sans fétiches », mais ce fut d’abord  le fameux « Démission » où il appelait au départ progressif des missionnaires qu’il annonçait son prochain retrait de la vie ecclésiastique.  En effet lorsqu’il décida de quitter la compagnie de jésuites en 1980, il « confesse » avoir perdu la foi depuis 1969. Eboussi Boulaga a perdu la foi… en quoi ? Telle est la question. On ne perd pas la foi comme ça. Il est resté un homme de grande conviction, très convaincu des choses et soucieux des êtres, de l’homme bantou, l’africain, face à la problématique  de l’existence dans cette longue période où l’homme africain est confronté à la négation même de sa propre mort, d’où l’inactualité de son ouvrage liminaire « Le bantou problématique ».  Quant au chef-d’œuvre de la philosophie africaine «  La crise du Muntu », le texte dont les extraits sont les plus cités par les potaches africains, qui font de l’homme le plus grand philosophe africain tout simplement,  avant que tous les autres ne s’emparent de cet texte très « dense », touffu même sur la problématique de l’identité surtout dans la pensée post-coloniale. Eboussi Boulaga est omniprésent dans les réflexions de l’historien camerounais Achille Mbembé.  
Il ya une verve tranchante et non moins optimiste qui fait plaisir  chez Fabien Eboussi Boulaga : « C’est dans notre relation aux autres, y compris à nous-mêmes devenus autres pour nous-mêmes, que nous faisons l’expérience d’échapper à nous-mêmes. » dit-il.
 S’il fallait conclure voici ce qu’on dirait la suite de Fabien Eboussi Boulaga : « Faire acte de pensée et de lucidité, voilà l’essentiel au-delà des étiquetages scolaires, disciplinaires et partisans. »
Khalifa Touré


vendredi 2 novembre 2018

Respect ! Aretha Franklin










Elle est partie Aretha Franklin, elle est montée l’âme  d’Aretha Franklin haute comme sa voix, haute et aiguë  à la fois, voilà la tessiture d’Aretha Franklin, cette signature vocale qui est un don de Dieu et qui fait dire Ah ! c’est du Aretha Franklin. Comme disait nos ainés des années 70 et 80.
Ces dandy des cités africaines, jeunes gens élégants, cheveux « afro », libres pattes d’éléphant, souliers hauts talons impeccablement cirés et même astiqués, qui  se plaisaient à écouter la musique de nos frères et sœurs noirs-américains. Mais parfois des manières affectées ressemblant aussi à ces rastaquouères du XIXème qui affectaient quelque personnalité élégante. C’était de l’Otis Redding, Ah ! « (Sittin' On) The Dock of the Bay » enregistré quelques jours avant sa disparition tragique dans un accident d’avion à l’âge de 26 ans.   Et encore… et encore « I've got dreams to remember», quelle voix ! Avant que la voix sensuelle et mortellement langoureuse de Marvin Gaye ne vienne s’interposer. « Sexual Healing » est un véritable intermède musical, une pause, parenthèse vers le futur disco, cette musique légère,  dansante et éphémère. J’en connais qui se sont « tués » à écouter BoneyM.
