lundi 19 novembre 2012

SEXE, MENSONGE ET VIDEO EN REPUBLIQUE DU SENEGAL


« La crise de la foi  n’est pas étrangère à la crise de la conscience qui affecte notre société. Et il est bien vrai au reste  qu’une société équilibrée donne une sexualité équilibrée. Non l’inverse !»
                Abdelwahab Bouhdiba

De prime abord et à l’évidence, les affaires Ndeye Gueye, Diomboss Diaw, Cheikh Yerim Seck, Tamsir Jupiter Ndiaye et bien d’autres n’ont rien à voir dirait-on. Mais méfions de l’évidence, elle nous cache souvent la réalité. Il existe des vérités évidentes et de mensonges évidents. Ces différentes affaires à connotation sexuelle telle qu’elles sont posées de façon désinvolte risque de nous priver de l’interrogation fondamentale sur les problèmes de socialisation de notre sexualité dans une société de plus en plus déséquilibrée. Ces affaires si différentes qu’elles soient  peuvent être « ramassées » et analysées de façon indifférenciée.

Aussi le sociologue Tunisien Bouhdiba a-t-il  trouvé juste d’écrire dans son ouvrage monumental,  La sexualité en Islam : « Une société équilibrée donne une sexualité équilibrée. Non l’inverse ! » La société est donc le facteur le plus explicatif (il y a d’autres facteurs) qui permet de comprendre l’un des ressorts les plus puissants de l’être humain qu’est la sexualité. La fonction informative de la société nous donne, en partie, des réponses provisoires aux pratiques sexuelles de plus en plus déséquilibrées d’une part, et la projection de cette fausse sexualité, cette « sexualité mensongère » sur des supports vidéos d’autres part, n’en  est pas moins pervers au sens freudien c’est-à-dire déviant. Au Sénégal les conduites sexuelles liées au caractère fuyant des sociétés modernes revêtent de plus en plus un aspect déroutant par leur complexité.

Les expériences de la vie vont aussi vite que le monde moderne, un monde de la vitesse et de la compression du temps. Dans cet univers de la « téléréalité », (càd  la réalité à distance ou l’irréalité, bref la fausse réalité ou la réalité mensongère ), la curiosité, qui est véritablement un vilain défaut, pousse beaucoup de jeunes et de jeunes adultes d’aujourd’hui à s’intéresser d’abord et puis ensuite par touches successives,  à consommer des produits sexuels toxiques ( PST).

Le sexe est à gogo au Sénégal, à vrai dire : Les clips érotiques non censurés par les chaines de Télévision,  les films et téléfilms  à caractère obscène, les scènes de lit de plus en plus nombreux dans les téléfilms Sénégalais appelés abusivement « Théâtre »,  la nudité publique et les habits indécents, les danses obscènes, les « sabars » devenus des séances de strip-tease, l’irresponsabilité et l’inconscience des parents face à l’outil INTERNET réduits qu’ils sont à ne satisfaire que les besoins animaux de leurs enfants etc. Tout cela se passe au Sénégal, le pays des grands marabouts. Tout cela devra être expliqué un jour.  Malgré toute cette production de  sexe gratuit, la misère sexuelle est présente à travers ce sentiment d’insatisfaction permanente qui frappe une société sexuellement déséquilibrée.

 L’obscénité et la vulgarité tuent l’érotisme qui est indispensable à une vie sexuelle équilibrée. La pornographie et l’exposition vulgaire du sexe sont en train d’annuler progressivement l’immense patrimoine érotique dont recèlent  les différentes civilisations du monde. Sans tomber dans les clichés de l’orientalisme, l’on peut dire que les cultures orientales, Arabes et Indiennes en particulier, ont offert au monde un trésor érotique et littéraire qui appartient au « patrimoine culturel mondiale ». Prise sous cet angle, la pornographie est une catastrophe culturelle aux conséquences insoupçonnées.

Il n’y a aucune honte particulière d’écrire aujourd’hui, qu’au Sénégal depuis quelques temps s’est installé une habitude particulière chez les « jet-setters » de filmer leurs ébats sexuels (pas forcément amoureux) histoire de pimenter « leurs affaires » mais surtout pour ne pas être frappé par « le syndrome Matiou » qui rappelons-le, a été accusé de viol par deux jeunes mineures qui selon le sieur Matiou, était bien consentantes.