 Après les électrophones « ancestraux » les délicieux grincements des tourne-disques sonnent encore dans les oreilles. Ce furent aussi les cris aigus de James Brown the godfather of soul à la très longue «  It’s a man’s man’s man’s world »  et Tina Turner la voix souventes fois et par moments masculine ou féminine au besoin dans son célèbre « What's Love Got To Do With It »  peut-être une manière de panser les plaies que son musicien de mari Ike lui a infligé.  C’était l’époque où les garçons battaient les filles, il n’ya pas de honte à la dire. On les bat toujours d’ailleurs, d’où le « Respect » de la frêle Aretha Franklin. Un tube évocateur qui a déchiré !!!  C’était aussi l’époque où les femmes quémandaient le respect : « (Hoo) Ce que tu veux (Hoo)Baby, je l’ai(Hoo) Ce dont tu as besoin( Hoo) Sais-tu que je l’ai ?(Hoo) Tout ce que je demande( Hoo) C’est un peu de respect quand tu rentres à la maison(juste un peu). Hey baby juste un peu (juste un peu) quand tu rentres à la maison (juste un peu) monsieur (juste un peu). »  Le « Respect » d’Aretha Franklin n’est pas seulement une chanson d’amour c’est une demande expresse. Toute sa vie musicale ne peut certainement pas être résumée par cette chanson emblématique. Mais elle reste inoubliable comme un refrain.
  Au reste, est-il encore possible d’écouter de la bonne  musique ? Telle est la question pour les oreilles fines  à l’écoute des voix du ciel, celles des séraphins qui arpentent l’espace irisé. Aretha Franklin est sans nul doute l’une des voix noires  les plus hautes. Elle est de la lignée des quatre  grandes voix du Jazz : Nina Simone, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Billie Holiday et de « l’impératrice du Blues » Bessie Smith,  mais d’une autre époque, l’époque du vrai showbiz, la musique commerciale de qualité (c’est possible par moments!) Elle est de la veine « soul », cette musique de l’âme. Lorsque le chanteur a des « bleus à l’âme » sa musique devient du Blues. Le Blues c’est de la « retro- soul music »  au tempo lent, mélancolique et plaintif. Le blues tient aussi du Jazz, tout est lié. A coup sûr Michael JacksonAretha FranklinR. KellyStevie WonderWhitney Houston et Mariah Carey sont les chanteurs de R&B populaire les plus connus et peut-être les plus talentueux, leurs liens avec James Brown est indéniable musicalement parlant ( si leurs musiques peuvent être définies à partir du rythme).    
Le « Respect » d’Aretha Franklin est un cri strident au respect de l’autre moitié de l’homme. Un cri aux senteurs et couleurs féminines,  ce cri qui touche quelque part dans l’âme, cette voix qui nous fait quelque chose, ce quelque chose de joyeux, d’une joie nostalgique qui nous arrache des larmes. Ce n’est plus de la musique simplement mais des souvenirs, des réminiscences et des ressassements, un ensemble de sons, de couleurs et d’odeurs et de situations, des visages très tôt arrachés à notre affection, des âmes vite parties devenues angéliques.
Aretha Franklin a vendu 75 millions de disques et reste aujourd'hui l'artiste féminine ayant vendu le plus de disques vinyles dans l'histoire de l'industrie discographique. Après une longue carrière musicale et une vie presque sans grands « heurts et malheurs » comme tous ces grands artistes fêlés jusque dans l’âme, on peut dire qu’elle a eu beaucoup de chance malgré ce cancer du pancréas qui va l’emporter le 16 Août 2018 à Detroit dans le Michigan à l’âge de  soixante seize ans. Elle laisse derrière elle quatre enfants éplorés et des millions d’inconditionnels anonymes ou illustres dont le président Barack Obama qu’elle ne cessait jamais de faire pleurer. Salut l’artiste !
Khalifa Touré


mardi 2 octobre 2018

Yasunari Kawabata, un écrivain venu de l'au-delà







Kawabata possède  un style étrange. Dans un recueil de deux nouvelles inédites  le tout premier prix Nobel de littérature(1968) pour le Japon s’incruste parmi les  écrivains majeurs de la littérature mondiale du 20ème siècle.

Vénéré au Japon et en occident, il est né à Osaka le 14 Juin 1889 et mort en 1972. Né prématuré à sept mois et maladif durant toute sa vie, il sera marqué par la solitude, la beauté et la mort. Une thématique qui traverse son importante œuvre faite de courts récits et de romans écrits sans aspérités et fioritures. Il a écrit « Les belles endormies » qui a influencé Gabriel Garcia Marquez, et « Pays de Neige », « Le grondement de la montagne ». Son écriture et même son physique particulier sont l’objet d’un culte dans les milieux savants au Japon. On a même écrit sur ses cheveux, hirsutes et saillants. L’existence depuis 1970 d’une société académique spécialisée dans les études sur Kawabata au japon montre à quel point cet homme est important. On peut même dire qu’il a produit un autre grand maitre de l’écriture, il s’agit de l’immense Yukio Mishima. Un dépouillement stylistique différent de ceux que l’on retrouve chez d’autres grands écrivains caractérise son œuvre importante. Chez Kawabata, le dépouillement est visuel, contemplatif et pas toujours elliptique. Il va à l’essence des choses. Ses textes sont étranges comme s’ils nous révélaient quelque chose qui vient de l’au-delà. Lisez : «  L’odeur ? La mienne, sans doute. Ma grande silhouette n’apparait-elle pas dans la pénombre ? Regarde bien. Il se peut que mon ombre ait attendu mon retour.
La pemiere Nouvelle intitulée (LE BRAS)  est une belle métaphore de la solitude de l’écrivain.  « Un texte hallucinant de beauté !», je me demande pourquoi les japonais écrivent si parfaitement bien. C’est le pays de la contemplation et de l’écriture. Peut-être parce que le Japon est le pays du signe et de l’écriture. Rolland Barthes n’a certainement pas tort d’avoir consacré au Japon son chef d’œuvre intitulé « L’empire des signes ». Ils ont certainement  été pendant des millénaires exposés à la contemplation « des joies du pays pur » qu’ils  sont facilement enclin au zen, au satori, cette illumination propre à la mystique de toutes les religions. La lecture de ce texte d’une beauté indicible peut emmener le lecteur vers un état voisin de celui de l’auteur : la transe. Depuis que Franz Kafka a renouvelé la littérature en nous racontons l’histoire d’un homme qui se réveille brusquement et se rend compte qu’il s’est transformé en insecte, des récits comme « Le Bras » ont trouvé sens sous le plume de grands écrivains comme Kawabata. Récit Kafkaïen et première nouvelle de ce livre, ce texte fantastique nous raconte une histoire étrange. Par une soirée brumeuse dans une ville où il se passe des choses étranges, les horloges se détraquent, la radio annonce  que les femmes enceintes  ne doivent pas sortir et les hommes dépressifs devraient rester chez eux, un homme étrange assis à la table d’un bar-restaurant reçoit une demande des plus étranges venant d’une femme assise devant lui : « Je peux te prêter mon bras pour un soir.» L’homme ayant accepté, la femme détache son bras et le dépose sur les genoux de l’étrange inconnu. C’est le début d’une folle soirée qui se déroule entre le restaurant, la rue où des véhicules étranges passent avec des femmes aux couleurs violettes et la chambre de l’inconnu qui en réalité est un écrivain qui vit dans la solitude de l’écriture : « La solitude n’est-elle pas la présence de quelque chose ? » dit le narrateur. C’est l’occasion pour Kawabata d’entrer dans un développement esthétique sur la beauté du corps, la solitude et le désir de converser qui ronge l’écrivain au point de se contenter d’un bras. Apparemment pour Kawabata la beauté est  dans les formes courbes. Un attachement presque fétichiste qui le pousse à détacher son propre bras pour y greffer celui de la femme. C’est alors qu’il tombe dans une torpeur étrange. Il finira par arracher le bras de la femme.  Le travail de l’écrivain, la solitude et l’incubation littéraire loin des salons peut mener donc à des découvertes et des expériences inouïes comme celle de cet auteur.
Quant à la deuxième nouvelle, « La beauté tôt vouée à se défaire » c’est l’une des œuvres les plus étranges de la littérature moderne. C’est un regret, sentiment fort puissant de la disparition de deux jeunes filles assassinées par un homme du nom de Saburo Yamabe. La perte est certes un sentiment romantique mais il ya rien de lyrique dans ce texte : Kawabata ne chante pas, il célèbre la beauté dans la mort. Comment des êtres partis révèlent-ils une étrange beauté qui saisit jusqu’à l’âme de ceux qui sont restés ! « La beauté tôt vouée à se défaire est une autopsie littéraire de deux meurtres. » Comment le matériau littéraire tente d’aller au-delà de l’incompréhension publique, des aveux du coupable, de la chronique judiciaire du journaliste et du verdict des juges. LA LITTERATURE EST AU DELA DE TOUT CELA ! Takiko et Tsutako sont deux jeunes filles sans histoire assassinées dans leur sommeil par un homme, Saburo, qui reconnait mais ne comprend pas son geste. Il accepte la sentence et finit par se donner la mort. Il est finalement « impossible de dire s'il agissait tombé sous le coup de la folie ou pris d'un ultime sentiment de vie, qui aurait trouvé son expiation à travers le meurtre de deux colombes en plein envol. « Entre l'absurde, la solitude et les impressions innommables: la Beauté [est toujours] tôt vouée à se défaire. »
La vérité judiciaire symbolisée par une sentence prononcée par un tribunal suffit-elle pour comprendre un geste criminel ? L’écrivain-psychologue tente d’aller au-delà de cette vérité judiciaire pour nous offrir une esthétique de la mort et du geste criminel. Jusque dans la mort les deux jeunes filles restent figées dans la beauté.  « J’ai écrit ces lignes avec le mince espoir de célébrer l’esprit de ces trois personnes dont la beauté, malgré son éclat, est tôt vouée à se défaire ».




Khalifa Touré