 S’il avait filmé la scène, dit-on, il aurait pu prouver son innocence. Depuis lors « les films érotiques réalisés à la maison » pour protéger ses arrières sont devenus une pratique assez courante au risque par ailleurs qu’ils tombent malencontreusement entre les mains de Madame où qu’ils se retrouvent sur le Web. La mésaventure est arrivée à un célèbre jet-setter, chanteur de son état. Sa femme, au frais de qui il vivait, l’a chassé définitivement de son domicile.

Dans tous les cas, la pratique existe  et mérite une réflexion serrée, en rapport avec l’évolution des mœurs dans notre pays. Elle peut être assimilée à un phénomène d’involution liée à la modernité, à l’urbanité et à un usage excessif de la liberté. Existe-t-il des libertins au Sénégal ? Oui et non à la fois. Les libertins, les vrais, sont des incroyants pour la plupart, des athées. Je ne connais pas un seul nègre athée (Il n’en existe certainement pas beaucoup). Au 18ème siècle Le Marquis De Sade a passé trente années non successives de sa vie en prison, pour crimes libertins. Ce grand philosophe n’a  rien à voir avec nos libertins d’aujourd’hui. C’était un athée convaincu, un naturaliste. Il était libertin par excès de naturalisme et d’athéisme.

 Les libertins de notre époque sont bien loin de poursuivre un but philosophique par la plongée vertigineuse dans les méandres de la corporéité accompagnée par une réflexion simultanée sur le corps, le désir et la passion. Les libertins d’aujourd’hui  sont tout simplement des pervers sexuels par accoutumance qui jouent dangereusement avec l’objet sexuel.

Au Sénégal l’affaire Diomboss Diaw  et  les amis d’Oumar Sarr, ministre de la république, qui ont piégé et filmé les privautés sexuelles de leur adversaire politique, histoire de liquider Diomboss en le  compromettant est l’un des exemples les plus connus. Le plus grave dans cette affaire est que le commanditaire  de cet « attentat » n’est  nullement inquiété et c’est la moralité de la victime qui est davantage mise en cause que les metteurs en scène de cette forfaiture. Ni l’un, ni les auteurs ne sont exempts de reproches. La société sénégalaise est très sexuée, mais cela ne veut pas dire que les sénégalais sont protégés contre la misère sexuelle

Depuis la période de la détérioration des termes de l’échange, les plans de rigueurs imposés par la banque mondiale, la dévaluation du CFA, la transformation de nos Etats en oligarchie mafieuse et cannibale, une misère sociale s’est progressivement installée, accentuée par un phénomène d’individuation mal vécue surtout dans les villes. « Les Sénégalais sont capables maintenant de tout » entend-on dire de plus en plus. Ce qui est une remarque à  sens ambivalent en ceci qu’« être capable de tout » peut être une performance mais aussi une régression, une chute vertigineuse. « Être capable de tout » est tout compte fait une expression de crise, une traduction linguistique de la misère sociale qui par endroit peut entrainer la misère sexuelle. Regardez ces pauvres Gigolos qui se coltinent des vieilles femmes européennes ou africaines ! La plupart d’entre eux sont d’ailleurs obligés de « se souler la gueule » pour supporter ces vieux corps décrépis, qui leur procure le dégoût.

 Sigmund Freud a écrit dans « Trois essais sur la théorie sexuelle » qu’il existe chez l’homme  quatre(4) éléments qui peuvent constituer des résistances aux pratiques sexuelles déviantes : La pudeur, le dégout, l’horreur et la douleur. Ces barrières sont des murs difficilement franchissables. Lorsque l’une d’entre elles est détruite ou contournée c’est le début de la perversion. C’est peut-être le cas de ces « jeunes filles de Grand Yoff » et de tous ceux qui au Sénégal depuis quelques temps introduisent de « nouvelles » mœurs pas forcément étrangères ; ces pratiques sont des fabriques locales. Elles alimentent la presse de caniveau et s’érigent aujourd’hui en « mouvement » subculturel qui mérite une étude plus approfondie.  

Enfin, il ya lieu de dire que pour miner les fondements d’une civilisation le sexe est l’arme idéale de destruction massive. Un penseur comme Georges Lukacs l’a compris en proposant un terrorisme culturel par l’enseignement d’une sexualité débridée dès le bas âge afin de détruire la chrétienté. Cette idée a été reprise par Herbert Marcuse dans « Eros et civilisation

KHALIFA TOURE


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